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Sang · Hématologie

Hématocrite

Aussi appelée Ht, Hct, Taux d'hématocrite

Niveau de preuve : ValidéeDemandée selon les recommandations des autorités de santé.

L'hématocrite mesure la part du volume sanguin occupée par les globules rouges. Il aide à repérer une anémie ou une polyglobulie, à condition de tenir compte du volume de plasma, de l'hydratation et de l'entraînement.

Les repères

Repères : Homme
Sous l'intervalle de référence (hommes de 20 à 50 ans)moins de 42 %
Valeurs habituelles42 à 49 %
Au-dessus du seuil de la polyglobulie de Vaquez (ICC), encor49 à 52 %
Au-delà de l'intervalle de référenceplus de 52 %

Source : ANAES, Lecture critique de l'hémogramme, septembre 1997 (étude française chez des adultes de 20 à 50 ans) ; Arber DA et al., International Consensus Classification, Blood 2022 (critères de la polyglobulie de Vaquez)

Les repères de votre laboratoire priment : ils dépendent de sa méthode et de son unité.

Pourquoi on la demande

  • Confirmer une anémie ou une polyglobulie repérée sur l'hémoglobine
  • Rechercher une polyglobulie devant une rougeur du visage, des démangeaisons après la douche, des maux de tête ou une thrombose
  • Évaluer une déshydratation ou une hémoconcentration
  • Surveiller un traitement par testostérone, dont les recommandations prévoient le contrôle de l'hématocrite
  • Suivre une polyglobulie connue

Ce qui peut la fausser

  • Posture : passer de la position allongée à assise ou debout avant la prise de sang augmente l'hématocrite
  • Garrot laissé trop longtemps : le sang se concentre au point de ponction
  • Déshydratation, chaleur, sauna ou effort intense récent : hausse par perte de plasma
  • Entraînement d'endurance soutenu : baisse par expansion du volume de plasma
  • Perfusion ou boisson massive juste avant le prélèvement : baisse par dilution
  • Tube conservé plus d'un jour à température ambiante : l'hématocrite augmente car les globules rouges gonflent
  • Agglutinines froides (anticorps qui collent les globules rouges au froid) : résultat faussé, à contrôler après réchauffement

Valeur haute : les causes possibles

  • Hémoconcentration par manque d'eau : déshydratation, chaleur, diarrhée, diurétiques
  • Tabagisme
  • Testostérone, stéroïdes anabolisants, EPO ou autres stimulants de la fabrication des globules rouges
  • Manque chronique d'oxygène : apnées du sommeil, maladie respiratoire chronique, certaines maladies cardiaques
  • Vie ou séjour prolongé en altitude
  • Production anormale d'EPO par certaines tumeurs, notamment du rein
  • Polyglobulie de Vaquez, une maladie de la moelle osseuse liée le plus souvent à une mutation du gène JAK2

Valeur basse : les causes possibles

  • Anémie, quelle qu'en soit la cause : carence en fer, inflammation, maladie rénale, carence en vitamine B12 ou en folates
  • Hémodilution : grossesse, perfusion
  • Entraînement d'endurance : dilution sans anémie vraie
  • Saignement aigu ou chronique
  • Hémolyse (destruction des globules rouges)
  • Maladie de la moelle osseuse ou chimiothérapie

Profil sportif

Chez l'athlète d'endurance, l'hématocrite baisse un peu parce que le volume de plasma augmente, alors que la masse totale de globules rouges dépasse celle d'un sédentaire : ce n'est pas une anémie au sens clinique. À l'inverse, une déshydratation, la chaleur ou un séjour en altitude le font monter. Une hausse inexpliquée, surtout sous testostérone ou autre produit dopant, se discute avec un médecin.

Ce que mesure l’analyse

Un tube de sang laissé au repos se sépare en deux couches. En bas, les globules rouges tassés. En haut, le plasma.

L’hématocrite (Ht) exprime la part du volume sanguin occupée par les globules rouges, en pourcentage. Un hématocrite de 45 % signifie que 45 mL sur 100 mL de sang sont des globules rouges. Le reste est surtout du plasma, la partie liquide du sang, avec une infime fraction de globules blancs et de plaquettes.

Cette valeur dépend de deux réservoirs. Le premier est la masse de globules rouges, fabriquée par la moelle osseuse sous l’effet de l’érythropoïétine (EPO), une hormone produite par le rein. Le second est le volume de plasma, qui varie en quelques heures selon l’hydratation, l’effort ou la position du corps.

Autrement dit : l’hématocrite peut bouger sans qu’un seul globule rouge ait été créé ou détruit.

Comment se passe le prélèvement

L’hématocrite fait partie de la numération formule sanguine (NFS). Le sang veineux est recueilli sur un tube contenant un anticoagulant, l’EDTA. Selon l’automate, l’hématocrite est calculé à partir du nombre et du volume moyen des globules rouges, ou déduit de la somme des volumes mesurés cellule par cellule.

La méthode historique reste utile pour vérifier un résultat douteux : la centrifugation d’un fin tube capillaire, ou microhématocrite, qui sépare physiquement les globules rouges du plasma.

Aucun jeûne n’est nécessaire pour ce paramètre. Le délai d’analyse compte davantage : dans une étude des Archives of Pathology and Laboratory Medicine, l’hématocrite augmentait dès le deuxième jour de conservation à température ambiante, car les globules rouges gonflent dans le tube. La posture joue aussi : passer de la position allongée à la position debout le fait monter.

Comment lire le résultat

L’hématocrite s’exprime en pourcentage, parfois en litre par litre : 0,45 L/L équivaut à 45 %. Les intervalles varient selon le sexe, l’âge et l’automate.

Dans une étude française rapportée par l’ANAES (devenue la HAS), l’intervalle de référence allait de 42 à 52 % chez les hommes et de 37 à 47 % chez les femmes de 20 à 50 ans. Chez les plus de 70 ans en bonne santé, il était à peine plus bas : 41 à 50 % chez l’homme, 37 à 46 % chez la femme. D’autres laboratoires retiennent un intervalle unique, par exemple 38 à 50 % dans le réseau hospitalier EORLA de l’Est de l’Ontario.

Côté haut, deux repères coexistent. L’ANAES évoquait une polyglobulie quand l’hémoglobine dépasse 17 g/dL avec un hématocrite supérieur à 50 % chez l’homme, ou 16 g/dL avec plus de 45 % chez la femme. Les critères internationaux de la polyglobulie de Vaquez, une maladie de la moelle osseuse, retiennent un hématocrite supérieur à 49 % chez l’homme et à 48 % chez la femme, parmi d’autres critères.

Ce qui compte vraiment : l’hématocrite ne se lit jamais sans l’hémoglobine. Une hausse isolée après une journée chaude ou une sortie longue évoque d’abord une perte de plasma. À l’extrême, un hématocrite supérieur à 60 % figure parmi les anomalies que l’enseignement universitaire d’hématologie confie en urgence à un spécialiste.

Ce que dit la science

Le niveau de preuve est élevé : l’hématocrite est un paramètre standard de l’hémogramme, et ses seuils figurent dans les classifications internationales des polyglobulies. Sa limite est connue. Il mesure une proportion, pas une quantité.

Une revue de Frontiers in Physiology illustre ce paradoxe chez le sportif. Les athlètes d’endurance ont souvent un hématocrite un peu plus bas, parfois appelé « anémie du sportif ». Pourtant, leur masse totale de globules rouges et d’hémoglobine dépasse celle d’un sédentaire : c’est le plasma qui a augmenté davantage.

Le dopage sanguin vise justement à élever l’hématocrite. Le passeport biologique de l’athlète, dont l’Union cycliste internationale a décrit la mise en œuvre dans Drug Testing and Analysis, ne repose pas sur un seuil fixe mais sur le profil propre de chaque sportif. En clair : votre historique est votre meilleure référence.

Chez l’homme traité par testostérone, les recommandations de l’Endocrine Society, publiées dans le Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, prévoient une surveillance de l’hématocrite et déconseillent de débuter le traitement si celui-ci est déjà élevé.

Les analyses à associer

  • Hémoglobine et nombre de globules rouges, qui évoluent normalement dans le même sens ;
  • VGM et CCMH, pour situer la taille et la richesse en hémoglobine des globules rouges ;
  • Ferritine en cas d’hématocrite bas, examen de première intention de la HAS pour rechercher une carence en fer ;
  • EPO et recherche de la mutation JAK2 si l’hématocrite reste élevé sans explication, sur avis médical.

À retenir

  • L’hématocrite est la part du volume sanguin occupée par les globules rouges ;
  • Il dépend autant du plasma que des globules rouges : hydratation, effort et posture le déplacent ;
  • Les seuils de polyglobulie vont de 45 à 50 % selon le sexe et le référentiel ;
  • Une valeur haute persistante, surtout sous testostérone, se discute avec un médecin.

Proposée dans Numération formule sanguine (NFS ou hémogramme) ; suivi d'un traitement par testostérone

Sources

  1. ANAES. Lecture critique de l'hémogramme : valeurs seuils à reconnaître comme probablement pathologiques et principales variations non pathologiques. Service des références médicales, septembre 1997
  2. UNF3S. Support de cours d'hématologie, item 316 : Hémogramme, indications et interprétations (2009-2010)
  3. Arber DA, Orazi A, Hasserjian RP, et al. International Consensus Classification of Myeloid Neoplasms and Acute Leukemias: integrating morphologic, clinical, and genomic data. Blood. 2022;140(11):1200-1228. doi:10.1182/blood.2022015850
  4. Conseil médical du Canada. Valeurs de référence, section hématologie (Association des laboratoires régionaux de l'Est de l'Ontario, EORLA, Hematology reference ranges, 25 juin 2019)
  5. Lima-Oliveira G, Guidi GC, Salvagno GL, et al. Patient posture for blood collection by venipuncture: recall for standardization after 28 years. Rev Bras Hematol Hemoter. 2017;39(2):127-132. doi:10.1016/j.bjhh.2017.01.004
  6. Gulati GL, Hyland LJ, Kocher W, Schwarting R. Changes in automated complete blood cell count and differential leukocyte count results induced by storage of blood at room temperature. Arch Pathol Lab Med. 2002;126(3):336-342. doi:10.5858/2002-126-0336-CIACBC
  7. Mairbäurl H. Red blood cells in sports: effects of exercise and training on oxygen supply by red blood cells. Front Physiol. 2013;4:332. doi:10.3389/fphys.2013.00332
  8. Zorzoli M, Rossi F. Implementation of the biological passport: the experience of the International Cycling Union. Drug Test Anal. 2010;2(11-12):542-547. doi:10.1002/dta.173
  9. Bhasin S, Brito JP, Cunningham GR, et al. Testosterone Therapy in Men With Hypogonadism: An Endocrine Society Clinical Practice Guideline. J Clin Endocrinol Metab. 2018;103(5):1715-1744. doi:10.1210/jc.2018-00229
  10. Haute Autorité de santé. Choix des examens du métabolisme du fer en cas de suspicion de carence en fer. Rapport d'évaluation, mars 2011

Une analyse se lit avec votre médecin : cette fiche explique, elle ne remplace ni un diagnostic ni les normes de votre laboratoire.