Ce que mesure l’analyse
Le potassium est le principal minéral de l’intérieur des cellules. Le sang n’en contient qu’une petite partie, mais cette petite partie compte beaucoup : l’écart de potassium entre l’intérieur et l’extérieur des cellules règle l’excitabilité des nerfs, des muscles et du cœur.
Les reins ajustent en permanence son élimination, sous le contrôle d’une hormone, l’aldostérone. L’insuline et l’adrénaline, elles, le font entrer dans les cellules. Une kaliémie trop basse ou trop haute peut perturber le rythme cardiaque. La HAS rappelle d’ailleurs une relation en U entre la kaliémie et la mortalité (HAS, 2025).
Comment se passe le prélèvement
C’est sans doute l’analyse la plus sensible aux conditions de prélèvement. Comme les cellules regorgent de potassium, la moindre fuite vers le liquide du tube fait monter le chiffre (Asirvatham et al., 2013).
Ne serrez pas et ne pompez pas le poing. Ce geste fait travailler les muscles de l’avant-bras, qui libèrent du potassium ; une étude citée par Asirvatham et ses collègues mesurait une hausse d’environ 1 mmol/L. Le phénomène a été décrit dès 1990 dans le New England Journal of Medicine (Don et al., 1990). Un garrot laissé plus d’une minute, une hémolyse ou un ordre des tubes non respecté, qui contamine l’échantillon par un anticoagulant contenant du potassium, ont le même effet.
La conservation compte aussi. Au froid, le potassium sort des globules rouges : le laboratoire de Birmingham signale des valeurs faussement hautes à basse température, ou après plus de 8 heures de délai (UHB). Mayo Clinic Laboratories demande de centrifuger le tube dans les deux heures (Mayo).
Enfin, le sérum contient un peu plus de potassium que le plasma, de 0,36 mmol/L en moyenne, à cause des plaquettes qui en libèrent pendant la coagulation. Des plaquettes ou des globules blancs très nombreux accentuent cet écart (Asirvatham et al., 2013).
Comment lire le résultat
La kaliémie s’exprime en millimoles par litre (mmol/L). Le laboratoire d’Oxford retient 3,5 à 5,3 mmol/L sur sérum, selon le référentiel britannique commun Pathology Harmony (Oxford University Hospitals). Mayo Clinic Laboratories retient 3,6 à 5,2 mmol/L. Le référentiel français d’enseignement de l’internat en pharmacie donne un intervalle plus étroit, 3,5 à 4,5 mmol/L sur plasma (CSCIP, 2009).
Pour l’hyperkaliémie, la UK Kidney Association distingue trois degrés : légère de 5,5 à 5,9 mmol/L, modérée de 6,0 à 6,4, sévère à partir de 6,5 (UKKA). La HAS rapporte aussi une autre gradation, européenne, qui parle d’hyperkaliémie sévère au-delà de 6,0 mmol/L. Pour l’hypokaliémie, la limite basse habituelle est 3,5 mmol/L, et une valeur sous 2,5 mmol/L est jugée sévère (Kardalas et al., 2018 ; StatPearls).
Ce qui compte vraiment
Devant un potassium élevé et inattendu, chez une personne sans maladie rénale ni traitement en cause, la première question est celle du prélèvement. La recommandation britannique signale d’ailleurs des fausses hyperkaliémies en ville après un long transport des tubes. Un contrôle dans de bonnes conditions s’impose avant toute conclusion. Le contexte guide ensuite : fonction rénale, diabète, médicaments.
Ce que dit la science
Le dosage est validé et fait partie des examens de base. Niveau de preuve : validé.
Les médicaments sont une cause majeure de déséquilibre. Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion, les sartans, les antagonistes des minéralocorticoïdes, les AINS, le triméthoprime ou les suppléments de potassium peuvent l’élever, selon la UKKA et la HAS. À l’inverse, les diurétiques, la réglisse, l’insuline ou certains bronchodilatateurs peuvent l’abaisser (Kardalas et al., 2018). Une conférence internationale KDIGO a fait le point sur la prise en charge du potassium dans les maladies rénales (Clase et al., 2020).
Chez le sportif
À chaque contraction, les muscles laissent sortir du potassium. Après une minute de course épuisante, il atteignait 8,3 mmol/L dans le sang veineux de la cuisse, puis passait, trois minutes après l’arrêt, 0,5 mmol/L sous sa valeur de départ (Medbø et Sejersted, 1990). Ces mesures étaient faites par cathéter près du muscle. Au bras, après un sprint sur vélo, la hausse était de 61 % chez des sportifs entraînés et de 38 % chez des sédentaires, avant une baisse sous la valeur de repos (Marcos et Ribas, 1995).
Après un effort intense, la kaliémie descend souvent à 3 mmol/L ou moins pendant la récupération. L’ampleur de ces variations dépend de l’intensité, de l’entraînement, des bêtabloquants et de la caféine (Lindinger, 1995). La caféine atténue la hausse du potassium à l’effort (Graham et al., 2000).
Les analyses à associer
- Créatinine : une baisse de la fonction rénale est une cause majeure de potassium élevé ;
- Magnésium sérique : un magnésium bas accompagne souvent un potassium bas ;
- Bicarbonates : les troubles acide-base déplacent le potassium entre cellules et sang ;
- Plaquettes : très nombreuses, elles peuvent donner un potassium faussement élevé.
À retenir
- Le potassium du sang règle l’excitabilité des muscles et du cœur ;
- Les valeurs de référence se situent autour de 3,5 à 5,3 mmol/L sur sérum ;
- Poing serré, garrot prolongé, hémolyse et froid peuvent le faire monter artificiellement ;
- Un potassium élevé et inattendu doit d’abord être contrôlé ;
- Un effort intense le fait monter puis baisser en quelques minutes.