Ce que mesure l’analyse
Le complément est un ensemble de protéines du sang qui aident à détruire les microbes. Elles s’activent en cascade, par plusieurs voies, et aboutissent à une voie terminale commune, formée des composants C5 à C9. Ces derniers s’assemblent pour percer la paroi de certaines cellules et bactéries.
Le CH50, ou complément hémolytique total, est un test de fonction. Il ne mesure pas une protéine, mais la capacité du sérum à faire éclater des globules rouges de mouton recouverts d’anticorps. Le résultat correspond à la quantité de sérum qui fait éclater la moitié de ces globules rouges, d’où le chiffre 50 dans son nom.
Pour réussir ce test, toute la voie classique et la voie terminale doivent fonctionner, du C1 jusqu’au C9. Un seul maillon manquant suffit à faire chuter le résultat. Le CH50 sert donc de test de dépistage : normal, il rend très improbable un déficit complet de ces voies.
Comment se passe le prélèvement
C’est le point le plus délicat. La fiche du CHRU de Lille recommande un tube EDTA, ou du plasma conservé à +4 °C, et un acheminement rapide au laboratoire. Le complément s’active dans le tube, surtout sur tube sec. Un prélèvement mal conservé peut donc donner un CH50 bas à tort.
Selon cette fiche, la méthode hémolytique reste la référence, même si des techniques plus automatisées tendent à la remplacer.
Comment lire le résultat
Le CH50 s’exprime en pourcentage de l’activité normale. Le CHRU de Lille donne des valeurs physiologiques de 70 à 130 % avec la méthode hémolytique. Ces valeurs sont indicatives et varient selon le fournisseur. Le nourrisson atteint les valeurs adultes vers 3 mois.
Le CH50 se lit avec le C3 et le C4 :
- CH50 et C4 bas, C3 normal : activation de la voie classique, comme dans le lupus ou la cryoglobulinémie. Le CHRU de Lille conseille alors de suivre le CH50.
- CH50 non mesurable avec C3 et C4 normaux : le CHRU de Lille conseille de doser les facteurs de la voie terminale commune (C5 à C9). Un déficit en C9 peut toutefois laisser un CH50 autour de la moitié de la normale.
- C3, C4 et CH50 normaux : selon le schéma du CHRU de Lille, l’exploration peut s’arrêter là.
Le CH50 n’explore pas la voie alterne : les facteurs B, D et la properdine se testent par un autre examen, l’AP50. Un CH50 élevé est peu informatif ; il peut accompagner une inflammation.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé. Le PNDS de la HAS sur les déficits immunitaires héréditaires recommande d’explorer le complément (CH50, AP50, C3, C4) chez une personne ayant fait une méningite à méningocoque. Les déficits de la voie terminale exposent en effet à ces infections, comme le rappelle aussi la fiche du CHRU de Lille.
Ces déficits héréditaires sont rares, à une exception près : selon le CHRU de Lille, le déficit en C2 est le moins rare, et il est fréquemment sans symptôme. Le PNDS lupus systémique de la HAS le cite pourtant parmi les causes rares de lupus d’origine génétique, avec une pénétrance de 20 % : seule une partie des personnes porteuses développe la maladie.
Dans le lupus, ce PNDS inclut le CH50, le C3 et le C4 dans le bilan initial, et retient la baisse du complément parmi les critères immunologiques SLICC.
Les analyses à associer
- Complément C3 et complément C4 : pour situer la voie touchée.
- Anticorps antinucléaires : pour le bilan d’un lupus.
- Immunoglobulines G : pour le bilan d’un déficit immunitaire.
À retenir
- Le CH50 vérifie en un seul test la voie classique et la voie terminale du complément.
- Le CHRU de Lille donne 70 à 130 % avec la méthode hémolytique.
- Un CH50 effondré avec C3 et C4 normaux fait rechercher un déficit d’un composant.
- Il n’explore pas la voie alterne, testée par l’AP50.
- Un prélèvement mal conservé peut donner un résultat faussement bas.