Ce que mesure l’analyse
Le sodium est le principal ion positif des liquides qui baignent les cellules, le milieu extracellulaire. Il retient l’eau autour de lui. Sa concentration dans le sang, la natrémie, dépend donc moins de la quantité de sel avalée que de la quantité d’eau présente dans l’organisme.
Une natrémie basse, ou hyponatrémie, traduit le plus souvent un excès d’eau par rapport au sodium. Une natrémie haute, ou hypernatrémie, un manque d’eau. La soif et une hormone fabriquée par le cerveau, l’hormone antidiurétique, qui commande aux reins de retenir l’eau, maintiennent cet équilibre.
L’hyponatrémie est le trouble des liquides et des électrolytes le plus fréquent en pratique médicale. Elle touche jusqu’à 30 % des patients hospitalisés, selon la recommandation européenne commune à trois sociétés savantes (Spasovski et al., 2014).
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang, en général dans le cadre d’un ionogramme. Une hémolyse franche fait refuser l’échantillon chez Mayo Clinic Laboratories. Signalez vos médicaments et, après une compétition, la quantité bue pendant l’effort.
La méthode compte. La plupart des automates mesurent le sodium avec une électrode dite indirecte, après dilution de l’échantillon. Si le sang contient beaucoup de lipides ou de protéines, la natrémie paraît faussement basse : c’est la pseudo-hyponatrémie. Une électrode directe, comme celle d’un appareil de gaz du sang, n’est pas touchée (Spasovski et al., 2014 ; Aziz et al., 2023). Dans une étude, l’écart atteignait 4 mmol/L ou plus pour des sérums très lipémiques (Koch et al., 2021).
Une glycémie très élevée fait aussi baisser la natrémie, mais cette fois réellement : le glucose attire l’eau des cellules vers le sang. La recommandation européenne propose d’ajouter 2,4 mmol/L à la natrémie pour chaque hausse de 5,5 mmol/L de la glycémie, d’après une étude chez six volontaires (Hillier et al., 1999).
Comment lire le résultat
La natrémie s’exprime en millimoles par litre (mmol/L). Le référentiel français d’enseignement de l’internat en pharmacie retient 135 à 145 mmol/L (CSCIP, 2009). Les laboratoires sont proches : 135 à 145 mmol/L chez Mayo Clinic Laboratories, 136 à 145 chez Viollier, 133 à 146 à Oxford.
La recommandation européenne classe l’hyponatrémie en légère (130 à 135 mmol/L), modérée (125 à 129) et profonde (sous 125). Elle la dit aiguë si elle s’est installée en moins de 48 heures, chronique au-delà. La vitesse d’installation compte souvent plus que le chiffre : les symptômes dépendent surtout de la rapidité de la baisse, rappelle Mayo.
Au-dessus de 145 mmol/L, on parle d’hypernatrémie. Les personnes âgées y sont exposées : leur soif diminue, leurs reins concentrent moins bien les urines et leur corps contient moins d’eau (Shah et al., 2014).
Ce que dit la science
Le dosage est validé et fait partie des examens de base. Niveau de preuve : validé.
Une hyponatrémie légère et ancienne n’est pas forcément anodine. Chez des patients âgés en moyenne de 72 ans, dont la natrémie moyenne était de 126 mmol/L, 21,3 % étaient admis aux urgences pour une chute, contre 5,3 % des témoins. Leur temps de réaction s’allongeait de 58 millisecondes, un effet comparable à celui de l’alcool (Renneboog et al., 2006). La recommandation européenne signale aussi davantage d’ostéoporose et de fractures.
Les causes sont nombreuses. Les diurétiques, surtout thiazidiques, sont souvent en cause. Plusieurs médicaments favorisent une sécrétion inappropriée d’hormone antidiurétique. L’insuffisance cardiaque, la cirrhose et l’insuffisance surrénale en font partie, tout comme des apports très pauvres en sel associés à beaucoup de boisson (Spasovski et al., 2014).
Chez le sportif
L’hyponatrémie associée à l’effort se définit par une natrémie sous la normale pendant l’effort ou dans les 24 heures qui suivent, soit moins de 135 mmol/L dans la plupart des laboratoires. Sa cause principale est de boire, eau ou boisson de l’effort, au-delà de ses pertes ; la sécrétion d’hormone antidiurétique pendant l’effort y contribue. Une prise de poids pendant l’épreuve signe un excès de boisson. Ces boissons, moins salées que le sang, ne l’empêchent pas chez celui qui boit trop (Hew-Butler et al., 2015).
Au marathon de Boston, 13 % des 488 coureurs prélevés avaient une natrémie de 135 mmol/L ou moins, et 0,6 % de 120 mmol/L ou moins. La prise de poids et un temps de course supérieur à quatre heures étaient les principaux facteurs de risque (Almond et al., 2005). Les pertes de sel par la sueur varient beaucoup d’un sportif à l’autre, de 10 à 70 mmol/L environ (Baker, 2017).
Les analyses à associer
- Osmolalité plasmatique : dit si une natrémie basse correspond à un vrai excès d’eau ;
- Glycémie à jeun : une glycémie très élevée fait baisser la natrémie ;
- Osmolalité urinaire : montre si les reins concentrent ou diluent les urines ;
- Sodium urinaire : aide à trouver la cause d’une natrémie anormale.
À retenir
- La natrémie reflète surtout l’équilibre de l’eau : basse, il y a trop d’eau ; haute, il en manque ;
- Les valeurs usuelles vont de 135 à 145 mmol/L ;
- Une hyponatrémie même légère peut favoriser chutes et troubles de l’attention ;
- À l’effort, trop boire est la première cause d’hyponatrémie ;
- Des lipides ou des protéines très élevés peuvent donner une natrémie faussement basse.