Ce que mesure l’analyse
Les immunoglobulines E (IgE) sont une classe d’anticorps présente en très faible quantité dans le sang. Selon le Précis de biopathologie d’Eurofins Biomnis, leur rôle dans les réactions allergiques a été établi en 1966. Elles participent aussi, de manière importante, à la défense contre les parasites. Leur durée de vie dans le sang est brève, environ 2 jours.
Les IgE se fixent sur des cellules appelées mastocytes et polynucléaires basophiles. Au contact de l’allergène qu’elles reconnaissent, ces cellules libèrent de l’histamine et d’autres substances : c’est la réaction allergique immédiate.
Le dosage des IgE totales mesure toutes les IgE du sang, quelle que soit leur cible. Il ne dit pas à quoi la personne est allergique. C’est la grande différence avec les IgE spécifiques, qui mesurent les IgE dirigées contre un allergène précis : pollen, acarien, arachide.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sans préparation particulière. Selon Biomnis, le dosage utilise une technique dite « en sandwich » : les IgE du sang sont captées par un anticorps fixé sur un support, puis repérées par un second anticorps marqué. Les résultats sont rapportés à une préparation de référence de l’Organisation mondiale de la santé, ce qui rend les trousses du commerce comparables entre elles.
Signalez un tabagisme, une parasitose connue et les allergies déjà identifiées : ces éléments aident à lire le résultat.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en kilo-unités par litre (kU/L). Chez l’adulte, Biomnis indique qu’une valeur inférieure à 150 kU/L est généralement admise comme référence en France. Chez l’enfant, le taux augmente progressivement et rejoint les valeurs adultes vers 8 ans. Dans le sang du cordon ombilical, une valeur supérieure à 1 kU/L est un facteur de risque d’atopie, surtout en cas d’antécédents familiaux.
L’atopie désigne une tendance, souvent familiale, à fabriquer des IgE contre des substances banales de l’environnement. Elle peut se traduire par un eczéma atopique, un asthme ou une rhinite allergiques.
Un taux élevé est en faveur d’une atopie, mais il n’a qu’une valeur de présomption. D’autres situations élèvent les IgE : parasitoses, rougeole, certains déficits immunitaires rares (syndromes de Wiskott-Aldrich, de DiGeorge, syndrome hyper-IgE) et certaines maladies du sang, comme la maladie de Hodgkin ou le très rare myélome à IgE. L’âge, l’origine et l’environnement, dont le tabac et la pollution, créent aussi de grandes différences d’une personne à l’autre.
Un taux normal n’exclut pas une allergie. Selon Biomnis, une personne sensibilisée à un seul allergène a souvent des IgE totales proches des valeurs de référence. Les personnes sensibilisées à plusieurs allergènes ont des taux généralement plus élevés.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est intermédiaire : la mesure est fiable, mais ses indications sont étroites. Biomnis est clair : ce dosage n’est pas indiqué pour diagnostiquer une atopie, car ses causes de hausse sont trop nombreuses. La recherche d’IgE spécifiques est préférée.
La HAS va dans le même sens. Dans son rapport de février 2018 sur la pertinence des soins en allergologie, elle juge la détermination des IgE totales « rarement utile ». Selon elle, la sensibilité et la spécificité du test sont insuffisantes pour juger d’un terrain allergique, et il ne permet pas de déterminer l’allergène en cause. Elle range ce dosage parmi les tests à ne pas réaliser dans le bilan d’une allergie. Elle recommande plutôt des tests cutanés et/ou une recherche d’IgE spécifiques, guidés par l’histoire de la personne.
Le dosage garde des usages précis. Chez l’enfant de moins de 3 ans, il a selon Biomnis une grande valeur informative : un taux élevé y est très évocateur d’un terrain atopique. Il est aussi demandé avant certains traitements par anticorps anti-IgE, décidés par un spécialiste, ainsi que dans le bilan de certains déficits immunitaires ou de parasitoses.
Les analyses à associer
- Immunoglobulines E spécifiques : pour identifier l’allergène, avec les tests cutanés.
- Polynucléaires éosinophiles : souvent élevés dans les allergies et les parasitoses.
- Tryptase : une enzyme des mastocytes, explorée après une réaction allergique sévère.
- Examen parasitologique des selles : pour rechercher une parasitose devant des IgE élevées.
À retenir
- Les IgE totales mesurent toutes les IgE du sang, sans dire à quoi l’on est allergique.
- Biomnis retient une valeur inférieure à 150 kU/L chez l’adulte.
- Un taux élevé a de nombreuses causes, dont les parasitoses.
- Un taux normal n’exclut pas une allergie.
- La HAS juge ce dosage rarement utile dans le bilan d’une allergie et préfère les IgE spécifiques et les tests cutanés.