Ce que mesure l’analyse
La procalcitonine (PCT) est une protéine précurseur de la calcitonine, une hormone de la thyroïde. Chez une personne en bonne santé, elle est presque indétectable dans le sang. Lors d’une infection bactérienne généralisée, de nombreux tissus se mettent à la produire, sous l’effet des toxines bactériennes et des cytokines de l’inflammation. Son taux peut alors être multiplié de façon spectaculaire.
Lors d’une infection virale, la hausse est en général bien plus faible. C’est ce qui fait l’intérêt de la PCT : elle aide à distinguer une infection bactérienne d’une infection virale ou d’une inflammation sans infection.
Sa cinétique est rapide. Selon le Précis de biopathologie d’Eurofins Biomnis, elle devient détectable environ 3 à 4 heures après le début de l’infection, atteint son pic entre 6 et 12 heures, et sa demi-vie est de 25 à 30 heures chez le sujet sain.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sur sérum ou plasma, sans préparation particulière. Le dosage est automatisé et rapide : Biomnis cite plusieurs automates du marché, la technique de référence étant celle de la société BRAHMS.
Le moment compte. Un prélèvement fait très tôt, dans les toutes premières heures d’une infection, peut encore être bas. Signalez aussi une intervention chirurgicale, un traumatisme, une brûlure, un traitement immunosuppresseur ou une insuffisance rénale sévère.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en nanogrammes par millilitre (ng/mL), ce qui équivaut au µg/L. Biomnis propose ces repères chez l’adulte :
- moins de 0,5 ng/mL : sepsis improbable, mais une infection bactérienne localisée reste possible ;
- de 0,5 à 2 ng/mL : infection bactérienne possible, avec un contrôle conseillé dans les 24 heures ;
- de 2 à 10 ng/mL : infection bactérienne systémique probable ;
- plus de 10 ng/mL : sepsis bactérien sévère ou choc septique.
Pour l’usage des antibiotiques, d’autres seuils existent. Dans l’algorithme de l’essai PRORATA, repris par Biomnis, une PCT inférieure à 0,25 ng/mL fait fortement déconseiller un antibiotique. Ces décisions restent médicales.
Plusieurs situations font monter la PCT sans infection : chirurgie, brûlures, polytraumatisme, défaillance de plusieurs organes, coup de chaleur, arrêt cardiaque, atteinte aiguë du foie et certains cancers. Chez le nouveau-né, un pic physiologique jusqu’à environ 20 ng/mL survient dans les 48 premières heures. Enfin, une infection localisée, comme un abcès, peut s’accompagner d’une PCT basse.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est bon pour son usage hospitalier. L’essai français PRORATA (Bouadma et al., The Lancet, 2010) a inclus 621 patients de réanimation. Un algorithme fondé sur la PCT a permis de réduire l’exposition aux antibiotiques, sans augmenter la mortalité.
La méta-analyse Cochrane de Schuetz et ses collègues (2017) a réuni les données individuelles de 6 708 participants de 26 essais sur les infections respiratoires aiguës. Guider les antibiotiques par la PCT était associé à une mortalité plus basse (8,6 % contre 10,0 %), à 2,4 jours d’antibiotiques en moins et à moins d’effets indésirables liés aux antibiotiques.
Les limites sont réelles. La PCT n’est ni parfaitement sensible ni parfaitement spécifique. Elle ne remplace jamais l’examen clinique, ni les prélèvements qui identifient le microbe. Les données chez les personnes immunodéprimées et dans les infections non respiratoires restent à confirmer, selon les auteurs de la méta-analyse.
Les analyses à associer
- Protéine C réactive : marqueur plus général de l’inflammation.
- Globules blancs et polynucléaires neutrophiles : pour compléter l’orientation vers une infection bactérienne.
- Lactate sanguin : pour évaluer la gravité d’un sepsis.
À retenir
- La PCT monte nettement lors des infections bactériennes, beaucoup moins lors des infections virales.
- Selon Biomnis, sous 0,5 ng/mL un sepsis est improbable, sans exclure une infection localisée.
- Elle devient détectable en quelques heures et atteint son pic entre 6 et 12 heures.
- Chirurgie, brûlures, traumatismes, coup de chaleur et nouveau-né la font monter sans infection.
- Elle aide le médecin à guider les antibiotiques, sans remplacer l’examen clinique.