Ce qui se passe dans le corps
Les gaz intestinaux ont deux origines. Une petite part vient de l’air avalé en mangeant, en buvant ou en parlant. L’essentiel naît dans le côlon : les bactéries y fermentent les glucides que l’intestin grêle n’a pas absorbés (fibres, certains sucres) et produisent de l’hydrogène, du gaz carbonique et, chez certaines personnes, du méthane.
Ce phénomène est normal. Dans une étude publiée dans Gut, des volontaires en bonne santé émettaient entre un demi-litre et un litre et demi de gaz par jour, davantage après les repas. Un régime sans fibres faisait presque disparaître l’hydrogène. L’odeur vient surtout de gaz soufrés présents en traces, au premier rang desquels l’hydrogène sulfuré.
Le ballonnement est une autre affaire. Il ne traduit pas toujours un excès de gaz : chez les personnes qui s’en plaignent, l’intestin tolère et évacue moins bien une quantité ordinaire de gaz, et le ventre est souvent plus sensible.
Les causes les plus fréquentes
- Des aliments riches en glucides fermentescibles : légumineuses, choux, oignons, certains fruits ;
- De l’air avalé : repas pris trop vite, chewing-gums, boissons gazeuses ;
- Une intolérance au lactose, quand le sucre du lait arrive non digéré dans le côlon ;
- Le syndrome de l’intestin irritable, la constipation ou, plus rarement, une maladie cœliaque (réaction immunitaire au gluten).
Une hausse brutale des fibres joue aussi. Dans trois essais publiés dans le Nutrition Journal, moins de la moitié des participants qui ajoutaient chaque jour une portion de haricots notaient plus de gaz la première semaine. Chez la plupart, la gêne s’estompait en deux ou trois semaines.
Ce qui aide, selon les études
Adapter l’alimentation
Dans l’intestin irritable, le NICE propose d’abord des mesures simples : manger à heures régulières, limiter le son de blé, essayer l’avoine ou les graines de lin en cas de gaz. Si cela ne suffit pas, vient le régime pauvre en FODMAP, sigle anglais qui désigne des sucres courts et fermentescibles (oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides et polyols). Une méta-analyse en réseau publiée dans The Lancet Gastroenterology & Hepatology, qui regroupe 28 essais, en fait le seul régime supérieur à l’alimentation habituelle contre le ballonnement, avec un niveau de confiance modéré. Une analyse antérieure publiée dans Gut le plaçait déjà devant les conseils diététiques classiques sur ce symptôme. Ce régime reste restrictif : l’ACG en recommande un essai limité dans le temps, et l’AGA conseille qu’un diététicien spécialisé l’encadre.
La menthe poivrée
L’huile essentielle de menthe poivrée est l’une des rares plantes évaluées par plusieurs essais dans l’intestin irritable. La société américaine de gastroentérologie la suggère pour soulager l’ensemble des symptômes, en précisant que les preuves restent de faible qualité.
Lactose et légumineuses
En cas d’intolérance au lactose, il est rarement utile de supprimer tous les produits laitiers. Selon l’EFSA, la plupart des personnes concernées tolèrent une quantité modérée en une prise, surtout si les apports sont répartis. Une revue systématique publiée dans les Annals of Internal Medicine situe ce seuil autour d’un verre de lait. Pour les légumineuses, de petits essais suggèrent qu’une enzyme, l’alpha-galactosidase, prise pendant le repas, réduit la production de gaz. Les données restent limitées.
Bouger
Chez des patients ballonnés, un exercice léger a amélioré l’évacuation des gaz et les symptômes, dans un très petit essai mené en laboratoire. L’idée est cohérente, mais elle reste à confirmer.
Ce qui n’a pas fait ses preuves
Le charbon actif avalé n’a réduit ni le volume ni les composés odorants des gaz dans les essais disponibles. Contre l’odeur, des sous-vêtements en fibre de carbone activé retiennent presque tous les gaz soufrés, alors que la plupart des coussins au charbon en retiennent peu. Pour la siméticone, une revue d’experts juge les données insuffisantes. Quant aux probiotiques, l’AGA les réserve aux essais cliniques dans l’intestin irritable et déconseille de les utiliser pour traiter le ballonnement.
Ce que propose la médecine chinoise
La médecine chinoise est une tradition, pas une preuve. Elle relie souvent les gaz à une circulation entravée du qi (le souffle ou l’énergie), en particulier quand le Foie, sous l’effet du stress, perturbe la Rate, l’organe qui gouverne la digestion dans ce système. Ses ouvrages de référence citent des plantes réputées faire circuler le qi, comme l’écorce de mandarine séchée (chen pi), la graine de radis (lai fu zi) ou le fruit du fenouil (xiao hui xiang). Elles sont très peu étudiées chez l’humain pour ces troubles.
Quand consulter
Des gaz isolés, chez une personne qui va bien, relèvent le plus souvent d’un trouble bénin. Certains signes imposent pourtant un avis rapide : perte de poids inexpliquée, sang dans les selles ou selles noires, anémie, douleur intense ou fièvre, changement durable du transit après 50 ans. Chez une femme, surtout après 50 ans, un ballonnement persistant ou fréquent, en particulier plus de 12 fois par mois, justifie un bilan selon le NICE, car il peut révéler un cancer de l’ovaire. Un ventre gonflé et dur, avec arrêt des gaz et des selles et vomissements, évoque une occlusion intestinale : appelez le 15. Faites de même en cas de douleur ou d’oppression dans la poitrine, qui peut venir du cœur.
Votre médecin peut demander une prise de sang (hémogramme, protéine C réactive, recherche d’anticorps de la maladie cœliaque) et, en cas de diarrhée, un dosage de calprotectine dans les selles, un marqueur d’inflammation de l’intestin.
À retenir
- Émettre des gaz chaque jour est normal, surtout après les repas ;
- Le régime pauvre en FODMAP est l’approche la mieux étayée contre le ballonnement de l’intestin irritable, sur une durée limitée et encadré ;
- Mieux vaut augmenter fibres et légumineuses progressivement que les supprimer ;
- Charbon actif, siméticone et probiotiques n’ont pas fait leurs preuves ;
- Perte de poids, sang dans les selles ou ballonnement persistant après 50 ans imposent un avis médical.
