Ce que mesure l’analyse
L’osmolalité mesure le nombre de particules dissoutes dans un kilogramme d’eau du plasma. Ce sont surtout le sodium et les ions qui l’accompagnent, puis le glucose et l’urée. Elle règle les mouvements d’eau entre le sang et les cellules : quand elle monte, l’eau sort des cellules ; quand elle baisse, l’eau y entre.
Le cerveau la surveille en permanence. Une osmolalité qui monte déclenche la soif et la sécrétion d’hormone antidiurétique, qui fait retenir l’eau par les reins. C’est pourquoi l’osmolalité est le reflet le plus direct de l’hydratation.
Le laboratoire la mesure en général par l’abaissement du point de congélation, ou cryoscopie : plus le plasma contient de particules, plus il gèle à basse température (Mayo Clinic Laboratories). On parle parfois d’osmolarité, mais ce terme désigne une concentration par litre, le plus souvent calculée.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang, en général sur sérum. Le tube doit être séparé dans les deux heures (ARUP) ; l’échantillon se conserve ensuite quelques jours au réfrigérateur. Signalez un traitement par perfusion, une consommation d’alcool récente ou un diabète déséquilibré : ils modifient le résultat.
Comment lire le résultat
L’osmolalité s’exprime en milliosmoles par kilogramme d’eau (mOsm/kg). Mayo Clinic Laboratories et le laboratoire d’Oxford retiennent 275 à 295 mOsm/kg (Oxford). D’autres laboratoires donnent des limites un peu plus hautes : 280 à 300 chez Viollier, 280 à 303 chez ARUP. Le référentiel français d’enseignement de l’internat en pharmacie indique 295 à 310 (CSCIP, 2009), nettement au-dessus des autres sources. L’intervalle de votre compte rendu fait foi.
Osmolalité calculée et trou osmolaire
On peut estimer l’osmolalité à partir de trois dosages, tous en mmol/L : deux fois le sodium, plus le glucose, plus l’urée (UH Sussex). Cette formule simple convient aussi bien chez les personnes en bonne santé que chez les patients hospitalisés (Choy et al., 2016).
Si l’osmolalité mesurée dépasse nettement l’osmolalité calculée, de plus de 10 mOsm/kg selon le laboratoire de Sussex, d’autres substances sont présentes : éthanol, méthanol, éthylène glycol ou mannitol. Les intoxications par le méthanol et l’éthylène glycol associent souvent ce trou osmolaire à une acidose ; l’isopropanol élève l’osmolalité seule (Kraut et Kurtz, 2008).
Ce que dit la science
Le dosage est validé et recommandé pour repérer la déshydratation des personnes âgées. Niveau de preuve : validé.
La Société européenne de nutrition clinique (ESPEN) recommande d’utiliser l’osmolalité mesurée pour repérer une déshydratation par manque de boisson chez la personne âgée, avec un seuil d’action au-dessus de 300 mOsm/kg. À défaut, elle propose une formule de dépistage, avec un seuil de 295 mmol/L. Elle déconseille de se fier à la couleur ou à la densité des urines, à la sécheresse de la bouche ou au pli cutané (Volkert et al., 2022). Une revue Cochrane parle de déshydratation débutante entre 295 et 300 mOsm/kg et de déshydratation avérée au-delà de 300 (Hooper et al., 2015).
L’osmolalité aide aussi à interpréter une natrémie basse. Si elle est normale alors que le sodium est bas, il peut s’agir d’une fausse hyponatrémie, liée à un excès de lipides ou de protéines, à vérifier (Fortgens et Pillay, 2011).
Chez le sportif
Chez 18 volontaires suivis dans des conditions très contrôlées, l’osmolalité plasmatique était le seul marqueur utile pour juger d’une déshydratation sur une mesure isolée. Les auteurs ont proposé un seuil de décision de 301 mOsm/kg ; entre deux mesures, une variation de 9 mOsm/kg signale un vrai changement d’hydratation (Cheuvront et al., 2010).
À l’inverse, l’excès de boisson pendant un effort long dilue le sang : c’est le mécanisme de l’hyponatrémie associée à l’effort, due surtout à une consommation de boissons qui dépasse les pertes (Hew-Butler et al., 2015).
Les analyses à associer
- Sodium : principal contributeur de l’osmolalité ;
- Glycémie à jeun : le glucose entre dans le calcul ;
- Urée : entre aussi dans le calcul et monte en cas d’insuffisance rénale ;
- Osmolalité urinaire : montre comment les reins répondent.
À retenir
- L’osmolalité mesure toutes les particules dissoutes dans le plasma, surtout le sodium ;
- Les valeurs de référence se situent autour de 275 à 295 mOsm/kg ;
- Chez la personne âgée, plus de 300 mOsm/kg signale une déshydratation selon l’ESPEN ;
- Un écart entre osmolalité mesurée et calculée peut révéler un alcool toxique ;
- C’est le marqueur biologique le plus fiable de l’hydratation, y compris chez le sportif.