Ce que mesure l’analyse
Le sang contient des dizaines de protéines différentes. L’électrophorèse des protéines sériques (EPS, aussi appelée EPP) les fait migrer dans un champ électrique. Selon leur charge et leur taille, elles avancent plus ou moins vite et se regroupent en bandes. Selon la HAS, l’examen sépare ainsi six fractions :
- l’albumine, la protéine la plus abondante, fabriquée par le foie ;
- les alpha-1 et alpha-2-globulines, qui contiennent plusieurs protéines de l’inflammation, comme l’orosomucoïde ou l’haptoglobine ;
- les bêta-1 et bêta-2-globulines, qui contiennent notamment la transferrine et des protéines du complément ;
- les gammaglobulines, essentiellement les anticorps, ou immunoglobulines.
Le profil obtenu renseigne sur trois grandes questions : une inflammation, une perte ou un défaut de fabrication des protéines, et la présence d’une immunoglobuline monoclonale. Cette dernière est un anticorps identique produit en grande quantité par un seul groupe de cellules ; elle forme un pic étroit sur le tracé.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sur sérum. Le sérum est indispensable : le plasma contient du fibrinogène, qui peut former une fausse bande. Aucun jeûne strict n’est décrit dans les sources citées, mais une hémolyse ou une déshydratation peuvent perturber le tracé.
Deux techniques existent : l’électrophorèse capillaire, la plus répandue aujourd’hui, et l’électrophorèse sur gel d’agarose. Selon la HAS, le seuil de détection d’un pic dans la zone des gammaglobulines est de 0,2 à 0,75 g/L en électrophorèse capillaire, et d’environ 0,5 g/L sur gel.
Comment lire le résultat
Les fractions s’expriment en pourcentage et en grammes par litre (g/L). Les valeurs varient selon la technique. À titre d’exemple, le laboratoire de Barnes-Jewish Hospital, du réseau Mayo Clinic Laboratories, publie en électrophorèse capillaire des valeurs qui correspondent à 32 à 50 g/L d’albumine, 2 à 4 g/L d’alpha-1, 5 à 10 g/L d’alpha-2, 3 à 6 g/L de bêta-1, 2 à 6 g/L de bêta-2 et 5 à 17 g/L de gammaglobulines. Les protéines totales, au laboratoire de l’ICO (Angers), vont de 64 à 83 g/L.
Quelques profils reviennent souvent :
- syndrome inflammatoire : hausse des alpha-globulines, souvent avec une albumine un peu basse ;
- hausse diffuse des gammaglobulines : infection chronique, maladie auto-immune ou maladie du foie ;
- pic étroit : immunoglobuline monoclonale, à caractériser par immunofixation ou immunotypage ;
- gammaglobulines basses : manque d’anticorps, à explorer.
Devant un pic étroit, la HAS demande au biologiste de le caractériser et de le quantifier. Elle recommande un avis complémentaire si l’immunoglobuline dépasse 15 g/L pour une IgG ou 10 g/L pour une IgA ou une IgM, si la personne a moins de 60 ans, ou en cas de signe d’alerte.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé. L’examen est encadré par une recommandation de la HAS de 2017, qui précise quand le prescrire. La HAS ne recommande pas de dépistage en population générale. Elle le réserve à des signes évocateurs : infections respiratoires à répétition, douleurs osseuses inexpliquées, anémie ou autre anomalie de l’hémogramme sans cause évidente, VS élevée avec CRP normale, hypercalcémie, insuffisance rénale récente, protéinurie significative, neuropathie ou purpura vasculaire.
Un pic découvert par hasard est souvent bénin. Dans une vaste étude de population du Minnesota (Kyle et al., New England Journal of Medicine, 2006), une gammapathie monoclonale de signification indéterminée était présente chez 3,2 % des personnes de 50 ans et plus, et 5,3 % des 70 ans et plus. La HAS décrit sa surveillance : semestrielle au début, puis annuelle.
La principale limite est l’inverse : l’absence de pic n’élimine pas un myélome à chaînes légères ou non sécrétant, comme le rappelle la HAS.
Les analyses à associer
- Albumine et protéine C réactive : pour situer une dénutrition ou une inflammation.
- Calcium total et créatinine : bilan de première intention d’une immunoglobuline monoclonale selon la HAS, avec l’hémogramme et la LDH selon le type.
À retenir
- L’électrophorèse sépare les protéines du sang en six fractions.
- Elle repère une inflammation, un manque d’anticorps ou un pic monoclonal.
- La HAS la réserve aux situations évocatrices, sans dépistage systématique.
- Un pic monoclonal est souvent bénin, mais se caractérise et se surveille.
- L’absence de pic n’élimine pas certains myélomes.