Ce que mesure l’analyse
L’hepcidine est une petite hormone fabriquée par le foie. Elle règle la quantité de fer qui entre dans le sang. Son mode d’action a été établi en 2004 : elle se fixe sur la ferroportine, la protéine qui fait sortir le fer des cellules, et provoque sa destruction (Nemeth et al., 2004).
Quand l’hepcidine monte, la ferroportine disparaît des cellules de l’intestin, des macrophages (qui recyclent le fer des vieux globules rouges) et du foie. Le fer reste bloqué dans ces cellules : l’intestin en fait moins passer dans le sang et le fer recyclé reste stocké. Quand l’hepcidine baisse, la porte s’ouvre et le fer circule davantage.
L’hepcidine augmente quand les réserves de fer sont élevées et lors de l’inflammation. Elle baisse en cas de carence en fer. Une hepcidine trop haute entraîne une baisse du fer dans le sang et l’anémie des maladies inflammatoires ; une hepcidine trop basse entraîne une surcharge en fer des tissus, comme dans les hémochromatoses (Nemeth et al., 2004).
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang veineuse. Selon Hepcidinanalysis.com, les résultats sur sérum et sur plasma ne diffèrent pas.
Le moment du prélèvement compte beaucoup. L’hepcidine augmente au fil de la journée, selon un rythme propre plutôt qu’en réponse au fer de l’alimentation (Schaap et al., 2013). Un prélèvement le matin, à jeun, à heure fixe, permet des comparaisons plus fiables.
Évitez tout effort intense dans les heures qui précèdent : l’hepcidine monte pendant 3 à 6 heures après l’exercice (Sim et al., 2019). Signalez aussi une infection, une prise de fer et un régime pauvre en glucides la veille.
Comment lire le résultat
L’unité est le nmol/L (ou nM). Les valeurs dépendent fortement de la technique, car les dosages ne sont pas harmonisés. Exemple de référentiel en spectrométrie de masse standardisée (Hepcidinanalysis.com) :
- homme adulte : médiane 4,7 nmol/L, avec 95 % des valeurs entre le seuil de détection et 15,5 nmol/L ;
- femme adulte : médiane 3,8 nmol/L, avec 95 % des valeurs entre le seuil de détection et 15,4 nmol/L ;
- la femme non ménopausée a des valeurs plus basses (médiane 2,1 nmol/L) que la femme ménopausée (médiane 5,2 nmol/L).
Dans l’étude de population néerlandaise à l’origine de ces données, mesurée par une autre technique (ELISA), les médianes étaient plus élevées : 7,8 nmol/L chez l’homme, 4,1 chez la femme non ménopausée et 8,5 chez la femme ménopausée. La ferritine y était le principal facteur associé à l’hepcidine (Galesloot et al., 2011).
Ce qui compte vraiment : l’hepcidine se lit toujours avec la ferritine, la saturation de la transferrine et la CRP. Une valeur isolée, mesurée sans conditions standardisées, n’a pas de sens.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent (c). L’hepcidine a transformé la compréhension du métabolisme du fer, mais son dosage reste réservé à la recherche et à quelques situations d’hématologie spécialisée. La HAS ne l’a pas retenue dans son évaluation des examens du fer de 2011.
Ce qui est démontré : son rôle de régulateur central du fer (Nemeth et al., 2004), son lien étroit avec la ferritine (Galesloot et al., 2011) et son rythme au cours de la journée (Schaap et al., 2013).
Ce qui reste à établir : des seuils de décision validés et une harmonisation des techniques.
Pour les sportifs, la recherche est active. L’effort augmente l’hepcidine pendant 3 à 6 heures, surtout sous l’effet de l’interleukine 6, et cette réponse est atténuée chez les athlètes carencés (Sim et al., 2019). Chez des coureurs d’endurance, 24 heures de régime pauvre en glucides élevaient l’hepcidine de base (Badenhorst et al., 2015). Ces résultats suggèrent des stratégies de timing des apports en fer, sans recommandation officielle à ce jour.
Les analyses à associer
- Ferritine : principal déterminant de l’hepcidine.
- Coefficient de saturation de la transferrine : montre si le fer arrive dans le sang.
- Protéine C réactive et interleukine 6 : repèrent l’inflammation qui stimule l’hepcidine.
À retenir
- L’hepcidine est l’hormone qui ferme ou ouvre la porte du fer.
- Elle monte avec les réserves de fer, l’inflammation et l’effort ; elle baisse en cas de carence.
- Elle varie au cours de la journée : prélevez le matin, au repos.
- Les valeurs dépendent de la technique ; le dosage reste un examen de recherche ou de centre spécialisé.