Ce que mesure l’analyse
L’organisme produit des acides en permanence, par le métabolisme des aliments et l’activité des muscles. Pour garder un pH sanguin stable, le sang dispose de tampons, des molécules qui neutralisent ces acides. Le principal est le bicarbonate.
Le système fonctionne en couple avec le dioxyde de carbone (CO2). Les poumons règlent le CO2 en accélérant ou en ralentissant la respiration ; les reins règlent les bicarbonates en les réabsorbant ou en les éliminant. Une baisse des bicarbonates traduit en général un excès d’acides d’origine métabolique, ou la compensation d’une respiration trop rapide.
Sur une prise de sang veineuse, on mesure en réalité le CO2 total, constitué presque entièrement de bicarbonates, d’où les deux noms. L’expression réserve alcaline est plus ancienne. Mayo Clinic Laboratories utilise une méthode enzymatique (Mayo) ; les appareils de gaz du sang, eux, calculent les bicarbonates à partir du pH et du CO2.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang veineuse, sans préparation particulière. Le principal piège est l’air. Les bicarbonates s’échappent sous forme de CO2 si le tube est mal rempli ou reste ouvert. Dans une étude, les bicarbonates moyens passaient de 21,7 mmol/L dans un tube rempli de 10 mL à 16,3 mmol/L avec seulement 1 mL de sang ; ouvrir le tube ne corrigeait pas l’erreur (Herr et Swanson, 1992). Le laboratoire de Birmingham signale aussi une baisse artificielle si le transport s’allonge ou si le tube reste débouché (UHB).
Un garrot prolongé n’a en revanche qu’un effet minime, sans portée clinique (Berns et Matchett, 1998). Signalez enfin la prise de bicarbonate de sodium et évitez un effort intense dans les heures qui précèdent.
Comment lire le résultat
Les bicarbonates s’expriment en millimoles par litre (mmol/L). Le laboratoire d’Oxford, comme celui de Birmingham et Mayo Clinic Laboratories, retient 22 à 29 mmol/L chez l’adulte (Oxford University Hospitals). Le référentiel français d’enseignement de l’internat en pharmacie indique 23 à 27 mmol/L (CSCIP, 2009).
Ce qui compte vraiment
Un chiffre de bicarbonates ne dit pas à lui seul d’où vient le trouble. Des bicarbonates bas peuvent signaler une acidose métabolique, ou compenser une alcalose respiratoire, quand une respiration trop rapide abaisse le CO2. Des bicarbonates élevés peuvent signaler une alcalose métabolique, ou compenser une acidose respiratoire chronique (Fairbanks, catalogue Mayo). Seuls les gaz du sang, qui donnent le pH et le CO2, permettent de trancher.
Les vomissements répétés, les diurétiques de l’anse, la réglisse naturelle ou un apport excessif de bicarbonate font partie des causes d’alcalose métabolique (StatPearls).
Ce que dit la science
Le dosage est validé, et les recommandations internationales sur les reins s’en servent. Niveau de preuve : validé.
La maladie rénale chronique tend à acidifier le sang. Les recommandations KDIGO de 2012 suggèrent de traiter, chez ces patients, des bicarbonates inférieurs à 22 mmol/L, pour les maintenir dans les valeurs normales (KDIGO, 2012). Dans une grande cohorte américaine de patients atteints de maladie rénale chronique, chaque mmol/L de bicarbonates en plus était associé à un risque d’aggravation rénale 3 % plus faible. Les bicarbonates n’étaient en revanche pas liés de façon indépendante à la mortalité (Dobre et al., 2013).
Chez le sportif
Un effort très intense produit beaucoup d’acide lactique, que les bicarbonates neutralisent. Chez des cyclistes d’élite, après un sprint prolongé, le pH du plasma passait de 7,35 à 7,13 et le lactate de 1,2 à 19,6 mmol/L (Mildenhall et al., 2023). Un bilan fait juste après un tel effort peut donc montrer des bicarbonates bas.
Le bicarbonate de sodium est aussi un complément utilisé pour retarder la fatigue lors des efforts très intenses. Selon la prise de position de la Société internationale de nutrition du sport, il augmente les bicarbonates du sang d’environ 5 mmol/L, avec un pic en général 60 à 70 minutes après la prise, très variable d’une personne à l’autre. Ballonnements, nausées, vomissements et douleurs abdominales sont les effets indésirables les plus cités (Grgic et al., 2021). Dans une autre étude, les bicarbonates atteignaient 28,8 mmol/L avant l’effort, contre 23,2 mmol/L avec un placebo (Siegler et al., 2010).
Le régime cétogène est souvent soupçonné d’acidifier le sang. Chez des marcheurs d’élite, trois semaines d’un régime cétogène riche en graisses n’ont pourtant pas modifié le pH ni les bicarbonates (Carr et al., 2018).
Les analyses à associer
- Gaz du sang : donnent le pH et le CO2, pour situer l’origine du trouble ;
- Trou anionique : oriente vers la cause d’une acidose ;
- Chlore : varie souvent en sens inverse des bicarbonates ;
- Créatinine : une maladie rénale chronique fait baisser les bicarbonates.
À retenir
- Les bicarbonates sont le principal tampon du sang contre les acides ;
- Les valeurs de référence se situent autour de 22 à 29 mmol/L ;
- Un tube mal rempli ou resté ouvert les fait baisser artificiellement ;
- Un effort très intense les fait chuter, le bicarbonate de sodium les fait monter ;
- Seuls les gaz du sang disent si un trouble vient des poumons ou du métabolisme.