Ce que mesure l’analyse
La CRP ultrasensible (CRPus, ou hs-CRP en anglais) mesure la même protéine que la CRP classique : une protéine de l’inflammation fabriquée par le foie. La différence tient à la technique. Le dosage ultrasensible mesure précisément les très faibles concentrations, sous les seuils habituels des dosages standards.
Ce n’est donc pas une autre molécule, mais un autre usage. La CRP standard cherche une inflammation franche, par exemple une infection. La CRPus cherche une inflammation de bas grade, discrète et chronique, associée au risque de maladies du cœur et des artères.
L’athérosclérose, le dépôt de graisses dans la paroi des artères, a une composante inflammatoire. C’est ce qui explique l’intérêt de ce marqueur en prévention cardiovasculaire.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique. Selon la déclaration commune de l’American Heart Association (AHA) et des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), publiée en 2003 (Pearson et al., Circulation) :
- le dosage peut se faire à jeun ou non, chez une personne stable sur le plan métabolique ;
- il vaut mieux faire deux dosages, idéalement à deux semaines d’intervalle, et en faire la moyenne.
Évitez aussi la période qui suit une infection, même banale, ou un effort intense : la CRP peut rester élevée quelques jours.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en milligrammes par litre (mg/L). L’AHA et le CDC proposent trois catégories de risque cardiovasculaire relatif :
- moins de 1 mg/L : risque faible ;
- de 1 à 3 mg/L : risque moyen ;
- plus de 3 mg/L : risque élevé.
Au-delà de 10 mg/L, le résultat ne sert plus à estimer le risque cardiovasculaire. Le même texte demande alors de refaire le dosage et de rechercher une infection ou une inflammation.
Ces catégories décrivent un risque relatif, à intégrer aux autres facteurs : âge, tension artérielle, cholestérol, tabac, diabète. Une CRPus seule ne dit rien de l’état de vos artères.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est intermédiaire. Le lien entre CRPus et événements cardiovasculaires est bien établi dans les grandes études, mais son apport à l’échelle individuelle reste discuté. L’AHA et le CDC eux-mêmes déconseillent de doser la CRPus chez tous les adultes pour évaluer le risque cardiovasculaire.
L’essai JUPITER (Ridker et al., New England Journal of Medicine, 2008) a inclus 17 802 personnes en bonne santé apparente, avec un LDL-cholestérol inférieur à 130 mg/dL et une CRPus d’au moins 2 mg/L. Dans cette population, une statine a réduit les événements cardiovasculaires et fait baisser la CRPus de 37 %. Ce résultat a renforcé l’intérêt du marqueur, sans en faire un outil de dépistage universel.
Chez le sportif, la revue de Kasapis et Thompson (2005) décrit une hausse de courte durée après un effort et une CRP de base plus basse chez les personnes actives.
Une CRPus durablement élevée s’inscrit aussi dans l’« inflammaging », l’inflammation de bas grade liée à l’âge. Selon la revue de Ferrucci et Fabbri (Nature Reviews Cardiology, 2018), ses causes possibles incluent l’obésité abdominale, des infections chroniques, la sénescence cellulaire et des modifications du microbiote intestinal.
Les analyses à associer
- LDL cholestérol : le principal facteur lipidique du risque cardiovasculaire.
- Lipoprotéine (a) : autre marqueur du risque cardiovasculaire, d’origine génétique.
- Hémoglobine glyquée : pour situer un trouble du sucre associé.
- Interleukine 6 : la molécule qui commande la fabrication de la CRP par le foie.
À retenir
- La CRPus mesure la même protéine que la CRP, mais à très faibles concentrations.
- L’AHA et le CDC classent le risque relatif : moins de 1 mg/L faible, 1 à 3 moyen, plus de 3 élevé.
- Au-delà de 10 mg/L, il faut refaire le dosage et chercher une autre cause.
- Deux dosages espacés d’environ deux semaines sont plus fiables qu’un seul.
- Ce n’est pas un examen de dépistage pour tous les adultes.