Ce que mesure l’analyse
L’interleukine 6 (IL-6) est une cytokine, c’est-à-dire une petite protéine qui sert de messager entre les cellules. Elle est produite par de nombreuses cellules, dont les globules blancs, les cellules des vaisseaux, le tissu adipeux et les muscles.
Elle joue un rôle central dans l’inflammation. C’est elle qui commande au foie la fabrication des protéines de la phase aiguë, dont la CRP, comme le rappellent Pepys et Hirschfield (Journal of Clinical Investigation, 2003). L’IL-6 se situe donc en amont de la CRP dans la chaîne de l’inflammation.
Mais l’IL-6 n’est pas qu’un signal d’alarme. Pedersen et Febbraio (Physiological Reviews, 2008) la décrivent comme la première myokine identifiée : une molécule libérée par le muscle qui travaille, avec des effets sur le métabolisme. Ce double visage, inflammatoire et métabolique, rend son interprétation délicate.
Comment se passe le prélèvement
Le dosage se fait sur sérum ou sur plasma, par une méthode immunologique. La technique Elecsys IL-6 de Roche, par exemple, repose sur un principe dit « en sandwich » et mesure des valeurs de 1,5 à 5 000 pg/mL.
Le contexte compte plus que la préparation. Un effort physique récent, une infection, une intervention ou un traumatisme font monter l’IL-6. Pour un dosage de fond, faites le prélèvement au repos, à distance d’une séance intense ou d’une maladie aiguë.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en picogrammes par millilitre (pg/mL) ; un picogramme est un millième de milliardième de gramme. Pour sa technique Elecsys, Roche indique, à partir de 817 personnes présumées en bonne santé, une valeur de référence allant jusqu’à 7 pg/mL (95e percentile). Autrement dit, 95 % de ces personnes avaient une valeur égale ou inférieure.
Une IL-6 élevée a beaucoup de causes possibles : infection, en particulier grave, chirurgie, traumatisme, maladie inflammatoire, mais aussi effort physique récent. Roche présente son test comme une aide au diagnostic et à la prise en charge du sepsis, une réponse grave et dérégulée de l’organisme à une infection.
Chez la personne âgée, des taux modérément élevés ont une autre signification. Dans une cohorte de 1 293 personnes de plus de 65 ans sans handicap, suivies en moyenne 4,6 ans dans l’Iowa (Harris et al., American Journal of Medicine, 1999), le quart de la population avec l’IL-6 la plus haute, à partir de 3,19 pg/mL, avait un risque de décès environ deux fois plus élevé que le quart le plus bas. Ce seuil vient d’un dosage de recherche : il ne se transpose pas tel quel à un autre laboratoire.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est faible pour un usage individuel en dehors de l’hôpital. Le dosage est utile dans des situations aiguës et spécialisées. Comme marqueur de l’inflammation chronique, il relève encore de la recherche.
Ferrucci et Fabbri (Nature Reviews Cardiology, 2018) décrivent l’« inflammaging » : la plupart des personnes âgées développent une inflammation de bas grade, avec des marqueurs sanguins comme l’IL-6 plus élevés. Elle est associée aux maladies cardiovasculaires, à la fragilité et à un décès plus précoce. Ses causes possibles sont multiples : obésité abdominale, perméabilité intestinale, sénescence cellulaire, infections chroniques. Les auteurs soulignent qu’on ne sait pas encore si agir sur cette inflammation change l’évolution des problèmes de santé autres que cardiovasculaires.
Chez le sportif, les données sont spectaculaires. Lors du marathon de Copenhague, l’IL-6 était 128 fois plus élevée juste après la course qu’avant le départ (Ostrowski et al., Journal of Physiology, 1999). Cette hausse était équilibrée par des molécules anti-inflammatoires, comme l’IL-10 et l’antagoniste du récepteur de l’IL-1. Pedersen et Febbraio soulignent un paradoxe : l’IL-6 libérée après l’effort s’accompagne d’une meilleure action de l’insuline, alors qu’une IL-6 chroniquement élevée est associée à l’obésité et à une moins bonne action de l’insuline.
Les analyses à associer
- Protéine C réactive ultrasensible : sa production dépend de l’IL-6, et son dosage est mieux standardisé.
- Facteur de nécrose tumorale alpha : autre cytokine de l’inflammation.
- Interleukine 10 : cytokine anti-inflammatoire, utile pour lire l’équilibre.
- Procalcitonine : en cas de suspicion d’infection bactérienne grave.
À retenir
- L’IL-6 est une cytokine qui commande la fabrication de la CRP par le foie.
- Roche situe le 95e percentile de sujets sains à 7 pg/mL pour sa technique Elecsys.
- Elle monte fortement et brièvement après un effort, ce qui est normal.
- Chez la personne âgée, une IL-6 modérément élevée est associée à une mortalité plus forte.
- En dehors de l’hôpital, son dosage relève encore de la recherche.