Ce que mesure l’analyse
Un tube de sang laissé au repos se sépare en deux couches. En bas, les globules rouges tassés. En haut, le plasma.
L’hématocrite (Ht) exprime la part du volume sanguin occupée par les globules rouges, en pourcentage. Un hématocrite de 45 % signifie que 45 mL sur 100 mL de sang sont des globules rouges. Le reste est surtout du plasma, la partie liquide du sang, avec une infime fraction de globules blancs et de plaquettes.
Cette valeur dépend de deux réservoirs. Le premier est la masse de globules rouges, fabriquée par la moelle osseuse sous l’effet de l’érythropoïétine (EPO), une hormone produite par le rein. Le second est le volume de plasma, qui varie en quelques heures selon l’hydratation, l’effort ou la position du corps.
Autrement dit : l’hématocrite peut bouger sans qu’un seul globule rouge ait été créé ou détruit.
Comment se passe le prélèvement
L’hématocrite fait partie de la numération formule sanguine (NFS). Le sang veineux est recueilli sur un tube contenant un anticoagulant, l’EDTA. Selon l’automate, l’hématocrite est calculé à partir du nombre et du volume moyen des globules rouges, ou déduit de la somme des volumes mesurés cellule par cellule.
La méthode historique reste utile pour vérifier un résultat douteux : la centrifugation d’un fin tube capillaire, ou microhématocrite, qui sépare physiquement les globules rouges du plasma.
Aucun jeûne n’est nécessaire pour ce paramètre. Le délai d’analyse compte davantage : dans une étude des Archives of Pathology and Laboratory Medicine, l’hématocrite augmentait dès le deuxième jour de conservation à température ambiante, car les globules rouges gonflent dans le tube. La posture joue aussi : passer de la position allongée à la position debout le fait monter.
Comment lire le résultat
L’hématocrite s’exprime en pourcentage, parfois en litre par litre : 0,45 L/L équivaut à 45 %. Les intervalles varient selon le sexe, l’âge et l’automate.
Dans une étude française rapportée par l’ANAES (devenue la HAS), l’intervalle de référence allait de 42 à 52 % chez les hommes et de 37 à 47 % chez les femmes de 20 à 50 ans. Chez les plus de 70 ans en bonne santé, il était à peine plus bas : 41 à 50 % chez l’homme, 37 à 46 % chez la femme. D’autres laboratoires retiennent un intervalle unique, par exemple 38 à 50 % dans le réseau hospitalier EORLA de l’Est de l’Ontario.
Côté haut, deux repères coexistent. L’ANAES évoquait une polyglobulie quand l’hémoglobine dépasse 17 g/dL avec un hématocrite supérieur à 50 % chez l’homme, ou 16 g/dL avec plus de 45 % chez la femme. Les critères internationaux de la polyglobulie de Vaquez, une maladie de la moelle osseuse, retiennent un hématocrite supérieur à 49 % chez l’homme et à 48 % chez la femme, parmi d’autres critères.
Ce qui compte vraiment : l’hématocrite ne se lit jamais sans l’hémoglobine. Une hausse isolée après une journée chaude ou une sortie longue évoque d’abord une perte de plasma. À l’extrême, un hématocrite supérieur à 60 % figure parmi les anomalies que l’enseignement universitaire d’hématologie confie en urgence à un spécialiste.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé : l’hématocrite est un paramètre standard de l’hémogramme, et ses seuils figurent dans les classifications internationales des polyglobulies. Sa limite est connue. Il mesure une proportion, pas une quantité.
Une revue de Frontiers in Physiology illustre ce paradoxe chez le sportif. Les athlètes d’endurance ont souvent un hématocrite un peu plus bas, parfois appelé « anémie du sportif ». Pourtant, leur masse totale de globules rouges et d’hémoglobine dépasse celle d’un sédentaire : c’est le plasma qui a augmenté davantage.
Le dopage sanguin vise justement à élever l’hématocrite. Le passeport biologique de l’athlète, dont l’Union cycliste internationale a décrit la mise en œuvre dans Drug Testing and Analysis, ne repose pas sur un seuil fixe mais sur le profil propre de chaque sportif. En clair : votre historique est votre meilleure référence.
Chez l’homme traité par testostérone, les recommandations de l’Endocrine Society, publiées dans le Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, prévoient une surveillance de l’hématocrite et déconseillent de débuter le traitement si celui-ci est déjà élevé.
Les analyses à associer
- Hémoglobine et nombre de globules rouges, qui évoluent normalement dans le même sens ;
- VGM et CCMH, pour situer la taille et la richesse en hémoglobine des globules rouges ;
- Ferritine en cas d’hématocrite bas, examen de première intention de la HAS pour rechercher une carence en fer ;
- EPO et recherche de la mutation JAK2 si l’hématocrite reste élevé sans explication, sur avis médical.
À retenir
- L’hématocrite est la part du volume sanguin occupée par les globules rouges ;
- Il dépend autant du plasma que des globules rouges : hydratation, effort et posture le déplacent ;
- Les seuils de polyglobulie vont de 45 à 50 % selon le sexe et le référentiel ;
- Une valeur haute persistante, surtout sous testostérone, se discute avec un médecin.