Ce qui se passe dans le corps
La gueule de bois désigne l’ensemble des symptômes physiques et mentaux qui suivent un épisode de consommation d’alcool. Elle commence quand l’alcoolémie, c’est-à-dire le taux d’alcool dans le sang, redescend vers zéro. C’est la définition actualisée par un groupe de chercheurs spécialisés, publiée dans le Journal of Clinical Medicine.
Mal de tête, fatigue, nausées, soif, concentration en berne : ces signes n’ont pas une seule cause. Une revue consacrée aux mécanismes de la gueule de bois décrit surtout une inflammation (une réaction de défense de l’organisme), un stress oxydatif (un excès de molécules agressives pour les cellules) et un intestin rendu plus perméable, qui laisse passer des fragments de bactéries dans le sang. Une autre revue, parue dans Current Drug Abuse Reviews, note que les marqueurs de déshydratation ne sont pas liés à l’intensité des symptômes, alors que les marqueurs du système immunitaire le sont davantage.
Le moral est touché lui aussi. Une revue systématique publiée dans Drug and Alcohol Review, qui réunit 22 études, associe la gueule de bois à plus d’anxiété, de stress et d’humeur dépressive.
Les causes les plus fréquentes
La première cause est la quantité d’alcool bue. Dans un essai publié dans l’American Journal of Clinical Nutrition, le sentiment d’ivresse et les vomissements prédisaient le mieux la sévérité du lendemain. D’autres facteurs aggravent les symptômes sans les provoquer :
- Un sommeil trop court : dans une enquête auprès de 578 étudiants, publiée dans Nature and Science of Sleep, ceux qui avaient dormi moins de 7 heures décrivaient des gueules de bois plus sévères ;
- Les congénères, ces substances autres que l’éthanol qui se forment pendant la fermentation et la distillation : le bourbon en contient beaucoup, la vodka presque pas ;
- Le tabac, l’état de santé, la génétique et les différences entre individus, cités par la revue de Current Drug Abuse Reviews.
L’alcool abîme aussi la nuit. Dans l’essai bourbon contre vodka publié dans Alcoholism: Clinical and Experimental Research, il réduisait la qualité du sommeil et le sommeil paradoxal (la phase des rêves), multipliait les réveils et augmentait la somnolence du lendemain.
Ce qui aide, selon les études
Boire moins, et plus lentement
Une revue systématique publiée dans le BMJ conclut que le moyen le plus efficace d’éviter la gueule de bois reste l’abstinence ou la modération. Santé publique France et l’Institut national du cancer fixent des repères : pas plus de 10 verres standard par semaine, pas plus de 2 par jour, et des jours sans alcool. Santé publique France conseille aussi de boire lentement, en mangeant et en alternant avec de l’eau.
L’eau : un effet modeste
L’idée que la gueule de bois se résume à une déshydratation ne tient pas. Une revue publiée dans la revue Alcohol montre que l’eau bue pendant ou juste après la soirée n’a qu’un effet modeste sur le lendemain, et que l’eau bue pendant la gueule de bois ne change ni l’intensité des symptômes ni la soif. Le service de santé irlandais (HSE) conseille malgré tout de boire de l’eau avant de dormir et le lendemain.
Les antidouleurs, avec prudence
Selon le HSE, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, comme l’ibuprofène ou l’aspirine, peuvent soulager la douleur, mais ils irritent l’estomac, surtout s’il est déjà dérangé. Le HSE conseille d’éviter le paracétamol pendant ou après l’alcool, à cause du risque pour le foie. En France, l’ANSM rappelle que le paracétamol peut provoquer des lésions graves du foie en cas de surdosage, et demande une vigilance particulière en cas d’alcoolisme chronique. Demandez conseil à votre pharmacien ou à votre médecin, surtout si vous prenez d’autres médicaments.
Les remèdes miracles
Une revue systématique publiée dans Addiction a réuni 21 essais contre placebo, soit 386 participants. Chaque produit n’avait été testé qu’une fois, et toutes les preuves d’efficacité ont été jugées de très faible qualité. Le HSE le résume ainsi : il n’existe pas de remède prouvé, en dehors du temps. Reprendre un verre le matin n’aide pas non plus.
Bière, vin, alcools forts
Le dicton « bière avant vin » ne tient pas : dans l’essai de l’American Journal of Clinical Nutrition, ni l’ordre ni le type de boisson n’ont changé l’intensité du lendemain chez 90 adultes. Pour les congénères, l’essai bourbon contre vodka a trouvé une gueule de bois un peu plus forte après le bourbon. Une revue souligne toutefois que l’éthanol pèse bien plus que les congénères, et que les études restent rares. Autre point important : le lendemain, l’attention et la rapidité de réaction étaient diminuées quelle que soit la boisson, ce qui compte au volant.
Ce que propose la médecine chinoise
La médecine chinoise est présentée ici comme une tradition, pas comme un traitement validé. Elle décrit l’excès d’alcool comme une atteinte de la Rate et de l’Estomac, avec accumulation de chaleur-humidité : tête lourde, nausées, bouche pâteuse, perte d’appétit. La fleur de kudzu (ge hua), décrite comme douce et fraîche, est au centre d’une formule classique attribuée à Li Dongyuan. La poire (li), douce, légèrement acide et fraîche, figure aussi dans la diététique chinoise. Côté science, la fleur de kudzu a surtout été étudiée en laboratoire, et un seul petit essai a testé un jus de poire coréen, avec des preuves jugées de très faible qualité.
Quand consulter
Une gueule de bois ordinaire peut durer jusqu’à 24 heures, selon Alcool Info Service, et ne demande pas d’avis médical. L’intoxication alcoolique aiguë, ou coma éthylique, est en revanche une urgence : personne impossible à réveiller, confusion, vomissements répétés, respiration lente ou irrégulière, convulsions, peau pâle, bleutée ou froide. Appelez le 15, mettez la personne en position latérale de sécurité et restez près d’elle. Le NHS déconseille de lui donner du café, de la mettre sous une douche froide ou de la faire vomir. Consultez aussi en urgence en cas de vomissements de sang, de douleur intense du ventre, ou si l’alcool a été pris avec des médicaments ou des drogues.
Si vos lendemains difficiles sont fréquents, ou si des vomissements persistent, parlez-en à votre médecin, comme le conseille le HSE. La HAS lui recommande de faire le point sur la consommation à l’aide d’un court questionnaire. Il peut aussi prescrire une prise de sang : une revue publiée dans Minerva Gastroenterology rappelle que la Gamma-GT, les transaminases et le volume globulaire moyen s’élèvent avec une consommation excessive, mais qu’aucun marqueur n’est fiable à lui seul.
À retenir
- La quantité bue compte bien plus que l’ordre des verres ou le type d’alcool ;
- Aucun complément ni remède n’a fait ses preuves, le temps reste le seul allié ;
- L’eau ne fait pas disparaître la gueule de bois, et le paracétamol est à éviter autour de l’alcool ;
- Une personne impossible à réveiller ou qui respire mal : appelez le 15.