Ce que mesure l’analyse
L’interleukine 10 (IL-10) est une cytokine, c’est-à-dire une petite protéine qui transmet des messages entre les cellules du système immunitaire. Contrairement à l’IL-1β, au TNF-α ou à l’IL-6, c’est une cytokine anti-inflammatoire. Son rôle est de freiner la réaction inflammatoire, pour éviter qu’elle ne s’emballe ou ne dure trop longtemps.
Elle est produite par plusieurs types de globules blancs, notamment les monocytes, les macrophages et certains lymphocytes. Elle réduit la production des cytokines pro-inflammatoires et calme l’activité des cellules qui les fabriquent.
L’inflammation fonctionne comme un système d’accélérateurs et de freins. L’IL-10 est l’un des freins. Son dosage, seul, a donc peu de sens : il se lit avec les cytokines qui accélèrent, comme le TNF-α ou l’IL-6.
Comment se passe le prélèvement
Le dosage se fait sur plasma, le plus souvent dans un panel de plusieurs cytokines. Ces molécules se dégradent vite. Mayo Clinic Laboratories demande de placer le tube EDTA dans la glace dès le prélèvement, de centrifuger à froid puis de congeler le plasma dans les 2 heures. Un tube hémolysé, très lipémique ou ictérique est refusé.
Signalez un effort prolongé récent, une infection ou un traitement immunomodulateur : tous modifient le résultat.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en picogrammes par millilitre (pg/mL). Dans son panel de cytokines plasmatiques, mesuré par immunodosage multiplex, Mayo Clinic Laboratories retient une valeur de référence inférieure à 7,0 pg/mL. Ce test était signalé comme temporairement indisponible en octobre 2026 ; les valeurs restent propres à chaque laboratoire et à chaque technique.
Une IL-10 élevée n’est ni « bonne » ni « mauvaise » en soi. Elle traduit souvent une inflammation importante que l’organisme tente de contenir. Selon Mayo, des concentrations élevées peuvent correspondre à une infection ou à un autre processus inflammatoire, et une valeur normale n’exclut rien.
Pour suivre une évolution, comparez uniquement des résultats obtenus dans le même laboratoire, avec la même technique, et à distance d’un effort ou d’une infection.
Le contexte change tout. Après un effort prolongé, une IL-10 très haute est attendue. Pendant une infection grave, une IL-10 qui reste très haute a une autre signification, comme le montrent les études sur le sepsis.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est faible pour un usage de routine. Le dosage est surtout utilisé en recherche et en milieu hospitalier spécialisé.
Dans le sepsis sévère, l’étude de Gogos et ses collègues (Journal of Infectious Diseases, 2000) a suivi 65 patients. Les cytokines pro- et anti-inflammatoires étaient toutes élevées. Mais une IL-10 élevée, un TNF-α élevé et un rapport IL-10 sur TNF-α élevé étaient associés au décès. Les auteurs concluent qu’une production soutenue d’IL-10 était le principal facteur prédictif de gravité et d’issue fatale. Autrement dit, un frein trop serré peut aussi poser problème, en affaiblissant les défenses.
Chez le sportif, la réponse est spectaculaire. Lors du marathon de Copenhague, l’IL-10 était 27 fois plus élevée juste après la course qu’avant le départ (Ostrowski et al., Journal of Physiology, 1999). Une étude japonaise sur dix marathoniens (Suzuki et al., Medicine and Science in Sports and Exercise, 2003) retrouve aussi une hausse significative de l’IL-10 après la course. Ces auteurs y voient l’un des mécanismes qui limitent l’inflammation et le stress oxydatif liés à l’effort.
Les analyses à associer
- Interleukine 6 et facteur de nécrose tumorale alpha : cytokines pro-inflammatoires, pour lire l’équilibre.
- Procalcitonine : pour orienter vers une infection bactérienne.
- Protéine C réactive : marqueur standard de l’intensité de l’inflammation.
À retenir
- L’IL-10 est une cytokine anti-inflammatoire, l’un des freins de l’immunité.
- Mayo Clinic Laboratories retient une référence inférieure à 7 pg/mL.
- Elle monte très fortement et brièvement après un effort prolongé.
- Dans le sepsis, une IL-10 durablement élevée est associée à une évolution plus grave.
- Son dosage se lit toujours avec les cytokines pro-inflammatoires.