Ce que mesure l’analyse
Pour fabriquer l’hémoglobine, les cellules qui deviennent des globules rouges, les érythroblastes, doivent capter du fer. Elles le font grâce à des récepteurs de la transferrine placés à leur surface. Une partie de ces récepteurs se détache et circule dans le sang sous forme soluble : c’est le récepteur soluble de la transferrine (RsTf).
Sa quantité dépend de deux choses. D’abord, du nombre de cellules qui fabriquent des globules rouges : plus la moelle travaille, plus le RsTf monte. Ensuite, des besoins en fer de chaque cellule : quand le fer manque, chaque cellule multiplie ses récepteurs. Le RsTf monte donc en cas de carence en fer, mais aussi quand la production de globules rouges s’emballe, par exemple après une hémolyse.
Son atout principal : il est peu modifié par l’inflammation. Dans l’anémie liée à une maladie inflammatoire, il reste normal ; en cas de carence en fer, même associée à une inflammation, il augmente (Biomnis).
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang veineuse. Les conditions précises (tube, jeûne, conservation) dépendent du laboratoire spécialisé qui réalise le dosage : suivez sa consigne.
Signalez une grossesse, un séjour en altitude, une transfusion ou un traitement par le fer ou par EPO, ainsi qu’une maladie connue des globules rouges. Notez aussi votre origine géographique et celle de vos parents si une hémoglobinopathie est possible (Biomnis).
Comment lire le résultat
L’unité est le mg/L. Les valeurs dépendent fortement de la technique. Exemple de référentiel (Biomnis) :
- par turbidimétrie ou néphélométrie : 2,2 à 5,0 mg/L chez l’homme et 1,9 à 4,4 mg/L chez la femme ;
- par ELISA, technique plus rare : 0,74 à 2,39 mg/L dans les deux sexes.
Chez l’adulte en bonne santé, la valeur dépend peu de l’âge et du sexe. Elle augmente d’environ 10 % en altitude et nettement pendant la grossesse (Biomnis).
L’index RsTf/log ferritine combine les deux examens. Dans l’étude fondatrice de Punnonen et al., chez des patients anémiques ayant eu un examen de la moelle, cet index distinguait parfaitement ceux dont les réserves de fer étaient épuisées (Punnonen et al., 1997). Ses seuils dépendent de la technique du laboratoire.
Ce qui compte vraiment : un RsTf élevé avec une ferritine normale ou haute et une CRP élevée évoque une carence en fer masquée par l’inflammation ; un RsTf normal dans ce contexte oriente plutôt vers une anémie inflammatoire pure.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est courant (b), avec un consensus partiel. La HAS ne lui reconnaît pas de place en dehors de situations rares d’hématologie spécialisée, en raison de preuves jugées faibles et de performances variables selon les études (HAS, 2011). Le référentiel de Biomnis rapporte, en présence d’inflammation, une sensibilité de 51 à 100 % et une spécificité de 60 à 100 % selon les études.
Ce qui est démontré : le RsTf reflète l’activité de la moelle et les besoins en fer, et l’index RsTf/log ferritine améliore le diagnostic de carence chez des patients anémiques (Punnonen et al., 1997). Ce qui ne l’est pas : un seuil universel, valable quelle que soit la technique.
En médecine du sport, une revue propose un seuil indicatif de 2,5 mg/L pour repérer une anémie par carence en fer (Sim et al., 2019). Comparé aux bornes de Biomnis en turbidimétrie, ce chiffre montre à quel point les valeurs dépendent de la technique : il ne doit jamais être appliqué tel quel à votre compte rendu.
Les analyses à associer
- Ferritine : indispensable pour calculer l’index RsTf/log ferritine.
- Protéine C réactive : confirme le contexte inflammatoire.
- Contenu en hémoglobine des réticulocytes : autre reflet du fer disponible pour la moelle.
- Hémoglobine : dit s’il existe une anémie à expliquer.
À retenir
- Le RsTf reflète les besoins en fer des cellules qui fabriquent les globules rouges.
- Il est peu modifié par l’inflammation, ce qui fait son intérêt.
- Ses valeurs dépendent fortement de la technique : comparez dans le même laboratoire.
- La HAS le réserve à des situations rares d’hématologie spécialisée.