Ce que mesure l’analyse
Le frottis sanguin est un examen au microscope. Une goutte de sang est étalée en couche très fine sur une lame de verre, séchée, puis colorée. Le biologiste observe ensuite les cellules une à une.
Les automates comptent les cellules et les classent selon leur taille et leur contenu. Ils sont rapides et précis, mais ils ne voient pas la forme fine des cellules. Le frottis permet de :
- vérifier la formule leucocytaire, c’est-à-dire la répartition des globules blancs, et repérer des cellules immatures ou anormales ;
- décrire les globules rouges : taille, couleur, forme, présence de fragments ou d’inclusions ;
- contrôler les plaquettes : amas, plaquettes géantes ;
- rechercher des parasites dans les globules rouges, comme ceux du paludisme.
Pour que les comptes rendus soient comparables d’un laboratoire à l’autre, l’ICSH (International Council for Standardization in Haematology) a publié une nomenclature et une gradation des anomalies observées (Palmer et al., 2015). En France, le Groupe francophone d’hématologie cellulaire (GFHC) a proposé des termes communs pour nommer les cellules et une présentation harmonisée des commentaires (Trimoreau et al., 2017).
Comment se passe le prélèvement
Aucune prise de sang supplémentaire n’est en général nécessaire. Le frottis est réalisé sur le tube EDTA (bouchon violet) de la NFS. Il est demandé par le médecin, ou déclenché par le biologiste lorsque l’automate signale une anomalie ou un résultat incohérent.
Le délai compte. Dans le tube, les cellules s’altèrent avec le temps et peuvent prendre des aspects trompeurs. Le frottis doit donc être réalisé rapidement après le prélèvement. La qualité de l’étalement et de la coloration conditionne aussi la lecture.
Signalez une transfusion récente : le sang du donneur se mêle au vôtre et modifie l’aspect des globules rouges.
Comment lire le résultat
Le compte rendu est surtout descriptif. Il peut comporter une formule leucocytaire vérifiée au microscope, des termes décrivant les globules rouges et un commentaire du biologiste. Le GFHC recommande de structurer ce commentaire quand une anomalie est découverte (Trimoreau et al., 2017).
Un repère chiffré est bien établi : celui des schizocytes, des fragments de globules rouges cassés en traversant de petits vaisseaux encombrés. Selon l’ICSH, un adulte en bonne santé en présente 1 % ou moins. Au-delà de 1 %, ils font suspecter une microangiopathie thrombotique, une maladie grave où de petits caillots se forment dans les vaisseaux (Zini et al., 2021).
Quelques termes fréquents :
- anisocytose : globules rouges de tailles inégales ;
- poïkilocytose : globules rouges de formes variées ;
- hypochromie : globules rouges pâles, pauvres en hémoglobine ;
- myélémie : présence dans le sang de jeunes globules blancs, normalement réservés à la moelle ;
- amas plaquettaires : agrégats de plaquettes qui font baisser faussement leur nombre.
Ce qui compte vraiment : le commentaire du biologiste, qui relie ce qu’il voit au contexte, et la cohérence avec l’hémogramme. Un terme isolé, comme une légère anisocytose, n’a souvent aucune conséquence.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est validé (a). Le frottis reste l’examen de référence pour la forme des cellules du sang. Il est encadré par des recommandations internationales (ICSH) et françaises (GFHC).
Ses limites sont connues. La lecture garde une part d’appréciation, d’où l’effort de standardisation des termes et des gradations (Palmer et al., 2015). Le comptage de cellules rares sur un nombre limité de cellules reste imprécis.
Les automates progressent. Certains rendent une numération des fragments de globules rouges. Selon l’ICSH, ce paramètre est un bon outil de dépistage : son absence permet d’écarter la présence de schizocytes, mais leur identification repose sur le frottis (Zini et al., 2021).
Pour les plaquettes, le GFHC recommande de regarder le frottis devant une baisse inattendue, afin de rechercher des amas liés à l’EDTA avant toute conclusion (Baccini et al., 2020). Cette étape évite des examens inutiles chez des personnes dont les plaquettes sont en réalité normales.
Les analyses à associer
- Globules blancs : replace les anomalies vues au microscope dans le total des leucocytes.
- Plaquettes : le frottis confirme ou corrige un comptage douteux.
- Hémoglobine et réticulocytes : relient l’aspect des globules rouges à une anémie et à la réponse de la moelle.
À retenir
- Le frottis montre la forme des cellules, ce que l’automate ne voit pas.
- Il est souvent déclenché par le biologiste devant une alarme de l’automate.
- Repère clé : plus de 1 % de schizocytes fait suspecter une microangiopathie thrombotique.
- Le commentaire du biologiste compte plus qu’un terme isolé du compte rendu.