Ce que mesure l’analyse
La myéloperoxydase (MPO) est une enzyme stockée dans les granules des polynucléaires neutrophiles et des monocytes, des globules blancs de la défense de première ligne. Quand ces cellules sont activées, elles libèrent la MPO. L’enzyme produit alors des oxydants puissants, comme l’acide hypochloreux, qui aident à détruire les microbes.
Ces oxydants ont un revers. Dans la paroi des artères, la MPO peut oxyder les lipides et réduire la disponibilité du monoxyde d’azote, une molécule qui permet aux vaisseaux de se dilater. Selon Brennan et ses collègues (New England Journal of Medicine, 2003), la MPO est abondante dans les plaques d’athérome fissurées ou rompues de personnes décédées subitement d’une cause cardiaque.
Attention à la confusion : le dosage de la MPO mesure l’enzyme elle-même. Il n’a rien à voir avec les anticorps anti-MPO, des auto-anticorps recherchés dans certaines vascularites.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang sur plasma EDTA, selon le protocole de Cleveland HeartLab. Le point clé est l’héparine. Baldus et ses collègues (Circulation, 2006) ont montré, chez 109 patients, qu’une injection d’héparine libère la MPO fixée à la paroi des vaisseaux et fait monter son taux dans le plasma. Le prélèvement doit donc se faire avant toute héparine.
Signalez aussi une infection, une inflammation ou un effort prolongé récent : tous activent les globules blancs et augmentent la MPO.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en picomoles par litre (pmol/L). Cleveland HeartLab, un laboratoire américain spécialisé du groupe Quest Diagnostics, propose trois catégories de risque :
- moins de 470 pmol/L : risque faible ;
- de 470 à 539 pmol/L : risque modéré ;
- 540 pmol/L et plus : risque élevé.
Pour comparer deux résultats, faites-les dans le même laboratoire, au repos, à distance d’une infection et sans héparine récente.
Ces catégories sont propres à ce laboratoire et à sa technique. Elles ne constituent pas une recommandation officielle. Une MPO élevée ne dit pas où se situe l’inflammation : une infection banale ou un effort récent suffisent à la faire monter.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est celui d’un marqueur émergent. L’étude de référence est celle de Brennan et ses collègues, chez 604 personnes consultant aux urgences pour une douleur thoracique. La MPO mesurée à l’arrivée prédisait le risque d’infarctus, y compris chez celles dont la troponine, le marqueur de souffrance du cœur, était initialement négative. Chez ces dernières, les personnes du deuxième, troisième et quatrième quart de MPO avaient un risque d’événement cardiaque majeur à 30 jours environ 2,2, 4,2 et 4,1 fois plus élevé que celles du premier quart.
Ces résultats concernent des personnes déjà symptomatiques, aux urgences. Ils ne prouvent pas l’utilité d’un dosage de dépistage chez une personne en bonne santé. Aucune recommandation officielle ne propose aujourd’hui la MPO pour le suivi individuel du risque cardiovasculaire.
Chez le sportif, Suzuki et ses collègues (Medicine and Science in Sports and Exercise, 2003) ont mesuré une MPO plasmatique environ 1,8 fois plus élevée après un marathon, chez dix coureurs. Cette hausse traduit l’activation des polynucléaires par l’effort.
Les analyses à associer
- Protéine C réactive ultrasensible : marqueur standardisé de l’inflammation de bas grade.
- Troponine ultrasensible : marqueur de souffrance du muscle cardiaque.
- LDL oxydées : témoins de l’oxydation des lipides.
- Lp-PLA2 : autre marqueur d’inflammation vasculaire.
À retenir
- La MPO est une enzyme des globules blancs, utile contre les microbes mais impliquée dans l’inflammation des artères.
- Cleveland HeartLab classe le risque comme faible sous 470 pmol/L et élevé à partir de 540 pmol/L.
- L’héparine, une infection ou un effort récent font monter le résultat.
- Son intérêt pronostique a été montré chez des personnes déjà symptomatiques.
- Ce n’est pas un examen de dépistage recommandé.