Ce que mesure l’analyse
Le chlore circule dans le sang sous forme d’ion chlorure. C’est le principal ion négatif des liquides qui entourent les cellules (Mayo Clinic Laboratories) et, après le sodium, l’électrolyte le plus abondant du sérum (Berend et al., 2012).
Il remplit trois rôles. Il accompagne le sodium et participe à la répartition de l’eau. Il équilibre les charges électriques du plasma. Il intervient enfin dans l’équilibre entre acides et bases : l’écart entre sodium et chlore est le principal élément de la différence en ions forts, un paramètre qui règle le pH du sang selon l’approche dite de Stewart (Filis et al., 2018).
D’où une règle simple : un chlore anormal, isolé, signale souvent un trouble acide-base sous-jacent, comme une acidose ou une alcalose métabolique (Berend et al., 2012).
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang, le plus souvent dans le cadre d’un ionogramme. Le tube doit être centrifugé dans les deux heures selon Mayo Clinic Laboratories, qui note aussi une légère baisse du chlore après les repas.
Signalez un médicament contenant du bromure, devenu rare, ou une prise massive d’aspirine. D’autres halogènes perturbent l’électrode qui mesure le chlore et donnent une valeur faussement haute. Les salicylés sont devenus la première cause de cette fausse hyperchlorémie, et l’erreur varie selon le fabricant et l’âge de l’électrode (Wiederkehr et al., 2021).
Comment lire le résultat
La chlorémie s’exprime en millimoles par litre (mmol/L). Le référentiel français d’enseignement de l’internat en pharmacie retient 95 à 105 mmol/L (CSCIP, 2009). Mayo Clinic Laboratories retient 98 à 107 mmol/L chez l’adulte et 102 à 112 mmol/L de 1 à 17 ans ; le laboratoire d’Oxford, 95 à 108 mmol/L à tout âge (Oxford).
Ce qui compte vraiment
Le chlore se lit avec le sodium et les bicarbonates. Quand sodium et chlore varient ensemble, il s’agit surtout d’un trouble de l’eau. Quand le chlore monte alors que les bicarbonates baissent, on évoque une acidose dite à trou anionique normal, par exemple après une diarrhée prolongée ou dans une acidose tubulaire rénale (Nagami, 2016). Quand il baisse avec des bicarbonates élevés, on pense à une alcalose métabolique, typique des vomissements prolongés, selon Mayo.
Ce que dit la science
Le dosage est validé et fait partie de l’ionogramme standard. Niveau de preuve : validé.
L’excès de chlore apporté par les perfusions a été étudié à grande échelle. Dans l’essai SMART, mené chez 15 802 adultes en réanimation, un chlore supérieur à 110 mmol/L touchait 35,6 % des patients perfusés au sérum salé, contre 24,5 % avec des solutés dits équilibrés. Les complications rénales graves à 30 jours étaient un peu moins fréquentes avec ces derniers : 14,3 % contre 15,4 % (Semler et al., 2018).
À ne pas confondre : le test de la sueur mesure le chlore dans la transpiration, pas dans le sang. Il sert au diagnostic de la mucoviscidose (Farrell et al., 2017). Un résultat de 60 mmol/L ou plus est en faveur du diagnostic, de 30 à 59 mmol/L il est intermédiaire, et à 29 mmol/L ou moins le diagnostic est peu probable, selon le guide de la Cystic Fibrosis Foundation.
Chez le sportif
La sueur primitive, telle qu’elle est produite par la glande, contient environ 95 à 110 mmol/L de chlore ; une grande partie est réabsorbée avant d’atteindre la peau (Baker, 2017). Plus l’effort est intense, plus la sueur reste salée : chez onze sportifs amateurs pédalant 90 minutes au chaud, le chlore de la sueur passait de 29,8 à 52,5 mmol/L entre 45 % et 65 % de leur consommation maximale d’oxygène. Les pertes totales de chlore augmentaient d’environ 150 % (Baker et al., 2019).
Le sang, lui, varie peu. Chez dix triathlètes pendant un Ironman, la chlorémie n’a pas changé malgré une perte de 3 % du poids (Laursen et al., 2006). Au marathon de Houston, les coureurs en hyponatrémie avaient aussi un chlore plus bas que les autres (Hew et al., 2003). Lors d’une course de 1 600 km, le chlore a au contraire légèrement augmenté, avec le volume du plasma (Fallon et al., 1999).
Les analyses à associer
- Sodium : le chlore le suit, c’est l’écart entre les deux qui compte ;
- Bicarbonates : ils varient en sens inverse dans plusieurs troubles acide-base ;
- Trou anionique : se calcule avec le chlore et oriente devant une acidose ;
- Potassium : souvent bas avec le chlore en cas de vomissements ou de diurétiques.
À retenir
- Le chlore est le principal ion négatif du plasma et suit en général le sodium ;
- Les valeurs usuelles vont de 95 à 105 mmol/L selon le référentiel français ;
- Un chlore anormal isolé signale souvent un trouble de l’équilibre acide-base ;
- Vomissements et diurétiques le font baisser, diarrhée et sérum salé le font monter ;
- Le test de la sueur est un examen différent, réservé à la mucoviscidose.