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Sang · Hématologie

Réticulocytes

Aussi appelée RET, Rétic, Taux de réticulocytes

Niveau de preuve : ValidéeDemandée selon les recommandations des autorités de santé.

Les réticulocytes sont de jeunes globules rouges tout juste sortis de la moelle osseuse. Leur nombre indique si l'organisme produit assez de globules rouges, notamment face à une anémie.

Les repères

Repères : Homme
Sous l'intervalle de référence (20 à 49 ans)moins de 32,3 G/L
Intervalle de référence (20 à 49 ans)32,3 à 195,6 G/L
Au-dessus de l'intervalle de référenceplus de 195,6 G/L

Source : ANAES, Lecture critique de l'hémogramme, septembre 1997 : valeurs de référence de Tarallo, automate Sysmex R-3000, 2,5e et 97,5e percentiles

Les repères de votre laboratoire priment : ils dépendent de sa méthode et de son unité.

Pourquoi on la demande

  • Savoir si une anémie est régénérative (la moelle osseuse compense) ou non
  • Explorer toute nouvelle anémie, en particulier quand les globules rouges sont de taille normale
  • Rechercher une hémolyse ou évaluer la réponse après un saignement
  • Suivre la reprise de la production après la correction d'une carence
  • Surveiller la récupération de la moelle osseuse après une chimiothérapie
  • Antidopage : marqueur primaire du passeport biologique de l'athlète

Ce qui peut la fausser

  • Méthode : comptage au microscope après coloration ou par cytométrie de flux, les valeurs diffèrent selon la technique
  • Expression en pourcentage : dépend du nombre de globules rouges, la valeur absolue en G/L est plus fiable
  • Saignement ou don de sang dans les semaines précédentes : hausse
  • Séjour en altitude ou nuits sous tente hypoxique : hausse nette
  • Correction récente d'une carence en fer, en vitamine B12 ou en folates : hausse transitoire

Valeur haute : les causes possibles

  • Saignement récent, la moelle osseuse compense
  • Hémolyse (destruction des globules rouges)
  • Correction d'une carence en fer, en vitamine B12 ou en folates
  • Séjour en altitude ou exposition à l'hypoxie
  • Récupération de la moelle osseuse après une chimiothérapie
  • Administration d'EPO (dopage ou traitement)

Valeur basse : les causes possibles

  • Carence non corrigée en fer, en vitamine B12 ou en folates
  • Maladie rénale chronique (manque d'EPO)
  • Inflammation chronique
  • Maladie de la moelle osseuse : aplasie, myélodysplasie, envahissement
  • Chimiothérapie ou médicaments toxiques pour la moelle osseuse
  • Arrêt brutal d'une stimulation : retour d'un séjour en altitude, arrêt d'EPO

Profil sportif

Les réticulocytes sont l'un des deux marqueurs primaires du passeport biologique de l'athlète, avec l'hémoglobine. Un séjour en altitude ou des nuits sous tente hypoxique les font monter nettement, ce qui mérite d'être déclaré lors d'un contrôle. L'hémolyse d'effort stimule aussi, plus modestement, la production de globules rouges.

Ce que mesure l’analyse

Un globule rouge vit plusieurs mois. Les réticulocytes, eux, sont les nouveaux venus.

Les réticulocytes sont de jeunes globules rouges, tout juste sortis de la moelle osseuse. Ils n’ont plus de noyau mais gardent des restes d’ARN, un matériel génétique que certains colorants révèlent sous la forme d’un fin réseau, d’où leur nom. Ils perdent ces restes en circulation et deviennent des globules rouges matures.

Leur nombre reflète donc l’activité actuelle de la moelle osseuse. C’est un compteur de production, quand l’hémoglobine est un compteur de stock. Une perte de sang ou une destruction de globules rouges fait monter les réticulocytes, si la moelle a de quoi répondre. Un manque de fer, de vitamines ou d’érythropoïétine (EPO), l’hormone rénale qui stimule cette production, les maintient bas.

Comment se passe le prélèvement

Les réticulocytes ne font pas partie de l’hémogramme standard : le médecin doit les demander. Le sang veineux est prélevé sur un tube à l’EDTA, souvent le même que celui de la numération formule sanguine (NFS).

Deux techniques coexistent. La plus ancienne colore l’ARN et compte les cellules au microscope. La plus courante utilise la cytométrie de flux, qui analyse les cellules une à une grâce à un faisceau laser. Les valeurs diffèrent selon la méthode : comparez vos résultats dans le même laboratoire.

Signalez un saignement, un don de sang, un séjour en altitude ou le début d’un traitement contre une carence dans les semaines précédentes. Tous peuvent augmenter le compte.

Comment lire le résultat

Le résultat s’exprime en valeur absolue, en gigas par litre (G/L), soit en milliards par litre. Le pourcentage, encore affiché par certains laboratoires, dépend du nombre de globules rouges et peut tromper en cas d’anémie. L’ANAES (devenue la HAS) encourageait déjà la valeur absolue.

Chez l’adulte, une étude française menée sur un automate Sysmex et reprise par l’ANAES situait l’intervalle de référence de 32,3 à 195,6 G/L chez l’homme de 20 à 49 ans et de 23,5 à 188 G/L chez la femme du même âge. D’autres laboratoires publient des bornes bien plus étroites, comme 23 à 90 G/L à l’Hôpital d’Ottawa. Cet écart illustre le poids de la technique.

En cas d’anémie, le chiffre se lit autrement. L’ANAES parlait de réticulocytopénie sous 120 G/L, à apprécier selon le taux d’hémoglobine. L’enseignement universitaire d’hématologie qualifie de régénérative une anémie avec plus de 150 G/L de réticulocytes. Entre ces deux valeurs, l’interprétation dépend du contexte.

Ce qui compte vraiment : la question posée. Les réticulocytes ne répondent pas à « suis-je anémique ? » mais à « ma moelle osseuse produit-elle assez ? ». Un compte dans l’intervalle de référence chez une personne très anémiée traduit en réalité une moelle qui ne compense pas.

Ce que dit la science

Le niveau de preuve est élevé. L’enseignement universitaire d’hématologie demande de compter les réticulocytes devant toute nouvelle anémie. Une anémie régénérative oriente vers un saignement aigu ou une hémolyse. Une anémie arégénérative oriente vers la moelle osseuse, le rein, la thyroïde, une inflammation ou une carence.

Le sport en a fait un outil de lutte antidopage. Le module hématologique du passeport biologique de l’athlète, décrit dans Clinical Chemistry, suit chaque sportif dans le temps. Ses deux marqueurs primaires sont l’hémoglobine et le pourcentage de réticulocytes. Leur combinaison, l’OFF-score, se calcule en retranchant de l’hémoglobine (en g/L) 60 fois la racine carrée du pourcentage de réticulocytes ; elle sert à repérer une stimulation artificielle de la production.

Une étude de Frontiers in Sports and Active Living, menée pendant un an chez des cyclistes d’élite, montre la sensibilité de ce marqueur. Un séjour d’environ quatre semaines en altitude a fortement augmenté le pourcentage de réticulocytes d’un coureur. Un autre, qui dormait sous tente hypoxique, a gardé un taux élevé durablement. Les auteurs recommandent de consigner ces expositions.

Les analyses à associer

  • Hémoglobine, sans laquelle les réticulocytes ne s’interprètent pas ;
  • VGM, pour classer l’anémie et choisir la suite des examens ;
  • Bilirubine, LDH et haptoglobine si une hémolyse est suspectée ;
  • Ferritine, vitamine B12 et folates si la production paraît insuffisante, selon l’avis du médecin.

À retenir

  • Les réticulocytes sont de jeunes globules rouges : ils mesurent la production de la moelle osseuse ;
  • Ils se lisent en valeur absolue (G/L) et toujours avec l’hémoglobine ;
  • Saignement, hémolyse, altitude et correction d’une carence les font monter ;
  • Ils sont, avec l’hémoglobine, un marqueur clé du passeport biologique de l’athlète.

Proposée dans Numération des réticulocytes, non incluse dans la NFS standard et à demander spécifiquement ; module hématologique du passeport biologique de l'athlète (Agence mondiale antidopage)

Sources

  1. ANAES. Lecture critique de l'hémogramme : valeurs seuils à reconnaître comme probablement pathologiques et principales variations non pathologiques. Service des références médicales, septembre 1997
  2. UNF3S. Support de cours d'hématologie, item 316 : Hémogramme, indications et interprétations (2009-2010)
  3. Conseil médical du Canada. Valeurs de référence, section hématologie (Services de laboratoire de l'Hôpital d'Ottawa, 2019)
  4. Astolfi T, Crettaz von Roten F, Kayser B, Saugy M, Faiss R. The influence of training load on hematological Athlete Biological Passport variables in elite cyclists. Front Sports Act Living. 2021;3:618285. doi:10.3389/fspor.2021.618285
  5. Sottas PE, Robinson N, Rabin O, Saugy M. The athlete biological passport. Clin Chem. 2011;57(7):969-976. doi:10.1373/clinchem.2011.162271
  6. Mairbäurl H. Red blood cells in sports: effects of exercise and training on oxygen supply by red blood cells. Front Physiol. 2013;4:332. doi:10.3389/fphys.2013.00332

Une analyse se lit avec votre médecin : cette fiche explique, elle ne remplace ni un diagnostic ni les normes de votre laboratoire.