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Sang · Hématologie

Polynucléaires neutrophiles

Aussi appelée PNN, Neutrophiles, Granulocytes neutrophiles

Niveau de preuve : ValidéeDemandée selon les recommandations des autorités de santé.

Les polynucléaires neutrophiles sont les globules blancs chargés de détruire les bactéries. Leur nombre renseigne sur une infection, une inflammation ou une fragilité de la moelle osseuse, mais varie fortement avec l'effort et l'heure.

Les repères

Repères : Adulte
Neutropénie sévère (agranulocytose)moins de 0,5 G/L
Neutropénie0,5 à 1,5 G/L
Valeurs normales1,5 à 7 G/L
Polynucléose neutrophileplus de 7 G/L

Source : UNF3S, support de cours d'hématologie, item 316 « Hémogramme : indications et interprétations »

Les repères de votre laboratoire priment : ils dépendent de sa méthode et de son unité.

Pourquoi on la demande

  • Rechercher une infection bactérienne ou une inflammation
  • Évaluer le risque infectieux sous chimiothérapie ou sous un médicament qui peut les faire chuter
  • Explorer une fièvre élevée après la prise d'un médicament ou une fièvre qui résiste aux antibiotiques
  • Explorer une neutropénie découverte par hasard
  • Suivre une maladie du sang

Ce qui peut la fausser

  • Effort physique : forte hausse en quelques minutes, retour à la base après environ vingt minutes de repos
  • Horaire : variation moyenne de 66 % au cours de la journée, maximum entre 17 h 30 et 20 h 30
  • Repas récent, stress, douleur : hausse
  • Tabac : jusqu'à 20 % de neutrophiles en plus, proportionnellement au nombre de cigarettes
  • Corticoïdes, lithium : hausse
  • Grossesse : hausse progressive jusqu'au troisième trimestre
  • Conservation : formule leucocytaire peu fiable au-delà d'un jour à température ambiante

Valeur haute : les causes possibles

  • Causes physiologiques : effort, repas, stress, grossesse, suites de couches
  • Infections bactériennes
  • Tabagisme
  • Maladies inflammatoires, nécrose d'un tissu (infarctus, pancréatite), suites opératoires
  • Médicaments : corticoïdes, lithium, facteurs de croissance des globules blancs (G-CSF)
  • Cancers, syndromes myéloprolifératifs

Valeur basse : les causes possibles

  • Neutropénie ethnique bénigne chez les personnes d'ascendance africaine (variante du gène Duffy)
  • Infections virales, certaines infections bactériennes (typhoïde, brucellose), infections graves
  • Médicaments, chimiothérapie, radiations
  • Grosse rate (hypersplénisme)
  • Maladies auto-immunes
  • Maladies de la moelle osseuse, causes congénitales

Profil sportif

Un effort fait bondir les neutrophiles, qui se décollent de la paroi des vaisseaux, puis le compte revient à sa base après une vingtaine de minutes de repos. Un entraînement très intense juste avant la prise de sang peut donc fausser un bilan. Chez un sportif d'ascendance africaine, un compte bas, isolé et bien toléré relève souvent d'une particularité génétique bénigne.

Ce que mesure l’analyse

Première ligne de défense. Premiers arrivés sur une infection. Premiers à chuter sous chimiothérapie.

Les polynucléaires neutrophiles sont les globules blancs les plus nombreux chez l’adulte. Leur noyau découpé en plusieurs lobes leur vaut le nom de polynucléaires. Leurs granulations, qui ne prennent ni les colorants acides ni les colorants basiques, expliquent celui de neutrophiles.

Leur rôle principal : repérer, englober et détruire les bactéries et les champignons. Ils naissent dans la moelle osseuse et ne passent que quelques heures dans le sang avant de gagner les tissus.

Dans les vaisseaux, une partie d’entre eux circule, l’autre adhère à la paroi. Le compte sanguin n’en voit donc qu’une fraction, et la moindre redistribution le modifie.

Comment se passe le prélèvement

Les neutrophiles sont comptés dans la formule leucocytaire de la numération formule sanguine (NFS), sur un tube à l’EDTA. L’automate les identifie par cytométrie de flux ; un frottis lu au microscope vérifie les résultats anormaux.

L’heure du prélèvement pèse lourd. Dans une étude analysée par l’ANAES (devenue la HAS), le nombre de neutrophiles variait en moyenne de 66 % au cours de la journée, avec un maximum entre 17 h 30 et 20 h 30. Pour comparer deux bilans, gardez le même horaire, de préférence le matin.

Le tube doit être analysé rapidement. Une étude des Archives of Pathology and Laboratory Medicine a montré que la formule leucocytaire n’était plus fiable après un jour de conservation à température ambiante. Évitez enfin un effort intense, un repas copieux ou une cigarette juste avant la prise de sang.

Comment lire le résultat

Le résultat se lit en valeur absolue, en gigas par litre (G/L). Le pourcentage, encore affiché à côté, n’a pas d’intérêt pris isolément, rappellent l’ANAES et l’enseignement universitaire d’hématologie.

Chez l’adulte, cet enseignement retient des valeurs normales de 1,5 à 7 G/L. On parle de neutropénie sous 1,5 G/L et de polynucléose neutrophile au-delà de 7 G/L, seuils identiques à ceux de l’ANAES. Le risque infectieux devient majeur sous 0,5 G/L, stade appelé agranulocytose. D’autres laboratoires retiennent 2 à 7,5 G/L, comme le réseau hospitalier EORLA dans l’Est de l’Ontario.

Deux situations déplacent ces normes. Pendant la grossesse, les neutrophiles augmentent : une étude australienne citée par l’ANAES retenait 3,9 à 13,1 G/L au troisième trimestre. Chez les personnes d’origine africaine, la valeur normale peut descendre jusqu’à 1 G/L, selon l’enseignement universitaire.

Ce qui compte vraiment : la tendance et le contexte. Une neutropénie modérée et stable n’a pas la même portée qu’une baisse progressive ou associée à d’autres anomalies de l’hémogramme, qui justifie un avis spécialisé.

Ce que dit la science

Le niveau de preuve est élevé. Le compte des neutrophiles guide des décisions concrètes, comme la poursuite d’une chimiothérapie, et ses seuils font consensus.

La génétique a éclairé une particularité ancienne. Une étude de PLoS Genetics, portant sur plus de 6 000 Afro-Américains, a relié leur nombre plus bas de neutrophiles à une variante du gène du récepteur Duffy, connue pour protéger contre un parasite du paludisme. Isolée et bien tolérée, cette neutropénie dite ethnique ne justifie pas d’explorations supplémentaires selon l’ANAES.

Un indice dérivé intéresse les lecteurs attentifs à l’inflammation : le rapport neutrophiles sur lymphocytes (NLR). Une étude de BMC Research Notes, menée chez 413 adultes en bonne santé, situait ses valeurs normales entre 0,78 et 3,53. Associé au pronostic de nombreuses maladies, il reste un marqueur de recherche, sans seuil de décision validé pour une personne donnée.

Chez le sportif, l’effort brouille la lecture. Dans une étude analysée par l’ANAES, vingt minutes d’exercice sous-maximal augmentaient les neutrophiles de 175 %, avec un retour à la base après vingt minutes de repos.

Les analyses à associer

  • Lymphocytes et autres globules blancs, pour situer l’anomalie dans la formule ;
  • Hémoglobine et plaquettes, car une atteinte de plusieurs lignées oriente vers la moelle osseuse ;
  • CRP, pour rechercher une inflammation ou une infection ;
  • Frottis sanguin, pour vérifier l’aspect des cellules en cas de valeur anormale.

À retenir

  • Les neutrophiles sont les globules blancs les plus nombreux et la première défense contre les bactéries ;
  • Les valeurs habituelles vont de 1,5 à 7 G/L chez l’adulte, en valeur absolue ;
  • Effort, horaire, repas, tabac et grossesse les font varier fortement ;
  • Une neutropénie modérée, stable et isolée peut être une particularité génétique bénigne.

Proposée dans Formule leucocytaire de la numération formule sanguine (NFS ou hémogramme)

Sources

  1. UNF3S. Support de cours d'hématologie, item 316 : Hémogramme, indications et interprétations (2009-2010)
  2. ANAES. Lecture critique de l'hémogramme : valeurs seuils à reconnaître comme probablement pathologiques et principales variations non pathologiques. Service des références médicales, septembre 1997
  3. Conseil médical du Canada. Valeurs de référence, section hématologie (Association des laboratoires régionaux de l'Est de l'Ontario, EORLA, Hematology reference ranges, 25 juin 2019)
  4. Gulati GL, Hyland LJ, Kocher W, Schwarting R. Changes in automated complete blood cell count and differential leukocyte count results induced by storage of blood at room temperature. Arch Pathol Lab Med. 2002;126(3):336-342. doi:10.5858/2002-126-0336-CIACBC
  5. Reich D, Nalls MA, Kao WHL, et al. Reduced neutrophil count in people of African descent is due to a regulatory variant in the Duffy antigen receptor for chemokines gene. PLoS Genet. 2009;5(1):e1000360. doi:10.1371/journal.pgen.1000360
  6. Forget P, Khalifa C, Defour JP, Latinne D, Van Pel MC, De Kock M. What is the normal value of the neutrophil-to-lymphocyte ratio? BMC Res Notes. 2017;10(1):12. doi:10.1186/s13104-016-2335-5

Une analyse se lit avec votre médecin : cette fiche explique, elle ne remplace ni un diagnostic ni les normes de votre laboratoire.