Ce que mesure l’analyse
Le coefficient de saturation de la transferrine (CST) indique quelle part de la transferrine transporte réellement du fer. Il se calcule : fer sérique divisé par la capacité totale de fixation du fer, elle-même déduite de la transferrine (Biomnis).
Imaginez la transferrine comme une flotte de petits véhicules à deux places. Le CST dit quelle proportion des places est occupée. Peu de passagers : le fer manque, ou il est retenu dans les réserves par une inflammation. Beaucoup de passagers : le fer entre en excès dans le sang, comme dans l’hémochromatose, une maladie génétique où l’intestin absorbe trop de fer.
Le CST est plus informatif que ses deux composants pris séparément. C’est pourquoi la HAS retient le couple fer sérique et transferrine, et non le fer seul (HAS, 2011).
Comment se passe le prélèvement
La HAS recommande un prélèvement le matin, à jeun, dans le même laboratoire pour les contrôles (HAS, 2011). Les recommandations de l’ASH conseillent plusieurs heures de jeûne et l’absence de complément de fer ou de multivitamines avant la mesure (ASH, 2026).
Le CST hérite de la variabilité du fer sérique : chez une même personne, les écarts d’un jour à l’autre sont importants (Dale et al., 2002). Une valeur isolée, surtout élevée, se recontrôle donc avant toute conclusion.
Signalez une prise de fer, une contraception orale, une grossesse, une infection récente et un effort intense la veille.
Comment lire le résultat
L’unité est le pourcentage. Exemple d’intervalle de référence adulte : 20 à 40 % (ICO). Un autre référentiel distingue l’homme (20 à 40 %) et la femme (15 à 35 %) (Biomnis).
Seuils de décision à connaître :
- plus de 45 % : seuil retenu par la HAS pour explorer une hémochromatose liée au gène HFE, avec la ferritine (HAS, 2005) ;
- chez les personnes porteuses de deux copies de la mutation C282Y du gène HFE, les recommandations européennes retiennent une surcharge probable au-delà de 45 % chez la femme non ménopausée et de 50 % chez l’homme et la femme ménopausée, avec une ferritine élevée (EASL, 2022) ;
- moins de 20 % chez un adulte avec inflammation : carence en fer possible selon l’ASH, même si la ferritine paraît normale (ASH, 2026).
Ce qui compte vraiment : un CST élevé ne suffit pas pour parler d’hémochromatose ; il se lit avec la ferritine, la génétique et la clinique. Un CST bas se lit avec la ferritine et la CRP.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est validé (a). Le CST est l’examen de première ligne pour repérer une hémochromatose liée au gène HFE (HAS, 2005 ; EASL, 2022) et un examen d’appoint recommandé pour la carence en fer quand la ferritine n’est pas interprétable (HAS, 2011 ; ASH, 2026).
La HAS décrit des stades. Au stade 1, le CST dépasse 45 % avec une ferritine normale, sans symptôme. Au stade 2, le CST et la ferritine sont élevés, toujours sans symptôme. Aux stades 3 et 4, des signes cliniques apparaissent (HAS, 2005). Repérer la maladie aux premiers stades permet d’éviter les complications.
En médecine du sport, une saturation sous 16 % avec une ferritine sous 20 µg/L définit une carence en fer sans anémie dans le classement repris par Sim et al. (2019). Ce classement n’est pas une recommandation officielle.
Limite principale : la variabilité du fer sérique, qui impose des conditions de prélèvement strictes et un contrôle avant toute décision.
Les analyses à associer
- Ferritine : distingue une surcharge vraie d’une ferritine élevée pour une autre raison.
- Fer sérique et transferrine : les deux composants du calcul.
- Gène HFE : recherche génétique proposée devant un CST élevé et confirmé.
À retenir
- Le CST indique la part de la transferrine chargée en fer.
- Au-delà de 45 %, la HAS recommande d’explorer une hémochromatose.
- Sous 20 % avec une inflammation, une carence en fer reste possible (ASH, 2026).
- Prélevez le matin, à jeun, sans complément de fer, et recontrôlez une valeur anormale.