Ce que mesure l’analyse
La calprotectine est un complexe formé de deux protéines, appelées S100A8 et S100A9. Elle est très abondante à l’intérieur des polynucléaires neutrophiles et des monocytes, des globules blancs de la défense de première ligne. Elle fixe le calcium et le zinc, ce qui lui donne des propriétés contre les microbes.
Quand ces globules blancs sont activés, ou quand ils meurent sur le lieu d’une inflammation, la calprotectine est libérée. Son taux dans le sang reflète donc l’activité des neutrophiles. C’est une différence avec la CRP, fabriquée par le foie en réponse à des signaux d’inflammation.
La calprotectine est bien connue en gastro-entérologie, mais sous une autre forme : la calprotectine fécale, dosée dans les selles, explore l’inflammation de l’intestin. La calprotectine sérique, dosée dans le sang, est un autre examen, aux usages différents.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sur sérum ou plasma selon le laboratoire. Ce dosage n’est pas proposé en routine par tous les laboratoires.
Le contexte compte. Évitez le prélèvement juste après un effort long, pendant une infection ou une poussée inflammatoire banale. Pour comparer deux résultats, faites-les dans le même laboratoire, avec la même technique.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en milligrammes par litre (mg/L), ce qui équivaut au µg/mL. Il n’existe pas de valeur de référence universelle. Dans une étude croate menée selon les règles internationales d’établissement des intervalles de référence (Alfirevic et al., Annals of Clinical Biochemistry, 2025), chez 120 personnes sans inflammation, la limite haute était de 3,6 mg/L en turbidimétrie sur sérum. Les auteurs insistent : ces valeurs sont propres à l’échantillon et à la méthode.
Une valeur élevée signale une activation des neutrophiles : infection, rhumatisme inflammatoire actif ou effort récent. Elle ne désigne pas la cause.
D’autres seuils existent dans la recherche. Dans la polyarthrite rhumatoïde, l’équipe d’Inciarte-Mundo a proposé un seuil de 2,47 µg/mL pour repérer une maladie active, avec une autre technique. Ces chiffres ne se comparent pas directement entre eux.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est celui d’un marqueur émergent. Les résultats les plus intéressants concernent les rhumatismes inflammatoires. Inciarte-Mundo et ses collègues (Arthritis Care & Research, 2016) ont étudié 87 personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde traitées par anti-TNF. La calprotectine était mieux corrélée à l’activité de la maladie que la CRP et la vitesse de sédimentation. Chez les patients en rémission ou peu actifs, elle distinguait ceux qui avaient encore une articulation gonflée, ce que la CRP et la VS ne faisaient pas.
Ces données restent limitées : études de taille modeste, techniques variées, seuils non harmonisés. La calprotectine sérique n’a pas encore de place définie dans les recommandations pour le suivi courant.
Chez le sportif, une étude danoise apporte un éclairage original (Mortensen et al., Journal of Physiology, 2008). Après 3 heures de vélo, la calprotectine plasmatique était multipliée par environ 5. Lors d’un exercice d’extension du genou, le muscle qui travaillait en libérait lui-même dans le sang. La calprotectine n’est donc pas qu’un marqueur des globules blancs : le muscle à l’effort en produit aussi.
Les analyses à associer
- Protéine C réactive et vitesse de sédimentation : marqueurs classiques de l’inflammation.
- Polynucléaires neutrophiles : principale source de calprotectine.
- Calprotectine fécale : un autre test, pour l’inflammation de l’intestin.
À retenir
- La calprotectine est libérée par les neutrophiles activés, et aussi par le muscle à l’effort.
- Une étude récente fixe la limite haute à 3,6 mg/L, pour une méthode et un échantillon donnés.
- Elle ne se confond pas avec la calprotectine fécale, qui explore l’intestin.
- Elle semble mieux suivre certains rhumatismes que la CRP, mais les données restent limitées.
- Évitez le dosage juste après un effort long.