Ce que mesure l’analyse
La ferritine est la protéine qui stocke le fer à l’intérieur des cellules, surtout dans le foie, la rate et la moelle osseuse. Elle forme une sorte de coque qui garde le fer sous une forme non toxique, prête à être libérée.
Une petite quantité passe dans le sang. En l’absence d’inflammation, la ferritine du sang est proportionnelle aux réserves de fer. C’est pourquoi la HAS en fait l’examen de première intention devant une suspicion de carence en fer : une ferritine basse affirme la carence, sans autre examen du fer nécessaire (HAS, 2011).
La ferritine est aussi une protéine de l’inflammation. Elle monte lors d’une infection, d’une maladie inflammatoire, d’une atteinte du foie ou après un effort intense. Elle peut alors masquer une carence, ou faire croire à tort à un excès de fer.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang veineuse. Si le fer sérique et la transferrine sont dosés en même temps, la HAS recommande un prélèvement le matin à jeun, dans le même laboratoire pour les contrôles (HAS, 2011).
Évitez de faire le dosage pendant ou juste après une infection. Chez le sportif, une revue de référence conseille un prélèvement le matin, à jeun, au repos depuis au moins 24 heures, bien hydraté, et sans exercice traumatisant pour les muscles dans les 2 à 3 jours précédents (Sim et al., 2019).
Comment lire le résultat
L’unité est le µg/L, identique au ng/mL. Exemple d’intervalles de laboratoire : 30 à 400 µg/L chez l’homme et 15 à 150 µg/L chez la femme (ICO, automate Roche Cobas Pure).
Ces intervalles statistiques ne suffisent pas pour juger une carence. En 2026, l’American Society of Hematology (ASH) a relevé les seuils de carence (Powers et al., 2026) :
- adulte sans inflammation, y compris pendant les règles ou la grossesse : carence si la ferritine est à 30 µg/L ou moins ;
- jusqu’à 50 µg/L en cas de symptômes, de facteurs de risque ou de règles abondantes ;
- adulte avec inflammation : carence possible si la ferritine est sous 100 µg/L ou si la saturation de la transferrine est sous 20 %.
Le seuil de l’OMS, 15 µg/L chez les personnes en bonne santé de 5 ans et plus, est plus strict ; l’OMS proposait 70 µg/L chez l’adulte avec infection ou inflammation (OMS, 2020). Une femme dont la ferritine est à 20 µg/L est donc « dans les normes » de certains laboratoires, comme celui de l’ICO, mais carencée selon l’ASH.
Pour une ferritine haute, l’OMS évoque un risque de surcharge au-delà de 150 µg/L chez la femme réglée et de 200 µg/L chez l’homme et la femme non réglée en bonne santé. Elle rappelle que la ferritine seule ne suffit jamais à affirmer une surcharge (OMS, 2020) : la saturation de la transferrine fait alors le tri.
Ce qui compte vraiment : le contexte inflammatoire (CRP), l’hémoglobine et, pour une valeur haute, la saturation de la transferrine.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est validé (a). La ferritine est l’examen de première intention de la HAS pour rechercher une carence en fer, sauf pendant la grossesse et chez l’enfant de moins de 6 mois, où l’interprétation n’est pas consensuelle (HAS, 2011).
Les seuils font débat. La HAS soulignait en 2011 que les bornes varient fortement selon les laboratoires et les trousses de dosage. Les recommandations de l’ASH, publiées en 2026 selon la méthode GRADE, proposent des seuils plus hauts pour ne pas méconnaître une carence sans anémie (Powers et al., 2026). Elles n’ont pas encore été reprises par une recommandation française.
Pour la surcharge, la HAS retient dans l’hémochromatose liée au gène HFE une ferritine au-delà de 300 µg/L chez l’homme et de 200 µg/L chez la femme pour débuter les saignées, avec un objectif de 50 µg/L ou moins (HAS, 2005). Les recommandations européennes de l’EASL suivent la même logique (EASL, 2022).
Chez les sportifs, la carence en fer touche environ 15 à 35 % des sportives et 5 à 11 % des sportifs selon les cohortes. La médecine du sport utilise un classement en trois stades : réserves épuisées (ferritine sous 35 µg/L), carence sans anémie (ferritine sous 20 µg/L et saturation sous 16 %), puis anémie (ferritine sous 12 µg/L) (Sim et al., 2019). Ce classement est issu de la recherche et n’est pas une recommandation officielle.
Les analyses à associer
- Coefficient de saturation de la transferrine : indispensable devant une ferritine haute ou une inflammation.
- Protéine C réactive : repère une inflammation qui fausse la ferritine.
- Hémoglobine et volume globulaire moyen : disent si la carence a déjà retenti sur les globules rouges.
À retenir
- La ferritine reflète les réserves de fer, sauf en cas d’inflammation.
- Selon l’ASH (2026), une carence est retenue à 30 µg/L ou moins chez l’adulte, jusqu’à 50 µg/L avec des symptômes.
- Une ferritine « dans les normes » du laboratoire n’exclut pas toujours une carence.
- Une ferritine haute est le plus souvent liée à une inflammation ou au foie ; la saturation de la transferrine oriente vers une surcharge.
- Sportif : prélevez au repos, le matin, à jeun et hydraté.