Ce que mesure l’analyse
Un globule rouge vit plusieurs mois. Les réticulocytes, eux, sont les nouveaux venus.
Les réticulocytes sont de jeunes globules rouges, tout juste sortis de la moelle osseuse. Ils n’ont plus de noyau mais gardent des restes d’ARN, un matériel génétique que certains colorants révèlent sous la forme d’un fin réseau, d’où leur nom. Ils perdent ces restes en circulation et deviennent des globules rouges matures.
Leur nombre reflète donc l’activité actuelle de la moelle osseuse. C’est un compteur de production, quand l’hémoglobine est un compteur de stock. Une perte de sang ou une destruction de globules rouges fait monter les réticulocytes, si la moelle a de quoi répondre. Un manque de fer, de vitamines ou d’érythropoïétine (EPO), l’hormone rénale qui stimule cette production, les maintient bas.
Comment se passe le prélèvement
Les réticulocytes ne font pas partie de l’hémogramme standard : le médecin doit les demander. Le sang veineux est prélevé sur un tube à l’EDTA, souvent le même que celui de la numération formule sanguine (NFS).
Deux techniques coexistent. La plus ancienne colore l’ARN et compte les cellules au microscope. La plus courante utilise la cytométrie de flux, qui analyse les cellules une à une grâce à un faisceau laser. Les valeurs diffèrent selon la méthode : comparez vos résultats dans le même laboratoire.
Signalez un saignement, un don de sang, un séjour en altitude ou le début d’un traitement contre une carence dans les semaines précédentes. Tous peuvent augmenter le compte.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en valeur absolue, en gigas par litre (G/L), soit en milliards par litre. Le pourcentage, encore affiché par certains laboratoires, dépend du nombre de globules rouges et peut tromper en cas d’anémie. L’ANAES (devenue la HAS) encourageait déjà la valeur absolue.
Chez l’adulte, une étude française menée sur un automate Sysmex et reprise par l’ANAES situait l’intervalle de référence de 32,3 à 195,6 G/L chez l’homme de 20 à 49 ans et de 23,5 à 188 G/L chez la femme du même âge. D’autres laboratoires publient des bornes bien plus étroites, comme 23 à 90 G/L à l’Hôpital d’Ottawa. Cet écart illustre le poids de la technique.
En cas d’anémie, le chiffre se lit autrement. L’ANAES parlait de réticulocytopénie sous 120 G/L, à apprécier selon le taux d’hémoglobine. L’enseignement universitaire d’hématologie qualifie de régénérative une anémie avec plus de 150 G/L de réticulocytes. Entre ces deux valeurs, l’interprétation dépend du contexte.
Ce qui compte vraiment : la question posée. Les réticulocytes ne répondent pas à « suis-je anémique ? » mais à « ma moelle osseuse produit-elle assez ? ». Un compte dans l’intervalle de référence chez une personne très anémiée traduit en réalité une moelle qui ne compense pas.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé. L’enseignement universitaire d’hématologie demande de compter les réticulocytes devant toute nouvelle anémie. Une anémie régénérative oriente vers un saignement aigu ou une hémolyse. Une anémie arégénérative oriente vers la moelle osseuse, le rein, la thyroïde, une inflammation ou une carence.
Le sport en a fait un outil de lutte antidopage. Le module hématologique du passeport biologique de l’athlète, décrit dans Clinical Chemistry, suit chaque sportif dans le temps. Ses deux marqueurs primaires sont l’hémoglobine et le pourcentage de réticulocytes. Leur combinaison, l’OFF-score, se calcule en retranchant de l’hémoglobine (en g/L) 60 fois la racine carrée du pourcentage de réticulocytes ; elle sert à repérer une stimulation artificielle de la production.
Une étude de Frontiers in Sports and Active Living, menée pendant un an chez des cyclistes d’élite, montre la sensibilité de ce marqueur. Un séjour d’environ quatre semaines en altitude a fortement augmenté le pourcentage de réticulocytes d’un coureur. Un autre, qui dormait sous tente hypoxique, a gardé un taux élevé durablement. Les auteurs recommandent de consigner ces expositions.
Les analyses à associer
- Hémoglobine, sans laquelle les réticulocytes ne s’interprètent pas ;
- VGM, pour classer l’anémie et choisir la suite des examens ;
- Bilirubine, LDH et haptoglobine si une hémolyse est suspectée ;
- Ferritine, vitamine B12 et folates si la production paraît insuffisante, selon l’avis du médecin.
À retenir
- Les réticulocytes sont de jeunes globules rouges : ils mesurent la production de la moelle osseuse ;
- Ils se lisent en valeur absolue (G/L) et toujours avec l’hémoglobine ;
- Saignement, hémolyse, altitude et correction d’une carence les font monter ;
- Ils sont, avec l’hémoglobine, un marqueur clé du passeport biologique de l’athlète.