Ce que mesure l’analyse
Plusieurs milliers de milliards dans chaque litre de sang. Sans noyau. Remplis d’hémoglobine.
La numération des globules rouges, ou hématies, compte ces cellules dans un litre de sang. Le résultat s’exprime en téras par litre (T/L), un téra valant mille milliards. Dépourvus de noyau, les globules rouges sont entièrement consacrés au transport de l’oxygène.
Leur nombre résulte d’un équilibre. La moelle osseuse en produit en continu sous l’effet de l’érythropoïétine (EPO), une hormone libérée par le rein. La rate et le foie éliminent les plus âgés. Une perte de sang, une destruction accélérée ou une production freinée font baisser le compte.
Ce chiffre seul dit peu de chose. Sa valeur vient de sa confrontation avec l’hémoglobine et le volume globulaire moyen (VGM), la taille moyenne des globules rouges.
Comment se passe le prélèvement
Le compte fait partie de la numération formule sanguine (NFS). Le sang veineux est prélevé sur un tube à l’EDTA, un anticoagulant, puis analysé par un automate. La technique la plus répandue est la variation d’impédance : chaque cellule qui traverse un minuscule orifice modifie un courant électrique, ce qui permet de la compter et de mesurer son volume.
Ce paramètre se conserve bien. Une étude des Archives of Pathology and Laboratory Medicine a montré qu’il restait stable sept jours à température ambiante, alors que le VGM augmentait dès le deuxième jour. La position du corps et un garrot trop long, en revanche, concentrent le sang et augmentent le compte.
Un piège technique existe. Des anticorps appelés agglutinines froides collent les globules rouges entre eux à basse température : l’automate compte alors un amas comme une seule cellule et sous-estime leur nombre. Le laboratoire le repère en général par une CCMH anormalement haute.
Comment lire le résultat
Dans les données du Centre de médecine préventive de Vandœuvre-lès-Nancy, reprises par l’ANAES (devenue la HAS), les limites de référence allaient de 4,5 à 5,7 T/L chez l’homme de 25 à 45 ans et de 4,1 à 5,2 T/L chez la femme du même âge. Ces bornes correspondent aux 2,5e et 97,5e percentiles, mesurés sur un automate Coulter. Votre laboratoire imprime les siennes, adaptées à sa méthode.
La lecture utile est croisée. Une hémoglobine basse avec peu de globules rouges oriente vers une anémie classique. Des globules rouges nombreux mais petits, avec une hémoglobine normale ou un peu basse, orientent plutôt vers un trait thalassémique, une particularité héréditaire le plus souvent sans symptôme.
À l’inverse, la carence en fer réduit à la fois le nombre et la taille des globules rouges.
Ce qui compte vraiment : le nombre de globules rouges n’entre pas dans la définition de l’anémie. L’enseignement universitaire d’hématologie le rappelle, seule l’hémoglobine sert à la définir. Ce compte se lit donc toujours à côté d’elle.
Ce que dit la science
Le compte des globules rouges est un paramètre validé de l’hémogramme, que l’ANAES inclut dans le contenu minimal du compte rendu. Son intérêt propre tient surtout aux indices qu’il permet de calculer.
Le plus connu est l’indice de Mentzer, le rapport entre le VGM et le nombre de globules rouges, proposé dans The Lancet pour distinguer une carence en fer d’un trait thalassémique. Une étude parue dans Anemia, menée chez 290 enfants, l’a jugé le plus fiable de douze indices, avec une sensibilité de 98,7 % et une spécificité de 82,3 %. Il oriente, il ne tranche pas : seule une étude de l’hémoglobine en laboratoire, l’électrophorèse, confirme un trait thalassémique.
Chez le sportif, une revue de Frontiers in Physiology rappelle que l’entraînement accroît la masse totale de globules rouges tout en diluant leur concentration. Une étude du Journal of Applied Physiology a montré que l’hémolyse, la destruction de globules rouges, était quatre fois plus marquée après une heure de course qu’après une heure de vélo à intensité égale. L’impact du pied au sol en était la cause principale.
L’alcool pèse aussi sur ce paramètre. Une étude anglaise analysée par l’ANAES a trouvé une baisse du nombre de globules rouges proportionnelle à la consommation, même occasionnelle, avec une hausse parallèle du VGM.
Les analyses à associer
- Hémoglobine et hématocrite, indispensables pour interpréter le compte ;
- VGM, TCMH et CCMH, pour décrire la taille et le contenu en hémoglobine des globules rouges ;
- Ferritine, examen de première intention de la HAS en cas de suspicion de carence en fer ;
- Électrophorèse de l’hémoglobine si un trait thalassémique est évoqué, sur avis médical.
À retenir
- Le nombre de globules rouges ne définit pas à lui seul une anémie ;
- Des globules rouges nombreux mais petits orientent vers un trait thalassémique plutôt qu’une carence en fer ;
- L’entraînement d’endurance augmente la masse de globules rouges mais dilue leur concentration ;
- La course à pied détruit plus de globules rouges que le vélo, par l’impact du pied au sol.