Ce qui se passe dans le corps
La somnolence, c’est la tendance à s’endormir. Elle est normale le soir, ou après une nuit trop courte. Elle devient un problème quand elle survient dans la journée malgré une nuit apparemment suffisante, et qu’elle fait s’assoupir en lisant, devant un écran, en réunion ou, plus grave, au volant. On parle alors de somnolence diurne excessive.
Deux grandes familles de causes existent. Dans la première, le sommeil est trop court ou de mauvaise qualité : dette de sommeil, travail de nuit, apnée du sommeil, mouvements des jambes pendant la nuit. Dans la seconde, plus rare, c’est le système qui règle l’éveil qui fonctionne mal. On parle d’hypersomnie, dont la narcolepsie est l’exemple le plus connu.
La somnolence se distingue de la fatigue. La personne fatiguée manque d’énergie. La personne somnolente lutte contre le sommeil. Cette nuance oriente le médecin vers des pistes différentes.
Les causes les plus fréquentes
- Un manque chronique de sommeil, très répandu ;
- L’apnée du sommeil, surtout avec ronflements, surpoids ou hypertension ;
- Le travail posté ou de nuit, le décalage horaire ;
- Certains médicaments : somnifères, antihistaminiques, antidouleurs opioïdes, certains antidépresseurs ;
- L’alcool ;
- Une dépression, une hypothyroïdie ;
- Plus rarement, une narcolepsie ou une autre hypersomnie.
Ce qui aide, selon les études
Dormir assez, vraiment
L’Académie américaine de médecine du sommeil et la Sleep Research Society recommandent au moins 7 heures de sommeil par nuit chez l’adulte, de façon régulière. C’est la première chose à vérifier, idéalement avec un agenda du sommeil tenu une à deux semaines. Beaucoup de personnes sous-estiment leur dette de sommeil.
Le café, un appoint
Une revue publiée dans Neuroscience and Biobehavioral Reviews confirme que la caféine améliore la vigilance, l’attention et le temps de réaction, y compris après un manque de sommeil. Elle aide à passer un cap. Elle ne rembourse pas la dette de sommeil et, prise tard, elle peut gêner la nuit suivante.
Moins d’alcool
Une méta-analyse publiée dans Sleep Medicine associe une consommation d’alcool élevée à un risque d’apnée du sommeil augmenté d’environ 25 %. Réduire l’alcool, surtout le soir, fait partie des premières mesures.
Mesurer, puis chercher la cause
L’échelle d’Epworth, publiée dans la revue Sleep, est un court questionnaire. Elle chiffre le risque de s’assoupir dans huit situations du quotidien, comme lire assis ou être passager d’une voiture. Un score élevé oriente vers un trouble du sommeil.
Si la somnolence s’accompagne de ronflements forts, de pauses respiratoires remarquées par l’entourage ou d’une hypertension, l’Académie américaine de médecine du sommeil recommande un enregistrement du sommeil. En cas d’apnée confirmée avec somnolence, la même société savante recommande fortement la pression positive continue (PPC), un appareil qui maintient les voies respiratoires ouvertes pendant la nuit et réduit la somnolence.
Ce que propose la médecine chinoise
Présentée ici comme une tradition, la médecine chinoise décrit l’envie excessive de dormir (shi shui) surtout comme un excès d’Humidité ou de Mucosités. Ces « sécrétions » alourdiraient la tête et empêcheraient l’énergie claire de monter. La tradition les relie souvent à un Vide de Qi de la Rate. Un Vide de Yang du Rein, avec frilosité et besoin de s’allonger, peut s’y ajouter.
La pharmacopée traditionnelle associe à ce tableau le rhizome d’atractylode (cang zhu) et la graine de larme-de-Job (yi yi ren). Ces remèdes restent peu étudiés chez l’humain. Aucun ne doit retarder la recherche d’une apnée du sommeil.
Quand consulter
Consultez si vous vous assoupissez souvent dans la journée malgré des nuits suffisantes. Consultez sans attendre si vous vous endormez au volant ou en pleine conversation, ou si vous perdez brutalement le tonus musculaire lors d’émotions fortes. Appelez le 15 si la somnolence apparaît brutalement ou après un choc à la tête, avec maux de tête, troubles de la vision, faiblesse d’un côté du corps ou confusion.
À retenir
- La somnolence n’est pas la fatigue : elle oriente d’abord vers le sommeil ;
- Au moins 7 heures de sommeil régulier restent la base ;
- Le café aide à passer un cap, sans remplacer le sommeil ;
- Ronflements et pauses respiratoires doivent faire rechercher une apnée ;
- Ne conduisez pas si vous luttez contre le sommeil.

