Ce que mesure l’analyse
Une protéine rouge. Un atome de fer. De l’oxygène livré à chaque cellule.
L’hémoglobine (Hb) remplit les globules rouges et transporte l’oxygène des poumons vers les muscles et les organes. Chaque molécule associe quatre chaînes de globine et quatre groupements hème, au centre desquels un atome de fer fixe l’oxygène. Elle ramène aussi une partie du gaz carbonique vers les poumons.
Le dosage donne une concentration : la masse d’hémoglobine contenue dans un volume de sang. Ce chiffre dépend donc de la quantité de globules rouges, mais aussi du volume de plasma, la partie liquide du sang. Autrement dit : plus d’eau dilue l’hémoglobine, moins d’eau la concentre, sans que la réserve totale ait bougé.
La fabrication des globules rouges, ou érythropoïèse, a lieu dans la moelle osseuse. L’érythropoïétine (EPO), une hormone libérée surtout par le rein quand les tissus manquent d’oxygène, la stimule. Ce processus réclame du fer, de la vitamine B12 et des folates.
Comment se passe le prélèvement
L’hémoglobine fait partie de la numération formule sanguine (NFS), aussi appelée hémogramme. Le sang veineux est prélevé au pli du coude, dans un tube contenant un anticoagulant, l’EDTA. Un automate d’hématologie mesure ensuite l’hémoglobine par photométrie, après lyse (destruction) des globules rouges.
Le jeûne n’est en général pas exigé pour une NFS seule. Suivez toutefois les consignes du laboratoire si d’autres dosages sont prévus. Un tube coagulé ou mal rempli doit être refait.
La posture modifie le chiffre. Une étude publiée dans la Revista Brasileira de Hematologia e Hemoterapia montre que passer de la position allongée à la position assise, puis debout, augmente l’hémoglobine mesurée : une partie du plasma quitte les vaisseaux. Un garrot laissé trop longtemps produit un effet comparable.
Pour comparer deux bilans, gardez les mêmes conditions : même laboratoire, même horaire, quelques minutes assis avant la ponction, aucun effort intense la veille. L’OMS recommande le sang veineux et les automates d’hématologie. Les mesures au bout du doigt, avec un appareil portable, s’écartent souvent du sang veineux, le plus souvent vers le haut, comme le détaille une revue des Annals of the New York Academy of Sciences.
Comment lire le résultat
En France, l’hémoglobine est exprimée en grammes par décilitre (g/dL). L’OMS et certains comptes rendus utilisent les grammes par litre : 13 g/dL équivalent à 130 g/L.
L’OMS parle d’anémie sous 13 g/dL chez l’homme de 15 à 65 ans et sous 12 g/dL chez la femme non enceinte du même âge. Pendant la grossesse, le seuil passe à 11 g/dL aux premier et troisième trimestres, et à 10,5 g/dL au deuxième, en raison de l’augmentation du volume de plasma. Hors grossesse, l’anémie est dite légère entre 11 g/dL et le seuil, modérée entre 8 et 10,9 g/dL, sévère sous 8 g/dL.
Un ancien référentiel français de l’ANAES, devenue la HAS, plaçait la barre un peu plus haut : 13,5 g/dL chez l’homme, 12,5 g/dL chez la femme. Entre ces deux jeux de seuils s’étend une zone grise. Côté haut, ce même texte retient une polyglobulie au-delà de 17 g/dL chez l’homme et de 16 g/dL chez la femme, avec un hématocrite élevé. Les critères internationaux de la polyglobulie de Vaquez, une maladie de la moelle osseuse, retiennent une hémoglobine supérieure à 16,5 g/dL chez l’homme et à 16 g/dL chez la femme, parmi d’autres critères.
L’OMS prévoit deux corrections. L’altitude de résidence relève le seuil dès 500 m : de 0,4 g/dL entre 500 et 999 m, de 1,4 g/dL entre 2 000 et 2 499 m. Le tabac le relève de 0,3 à 0,6 g/dL selon le nombre de cigarettes par jour. En revanche, aucun ajustement n’est prévu selon l’origine ethnique ni en cas d’inflammation.
Ce qui compte vraiment : la tendance et le contexte. Le volume globulaire moyen (VGM), la taille moyenne des globules rouges, oriente vers la cause. Une valeur proche d’une limite se compare d’abord à vos résultats antérieurs. Le laboratoire imprime aussi ses propres intervalles de référence, liés à son automate.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé. L’hémoglobine est le critère de définition de l’anémie retenu par l’OMS. Pourtant, ses seuils restent statistiques : ils correspondent au 5e percentile de populations en bonne santé. Par construction, 5 % des personnes saines se situent donc sous la barre.
Une analyse publiée dans The Lancet Haematology, qui a nourri la mise à jour de l’OMS, a rassemblé des données de huit pays. Chez les adultes de 18 à 65 ans en bonne santé, le 5e percentile se situait autour de 12 g/dL chez la femme et de 13,5 g/dL chez l’homme. Rien n’y justifiait des seuils distincts selon l’ascendance, et les données manquaient au-delà de 65 ans. L’OMS a néanmoins conservé le seuil masculin de 13 g/dL.
Le sport complique la lecture. Une revue d’Exercise and Sport Sciences Reviews explique que l’entraînement augmente à la fois le plasma et la masse de globules rouges, alors que l’altitude n’augmente que cette dernière, donc la concentration. Dans Medicine and Science in Sports and Exercise, une étude menée chez 747 sportifs masculins a relevé des valeurs plus basses chez les athlètes d’endurance, attribuées surtout à l’expansion du plasma. Des signes d’hémolyse, la destruction de globules rouges, y apparaissaient chez les coureurs, pas chez les cyclistes.
Le passeport biologique de l’athlète, décrit dans Clinical Chemistry, applique ce principe à la lutte antidopage : il suit les marqueurs sanguins de chaque sportif dans le temps. La leçon vaut pour tous. Votre propre historique pèse plus qu’une valeur isolée.
Une limite demeure. L’anémie n’apparaît qu’à un stade avancé du manque de fer : une hémoglobine normale n’exclut pas une carence débutante, comme le souligne l’OMS.
Les analyses à associer
- Hématocrite, nombre de globules rouges, VGM et CCMH, pour confirmer et caractériser l’anomalie ;
- Réticulocytes, pour juger si la moelle osseuse compense ;
- Ferritine, l’examen de première intention de la HAS en cas de suspicion de carence en fer (fer et transferrine s’y ajoutent en cas d’inflammation) ;
- Vitamine B12, folates, EPO ou recherche de la mutation JAK2, selon l’orientation donnée par le médecin.
À retenir
- L’hémoglobine est une concentration : le volume de plasma la fait varier autant que les globules rouges ;
- L’OMS parle d’anémie sous 13 g/dL chez l’homme et sous 12 g/dL chez la femme non enceinte ;
- Posture, effort récent, déshydratation, tabac et altitude modifient le chiffre ;
- Chez l’athlète d’endurance, une valeur un peu basse reflète souvent une dilution, mais une carence en fer doit être écartée avec un médecin.