Ce que mesure l’analyse
Les immunoglobulines A (IgA) sont des anticorps. Sur les muqueuses, comme la bouche, le nez, les bronches ou l’intestin, elles existent sous une forme particulière : les IgA sécrétoires, ou sIgA. Elles sont produites par des plasmocytes, des globules blancs spécialisés situés sous la muqueuse, puis transportées à sa surface.
Leur rôle principal est l’exclusion immunitaire : elles se fixent aux microbes et aux substances étrangères pour les empêcher de s’accrocher à la muqueuse et d’y pénétrer. Diagnos-Techs les décrit comme l’anticorps prédominant des muqueuses.
Le dosage dans la salive mesure ces anticorps de la bouche. Ce n’est pas le même examen que le dosage des IgA dans le sang. Salimetrics, fabricant de trousses de dosage, rappelle que les IgA de la salive ne sont pas directement liées à celles du sang.
Comment se passe le prélèvement
Le recueil se fait à la maison, selon les consignes du laboratoire. Chez Diagnos-Techs (États-Unis), il faut éviter de manger, de boire autre chose que de l’eau, de fumer, de se brosser les dents ou d’utiliser un bain de bouche dans l’heure qui précède. On se rince la bouche à l’eau froide quelques minutes avant, puis on recueille la salive sur un coton ou directement dans un tube. Les échantillons sont réfrigérés puis expédiés.
Le moment compte. Le débit de salive influence la concentration : selon Salimetrics, plus il est élevé, plus le taux d’IgA mesuré baisse. Pour comparer deux mesures, gardez le même horaire, le même état de repos et la même méthode.
Comment lire le résultat
Les unités et les repères dépendent du laboratoire. Le compte rendu type de l’Adrenal Stress Index de Diagnos-Techs classe les IgA salivaires totales ainsi : 5 à 9 mg/dL en limite basse, 10 à 20 mg/dL normal, 21 à 25 mg/dL en limite haute. Ces repères sont propres à ce laboratoire. En recherche, on exprime souvent le résultat en µg/mL ou en débit de sécrétion.
La variabilité est très forte. Dans l’étude de Neville et ses collègues, les IgA salivaires variaient d’environ 48 % d’une semaine à l’autre chez une même personne, et d’environ 71 % entre personnes. Une mesure isolée a donc peu de sens. C’est l’évolution par rapport à vos propres valeurs qui renseigne.
Une valeur basse peut accompagner une charge d’entraînement élevée, un stress ou une période qui précède une infection. Une valeur haute n’a pas de signification clinique établie. Diagnos-Techs présente aussi ce dosage comme un dépistage de sensibilités alimentaires : cet usage n’a pas de validation scientifique reconnue.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est celui d’un marqueur de recherche, surtout étudié chez les sportifs. Chez 26 nageurs d’élite suivis sept mois, Gleeson et ses collègues (Medicine & Science in Sports & Exercise, 1999) ont trouvé un lien inverse entre IgA salivaires et nombre d’infections. Les valeurs avant l’entraînement baissaient au fil des mois de préparation.
Neville et ses collègues (2008) ont suivi chaque semaine 38 marins de la Coupe de l’America pendant 50 semaines. La valeur absolue n’était pas liée aux infections respiratoires. En revanche, une baisse d’environ 28 % précédait les infections dans les trois semaines. Une valeur inférieure à 40 % de la moyenne habituelle de l’athlète correspondait à une chance sur deux d’infection dans les trois semaines.
Campbell et Turner (Frontiers in Immunology, 2018) nuancent : les variations des IgA salivaires après l’effort ne signalent pas, selon eux, une période d’immunosuppression. Ce dosage aide à suivre un athlète dans le temps, mais ne mesure pas à lui seul l’état de son immunité.
Les analyses à associer
- Immunoglobulines A : le dosage sanguin, pour rechercher un déficit en IgA.
- IgA sécrétoires fécales : l’immunité des muqueuses de l’intestin.
- Cycle du cortisol salivaire : souvent recueilli en même temps, il renseigne sur le stress.
À retenir
- Les IgA sécrétoires protègent les muqueuses de la bouche et des voies respiratoires.
- Les repères dépendent du laboratoire : 10 à 20 mg/dL est « normal » chez Diagnos-Techs.
- Elles varient beaucoup avec le débit de salive, le stress, l’effort et l’heure.
- Chez l’athlète, une baisse par rapport à ses propres valeurs a précédé des infections respiratoires.
- C’est un outil de suivi et de recherche, pas un diagnostic.