Ce que mesure l’analyse
Le fer sérique, ou sidérémie, est le fer présent dans le liquide du sang, le sérum. Il ne circule presque jamais libre : il est fixé à une protéine de transport, la transferrine, qui l’amène vers la moelle osseuse pour fabriquer les globules rouges et vers les autres tissus.
Cette quantité est minime par rapport au fer contenu dans l’hémoglobine ou dans les réserves. Elle change très vite : le fer absorbé par l’intestin, le fer recyclé à partir des vieux globules rouges et le fer libéré par les réserves s’y succèdent en permanence. Le fer sérique reflète donc un flux à un instant donné, pas un stock.
C’est pourquoi la HAS juge que le fer sérique seul, ou associé à la ferritine sans transferrine, n’a pas d’indication pour diagnostiquer une carence en fer (HAS, 2011). Son vrai rôle est de permettre, avec la transferrine, le calcul du coefficient de saturation de la transferrine.
Comment se passe le prélèvement
La HAS recommande un prélèvement le matin, à jeun, dans le même laboratoire pour les contrôles (HAS, 2011). Les recommandations de l’ASH conseillent, pour la saturation de la transferrine, plusieurs heures de jeûne et l’absence de complément de fer ou de multivitamines avant la prise de sang (ASH, 2026).
La question de l’heure est plus nuancée qu’on ne le pense. Une étude de la Mayo Clinic, chez 20 adultes en bonne santé, n’a pas retrouvé de rythme régulier : le fer du matin n’était plus élevé que celui de l’après-midi que chez la moitié des personnes, et les écarts d’un jour à l’autre étaient aussi importants que ceux d’une même journée (Dale et al., 2002). Standardiser les conditions reste utile, mais ne supprime pas cette variabilité.
Signalez une prise de fer, une perfusion de fer récente, une infection en cours et un effort intense la veille ou le matin même.
Comment lire le résultat
L’unité est le µmol/L. Exemple d’intervalle de référence adulte : 5,83 à 34,5 µmol/L (ICO, automate Roche Cobas Pure). Cet intervalle très large traduit la forte variabilité du paramètre.
Un fer bas ne signifie pas forcément une carence : l’inflammation retient le fer dans les réserves et le fait baisser dans le sang. Un fer haut peut simplement refléter un repas riche en fer ou un complément pris peu avant.
Ce qui compte vraiment :
- ne jamais interpréter le fer seul ;
- le lire avec la transferrine, sous forme de saturation ;
- juger les réserves sur la ferritine, en tenant compte de la CRP.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est courant (b). Le fer sérique est dosé tous les jours, mais il n’est utile que comme composant de la saturation de la transferrine. Seul, il n’a pas d’intérêt démontré pour le diagnostic de carence (HAS, 2011).
La saturation qu’il permet de calculer a, elle, une vraie utilité : quand la ferritine est difficile à lire à cause d’une inflammation ou d’une insuffisance rénale chronique, et pour repérer une surcharge en fer (HAS, 2011). Le fer sérique sert aussi, en urgence, à évaluer une intoxication par surdosage de comprimés de fer.
Chez le sportif, une étude chez des coureurs d’endurance entraînés a montré une hausse du fer sérique juste après une séance d’intervalles, alors que la ferritine restait stable (Badenhorst et al., 2015). Un prélèvement trop proche de l’effort peut donc fausser le calcul de la saturation.
Enfin, l’étude de Dale et al. (2002) rappelle qu’une valeur isolée comporte une marge d’incertitude importante : deux dosages à quelques jours d’intervalle peuvent différer nettement sans que rien n’ait changé.
Les analyses à associer
- Transferrine : nécessaire pour calculer la saturation.
- Coefficient de saturation de la transferrine : la seule façon utile de lire le fer sérique.
- Ferritine : reflète les réserves.
- Protéine C réactive : repère une inflammation qui fait baisser le fer.
À retenir
- Le fer sérique mesure un flux, pas les réserves.
- Seul, il ne permet pas de diagnostiquer une carence (HAS, 2011).
- Prélevez-le le matin, à jeun, sans complément de fer, loin d’un effort intense.
- Il varie beaucoup d’un jour à l’autre : une valeur isolée ne suffit jamais.