Ce qui se passe dans le corps
On parle de diarrhée à partir de trois selles molles ou liquides par jour, ou quand elles deviennent plus fréquentes que d’habitude, selon l’Organisation mondiale de la santé. Lors d’une infection, une toxine ou une inflammation peut pousser la paroi de l’intestin à sécréter trop d’eau et d’électrolytes, ces sels minéraux dissous comme le sodium ou le potassium.
Avec les selles, le corps perd alors de l’eau, du sodium, du chlorure, du potassium et du bicarbonate. Si ces pertes ne sont pas compensées, la déshydratation s’installe : c’est elle qu’il faut surveiller en premier.
Les médecins distinguent la diarrhée aiguë, qui dure de quelques heures à quelques jours, la diarrhée persistante, au-delà de 14 jours selon l’OMS, et la diarrhée chronique, au-delà de quatre semaines selon la Société britannique de gastroentérologie (BSG). Chez l’adulte, une diarrhée aiguë s’arrête en général en 5 à 7 jours, d’après le NHS, le service de santé britannique.
Les causes les plus fréquentes
La cause la plus courante est une infection par un virus, une bactérie ou un parasite. Elle se transmet par un aliment ou une eau contaminés, ou de personne à personne quand l’hygiène des mains est insuffisante. C’est la classique « gastro », l’intoxication alimentaire ou la « turista » du voyageur.
D’autres pistes existent : un médicament, dont la notice signale parfois la diarrhée comme effet indésirable, en particulier un antibiotique, ou encore l’anxiété. Quand la diarrhée s’installe pendant des semaines, la liste s’allonge : syndrome de l’intestin irritable, maladie cœliaque (réaction auto-immune au gluten), colite microscopique, malabsorption des acides biliaires ou du lactose, maladie inflammatoire de l’intestin et, plus rarement, cancer du côlon. C’est tout l’objet du bilan.
Ce qui aide, selon les études
Remplacer l’eau et les sels
La base reste la réhydratation. La solution de réhydratation orale, vendue en sachets en pharmacie, associe de l’eau, du sel et du sucre ; ce mélange est absorbé par l’intestin grêle et remplace ce que les selles emportent. L’IDSA, la société savante américaine des maladies infectieuses, la place en première ligne chez l’adulte en cas de déshydratation légère à modérée. Le NHS conseille de boire souvent, par petites gorgées en cas de nausées, et d’éviter jus de fruits et sodas, qui peuvent aggraver la diarrhée. On remange quand l’appétit revient, en évitant d’abord les plats gras ou épicés.
Les médicaments, au cas par cas
Le lopéramide ralentit le transit. L’IDSA admet son usage chez l’adulte dont l’immunité est normale et la diarrhée aqueuse, mais demande de l’éviter en cas de fièvre ou de diarrhée inflammatoire. Sa notice française l’exclut en cas de diarrhée avec du sang ou une fièvre importante, et prévoit d’arrêter le traitement et de consulter si la diarrhée persiste après deux jours.
Le racécadotril agit autrement : il freine la sécrétion d’eau par l’intestin sans modifier le temps de transit. Une revue d’essais, cosignée par des salariés d’un fabricant, le juge aussi efficace que le lopéramide chez l’adulte, avec moins de constipation au rebond. Lui aussi est écarté en cas de sang ou de pus dans les selles avec fièvre, et en cas de diarrhée liée aux antibiotiques.
Les antibiotiques, eux, ne sont pas recommandés d’emblée dans la plupart des diarrhées aqueuses aiguës sans voyage récent, selon l’IDSA. Tous ces traitements se discutent avec un médecin ou un pharmacien.
Les probiotiques, une promesse non tenue
Une revue Cochrane a rassemblé 82 essais, menés en grande majorité chez l’enfant. Dans les essais les mieux conduits, les probiotiques ne changent probablement rien au risque de diarrhée prolongée au-delà de 48 heures, et leur effet sur la durée reste incertain. L’IDSA les autorise avec une recommandation faible, mais les données les plus solides ne montrent pas de bénéfice net.
Limiter la contagion
Selon une autre revue Cochrane, qui réunit 29 essais, promouvoir le lavage des mains évite environ un tiers des épisodes de diarrhée dans les crèches et les écoles des pays riches, et environ un quart dans les communautés des pays à revenus faibles ou moyens. Le NHS recommande aussi de rester chez soi jusqu’à 48 heures après la dernière diarrhée ou le dernier vomissement, et de ne pas préparer à manger pour les autres pendant la maladie.
Quand elle dure
Au-delà de quatre semaines, la BSG recommande un premier bilan : prise de sang pour rechercher une anémie ou une maladie cœliaque, analyse de selles pour détecter une inflammation. La calprotectine fécale, un marqueur d’inflammation mesuré dans les selles, aide à écarter une inflammation du côlon chez les moins de 40 ans chez qui l’on suspecte un intestin irritable. Des signes d’alerte, comme du sang persistant dans les selles ou une perte de poids inexpliquée, justifient d’aller plus loin.
Ce que propose la médecine chinoise
La médecine chinoise est présentée ici comme une tradition, pas comme une preuve. Elle relie la diarrhée à la Rate, qui, dans ce système, transforme les aliments et les liquides. Une diarrhée brutale y est rattachée à une humidité-chaleur de l’estomac et des intestins ; une diarrhée qui traîne, avec fatigue et petit appétit, à un vide de Qi de la Rate.
Pour l’humidité-chaleur, les ouvrages citent le coptis (huang lian), amer et froid. Sa berbérine, principale substance active de la plante, a été testée dans deux essais anciens aux résultats discordants. Pour le vide de Qi de la Rate, on trouve l’atractylode blanc (bai zhu), l’igname de Chine (shan yao) et la graine de lotus (lian zi), sans essai solide chez l’humain. Aucune de ces plantes ne remplace la réhydratation ; demandez conseil avant d’en prendre, surtout si vous êtes enceinte ou sous traitement.
Quand consulter
Consultez sans attendre en cas de sang dans les selles ou de selles noires, de fièvre élevée, de signes de déshydratation (soif intense, urines rares et foncées, vertiges en se levant, bouche sèche, grande fatigue), de vomissements qui empêchent de boire ou de douleur intense du ventre. Même chose si la diarrhée dure plus d’une semaine, survient au retour d’un voyage ou après une prise d’antibiotiques. Les nourrissons et les personnes âgées, enceintes, fragiles ou immunodéprimées doivent consulter plus vite. Appelez le 15 en cas de confusion, de somnolence inhabituelle, de peau marbrée, grise ou froide, ou de respiration rapide.
À retenir
- La priorité est de compenser l’eau et les sels perdus, idéalement avec une solution de réhydratation orale ;
- Le lopéramide et le racécadotril peuvent soulager l’adulte, mais pas en cas de fièvre ou de sang dans les selles ;
- Les probiotiques n’ont pas montré d’effet net dans les essais les plus fiables ;
- Une diarrhée qui dépasse quatre semaines mérite un bilan avec votre médecin.

