Ce que mesure l’analyse
Les plaquettes, ou thrombocytes, sont de minuscules fragments de cellules sans noyau. Elles se détachent de grandes cellules de la moelle osseuse, les mégacaryocytes. Elles circulent dans le sang, et une partie reste en réserve dans la rate.
Leur rôle est d’arrêter les saignements. Quand un vaisseau se rompt, elles adhèrent à la brèche, s’activent et s’agrègent : c’est l’hémostase primaire, qui forme le premier bouchon. Elles lancent aussi la coagulation, qui consolide ce bouchon.
L’analyse compte le nombre de plaquettes dans le sang, lors de la numération formule sanguine (NFS). La plupart des automates les comptent selon leur taille (méthode par impédance) ou par une méthode optique. La méthode de référence internationale utilise des anticorps fluorescents (Baccini et al., 2020).
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang veineuse sur tube EDTA (bouchon violet). Le jeûne n’est en général pas exigé pour une NFS seule.
La qualité du prélèvement compte beaucoup. Un prélèvement difficile peut former de petits caillots dans le tube et faire baisser faussement le chiffre. Surtout, chez certaines personnes, l’EDTA provoque dans le tube l’agglutination des plaquettes en amas : l’automate les compte mal. C’est la pseudo-thrombopénie, ou fausse baisse, rapportée dans 0,01 à 1 % des prélèvements selon les séries (Schuff-Werner et al., 2020). Le phénomène dépend du temps et de la température. Le biologiste le repère sur le frottis et recontrôle sur un autre anticoagulant, comme le citrate (Baccini et al., 2020).
Évitez un effort intense juste avant la prise de sang et buvez normalement : l’effort et la déshydratation font monter les plaquettes de façon passagère (Heber et Volf, 2015).
Comment lire le résultat
L’unité est le G/L (un milliard par litre). On écrit aussi 250 000/mm³ pour 250 G/L.
Les seuils retenus en France viennent de l’ANAES : on parle de thrombopénie en dessous de 150 G/L et de thrombocytose au-dessus de 400 G/L, chez l’homme comme chez la femme (ANAES, 1997). Le laboratoire de l’Institut de Cancérologie de l’Ouest, à Angers, affiche le même intervalle de 150 à 400 G/L.
Variations normales à connaître (ANAES, 1997) :
- les femmes ont en moyenne un peu plus de plaquettes que les hommes ;
- la grossesse peut entraîner une baisse modérée, mais toute thrombopénie pendant la grossesse doit être explorée ;
- les variations au cours de la journée sont modérées ;
- le tabac n’a pas d’effet notable sur les plaquettes.
Ce qui compte vraiment :
- écarter un faux résultat avant toute conclusion, surtout pour une baisse découverte sans aucun saignement ;
- la vitesse d’évolution : une chute rapide, par exemple sous traitement, compte plus qu’une valeur stable un peu basse ;
- les signes de saignement : bleus, petites taches rouges, saignements des gencives ;
- le reste de l’hémogramme : une anomalie isolée n’a pas la même portée qu’une atteinte de plusieurs lignées.
Une thrombocytose est le plus souvent réactionnelle : carence en fer, inflammation, infection, suites d’une chirurgie. Les causes liées à la moelle osseuse sont plus rares.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est validé (a). La numération des plaquettes fait partie de l’hémogramme minimal défini par l’ANAES, et ses seuils relèvent d’un accord professionnel fort. Les valeurs observées chez l’adulte en France ont été réévaluées chez 33 258 personnes (Troussard et al., 2014).
Le Groupe francophone d’hématologie cellulaire (GFHC) a publié des propositions pour fiabiliser le comptage : tenir compte des alarmes de l’automate, regarder le frottis, recontrôler sur citrate en cas d’amas (Baccini et al., 2020). Ces étapes évitent des examens inutiles chez des personnes dont les plaquettes sont en réalité normales.
Côté sport, une revue décrit une hausse transitoire des plaquettes après un effort aigu et intense. Elle s’explique par la concentration du sang et par la libération des réserves de la rate, du foie et des poumons (Heber et Volf, 2015). La même revue indique qu’une activité physique régulière tend à atténuer l’activation des plaquettes en réponse à l’effort.
Les analyses à associer
- Volume plaquettaire moyen : précise la taille des plaquettes.
- Frottis sanguin : repère les amas et les plaquettes géantes, sources de faux résultats.
- Ferritine : basse, elle oriente une thrombocytose vers une carence en fer.
- Hémoglobine : une atteinte associée des globules rouges change l’interprétation.
À retenir
- Repères français : thrombopénie sous 150 G/L, thrombocytose au-dessus de 400 G/L.
- Une baisse inattendue sans saignement doit d’abord faire chercher un faux résultat lié au tube.
- Un effort intense ou une déshydratation peuvent faire monter le chiffre de façon passagère.
- Une thrombocytose est le plus souvent réactionnelle, notamment à une carence en fer.