Ce que mesure l’analyse
Un globule rouge a une capacité limitée. Il ne peut pas se remplir d’hémoglobine au-delà d’une certaine densité.
La concentration corpusculaire moyenne en hémoglobine (CCMH) rapporte la quantité d’hémoglobine au volume des globules rouges. Le laboratoire la calcule en divisant l’hémoglobine par l’hématocrite, la part du sang occupée par les globules rouges. Elle s’exprime en grammes par décilitre (g/dL), plus rarement en grammes par litre.
Elle se distingue de la TCMH, qui mesure le contenu d’une cellule entière. La CCMH, elle, mesure le degré de remplissage. D’où une règle rappelée par l’ANAES (devenue la HAS) : l’hyperchromie n’existe pas.
En clair : une CCMH basse décrit des globules rouges pâles, une CCMH haute fait d’abord douter de la mesure.
Comment se passe le prélèvement
La CCMH est calculée lors de la numération formule sanguine (NFS), sur sang veineux prélevé sur un tube à l’EDTA. Aucun jeûne n’est nécessaire.
Le délai d’analyse compte. Dans une étude des Archives of Pathology and Laboratory Medicine, la CCMH baissait dès le deuxième jour de conservation à température ambiante : les globules rouges gonflent et l’hématocrite augmente. Un tube ancien peut donc afficher une fausse hypochromie.
D’autres pièges la font monter. En cause : des agglutinines froides, anticorps qui collent les globules rouges entre eux au froid, un sang très chargé en graisses ou des globules rouges détruits dans le tube lors d’un prélèvement difficile. Le laboratoire contrôle alors l’échantillon, par exemple après l’avoir réchauffé.
Comment lire le résultat
L’enseignement universitaire d’hématologie retient des valeurs normales de 32 à 36 g/dL. Sous 32 g/dL, on parle d’hypochromie : les globules rouges sont insuffisamment remplis. L’ANAES retenait le même seuil.
Au-dessus de 36 g/dL, la même source universitaire évoque en premier lieu un artefact, le plus souvent lié à une agglutinine froide. Une cause réelle existe pourtant : la sphérocytose héréditaire, une maladie de la membrane qui rend les globules rouges sphériques et plus denses.
D’autres laboratoires publient un intervalle de 31,5 à 35,5 g/dL, comme le réseau hospitalier EORLA dans l’Est de l’Ontario. Votre compte rendu indique celui de votre laboratoire.
Ce qui compte vraiment : la CCMH est, avec le VGM, l’un des deux indices que l’ANAES jugeait les plus utiles au praticien. Ensemble, ils classent une anémie en normocytaire ou microcytaire, normochrome ou hypochrome. Une anémie microcytaire et hypochrome oriente d’abord vers un trouble du fer.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé pour cet usage de classement. La CCMH reste pourtant un indice peu sensible. Elle ne baisse qu’à un stade avancé du manque de fer, après le VGM et bien après la ferritine.
Sa principale valeur diagnostique propre concerne la sphérocytose héréditaire. Les recommandations britanniques sur cette maladie, publiées dans le British Journal of Haematology, s’appuient sur l’hémogramme, le frottis sanguin et des tests spécialisés comme le test de fixation de l’éosine-5-maléimide (test EMA). La CCMH n’y est qu’un signal d’alerte parmi d’autres.
Chez le sportif, la CCMH a un avantage discret : elle ne dépend pas du volume de plasma. L’expansion du plasma qui abaisse l’hématocrite des athlètes d’endurance, décrite dans Frontiers in Physiology, la laisse intacte. Une CCMH qui baisse chez un athlète traduit donc un vrai défaut de remplissage des globules rouges, pas une dilution.
Les analyses à associer
- VGM et TCMH, pour compléter le portrait des globules rouges ;
- Hémoglobine et réticulocytes, pour situer une anémie et la réponse de la moelle osseuse ;
- Ferritine en cas de CCMH basse, examen de première intention de la HAS pour la carence en fer ;
- Frottis sanguin et contrôle de l’échantillon en cas de CCMH supérieure à 36 g/dL.
À retenir
- La CCMH mesure la densité en hémoglobine des globules rouges, en g/dL ;
- Sous 32 g/dL, elle signe une hypochromie, le plus souvent liée au fer ;
- Au-dessus de 36 g/dL, elle évoque d’abord un artefact ;
- Elle ne dépend pas de la dilution du sang, mais baisse si le tube attend trop longtemps.