Ce que mesure l’analyse
Les polynucléaires éosinophiles sont des globules blancs produits par la moelle osseuse. On les reconnaît au microscope à leurs grains orangés, qui fixent un colorant acide, l’éosine. Ces grains contiennent des protéines toxiques pour les parasites, comme la protéine cationique de l’éosinophile (ECP).
Leur production dépend surtout de messagers chimiques, dont l’interleukine 5 (IL-5). Celle-ci est fabriquée notamment par certains lymphocytes lors des réactions allergiques et antiparasitaires (Groh et al., 2023). Les éosinophiles circulent dans le sang, puis gagnent les tissus, surtout le tube digestif.
Ils défendent l’organisme contre les vers parasites et participent à l’allergie. En excès prolongé, ils peuvent abîmer des organes comme le cœur, la peau ou les poumons : c’est le principe des syndromes hyperéosinophiliques.
L’analyse compte leur nombre lors de la numération formule sanguine (NFS). Seule la valeur absolue est utile (ANAES, 1997).
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang veineuse sur tube EDTA (bouchon violet). Le jeûne n’est en général pas exigé pour une NFS seule.
Signalez au médecin et au laboratoire :
- toute prise récente de corticoïdes, même brève : ils font baisser les éosinophiles et peuvent masquer une éosinophilie (Groh et al., 2023) ;
- tout nouveau médicament, plante ou complément alimentaire pris dans les semaines précédentes ;
- un séjour en zone tropicale, même ancien ;
- un effort long et intense la veille.
Le nombre d’éosinophiles varie fortement au cours de la journée. Pour comparer deux résultats, prélevez à la même heure, de préférence le matin (ANAES, 1997).
Comment lire le résultat
L’unité est le G/L (un milliard de cellules par litre ; 1 G/L correspond à 1 000 cellules par millimètre cube).
Les recommandations françaises du centre de référence des syndromes hyperéosinophiliques (CEREO) distinguent trois situations (Groh et al., 2023) :
- éosinophilie : entre 0,5 et 1,5 G/L ;
- hyperéosinophilie : plus de 1,5 G/L, constatée à deux reprises à un mois d’intervalle, ou excès d’éosinophiles dans un tissu ;
- syndrome hyperéosinophilique : hyperéosinophilie avec atteinte d’un organe attribuée aux éosinophiles.
Votre compte rendu peut afficher un intervalle un peu différent. Par exemple, le laboratoire de l’Institut de Cancérologie de l’Ouest, à Angers, indique 0,02 à 0,60 G/L chez l’adulte. Cet intervalle est statistique ; les seuils du CEREO servent, eux, à décider des examens.
Une valeur basse, voire nulle, n’a en général aucune signification isolée. Elle est fréquente sous corticoïdes, après un stress ou un effort intense.
Ce qui compte vraiment :
- le niveau : en dessous de 1,5 G/L, on cherche d’abord une allergie ou un parasite courant ;
- la durée : une hausse qui persiste justifie un bilan plus complet ;
- les symptômes : peau, poumons, tube digestif, cœur, système nerveux. Il n’existe pas de lien strict entre le chiffre et la gravité, qui dépend surtout de l’atteinte des tissus (Groh et al., 2023).
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est validé (a). La numération des éosinophiles fait partie de l’hémogramme minimal défini par l’ANAES. Leur interprétation est encadrée par un protocole national de diagnostic et de soins (PNDS) publié en 2022, élaboré selon la méthode de la HAS mais non validé par elle, puis par des recommandations publiées en 2023 (Groh et al., 2023).
Ces textes donnent des repères pratiques. Entre 0,5 et 1,5 G/L, les causes principales en France métropolitaine sont l’allergie et des parasites sans migration dans les tissus : oxyure, ténia, gale. Au-delà de 1,5 G/L et de survenue récente, on cherche d’abord un médicament, avec un délai typique de 2 à 8 semaines après le début du traitement, ou un parasite. La toxocarose est alors la parasitose principale en métropole. Environ trois quarts des hyperéosinophilies et syndromes hyperéosinophiliques restent sans cause identifiée malgré un bilan complet.
Pour les sportifs, l’effet de l’effort est net. Après 3 heures de course, les éosinophiles chutaient et restaient bas 21 heures plus tard, alors que les autres globules blancs étaient revenus à la normale (Nieman et al., 1989). Une étude récente retrouve une chute juste après l’effort, normalisée en 24 heures (Jukema et al., 2023).
Un point concerne directement les lecteurs qui se supplémentent : les compléments alimentaires et les remèdes à base de plantes figurent parmi les produits capables de faire monter les éosinophiles (Groh et al., 2023).
Les analyses à associer
- Immunoglobulines E totales : élevées, elles orientent vers une cause réactionnelle, sans être spécifiques.
- Examen parasitologique des selles : recherche des parasites ou de leurs œufs.
- Tryptase et vitamine B12 : élevées ensemble, elles font rechercher une cause clonale.
- Protéine C réactive : élevée, elle oriente plutôt vers un cancer, un lymphome ou une vascularite.
À retenir
- L’éosinophilie commence au-dessus de 0,5 G/L ; l’hyperéosinophilie au-dessus de 1,5 G/L, confirmée à un mois.
- Allergie et parasites courants sont les causes les plus fréquentes d’une hausse modérée.
- Signalez corticoïdes, nouveaux médicaments, plantes et compléments.
- Un effort long fait baisser les éosinophiles, parfois jusqu’au lendemain.
- Une valeur basse isolée n’a pas de signification.