Ce que mesure l’analyse
Les lymphocytes sont des globules blancs chargés de la défense spécifique, celle qui reconnaît un microbe précis. Parmi eux, les lymphocytes T CD4, ou lymphocytes T auxiliaires, portent à leur surface une molécule appelée CD4. Ils jouent un rôle de chef d’orchestre : ils activent les lymphocytes B qui fabriquent les anticorps, les lymphocytes T CD8 qui tuent les cellules infectées, et d’autres globules blancs.
Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) infecte précisément ces cellules. Sans traitement, leur nombre baisse peu à peu, et l’organisme devient vulnérable à des infections dites opportunistes. C’est pourquoi le comptage des CD4 est un examen central du suivi de cette infection.
Le comptage se fait par cytométrie en flux. Les cellules du sang sont marquées par des anticorps fluorescents, puis défilent une à une devant un laser qui les identifie. Le résultat est donné en nombre absolu (cellules par microlitre) et souvent en pourcentage des lymphocytes.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sur tube EDTA le plus souvent. Les conditions de conservation comptent. Chez ARUP Laboratories (États-Unis), l’échantillon se conserve à température ambiante : un tube réfrigéré ou congelé n’est pas accepté. La stabilité est de 72 heures sur EDTA. Mayo Clinic Laboratories demande une arrivée au laboratoire dans les 24 heures.
Les CD4 varient au cours de la journée. Pour un suivi, ARUP et Mayo recommandent de prélever toujours à la même heure. Signalez vos médicaments : ARUP précise que certains d’entre eux modifient les résultats.
Comment lire le résultat
Les valeurs dépendent beaucoup de l’âge. ARUP donne chez l’adulte de 16 à 64 ans un intervalle de référence de 430 à 1800 cellules/µL, et de 490 à 1600 cellules/µL à partir de 65 ans. Chez le nourrisson, les valeurs sont bien plus élevées : 1000 à 4800 cellules/µL dans les premiers jours de vie selon ARUP. Comparez toujours votre résultat aux valeurs de votre laboratoire.
Dans l’infection par le VIH, le CDC américain a défini en 2014 des stades selon les CD4, à partir de 6 ans :
- stade 1 : 500 cellules/µL ou plus ;
- stade 2 : 200 à 499 cellules/µL ;
- stade 3, ou sida : moins de 200 cellules/µL.
Le CDC souligne que cette classification sert à la surveillance de l’épidémie à l’échelle de la population. Elle n’est pas faite pour fonder les décisions médicales individuelles.
Des CD4 bas peuvent aussi s’observer sous des traitements qui affaiblissent l’immunité, dans de rares déficits immunitaires héréditaires, ou de façon transitoire après un stress physique sévère. Des CD4 élevés ont rarement une signification clinique isolée.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé pour le suivi de l’infection par le VIH, où le comptage des CD4 est un repère de référence. ARUP note que le nombre absolu de CD4 suffit pour ce suivi de routine.
Pour les autres déficits immunitaires, le PNDS de la HAS sur les déficits immunitaires héréditaires place l’étude des sous-populations de lymphocytes en second temps, après l’hémogramme et le dosage des immunoglobulines. Mayo Clinic Laboratories précise que ce comptage ne sert pas à diagnostiquer les cancers des lymphocytes T.
Chez le sportif, Pedersen et Hoffman-Goetz (Physiological Reviews, 2000) décrivent l’effort intense comme un modèle d’immunosuppression temporaire après un stress physique sévère. Un comptage fait juste après un effort épuisant ne reflète donc pas forcément l’état de base.
Les analyses à associer
- Lymphocytes CD8 et rapport CD4 sur CD8 : pour compléter le phénotypage.
- Lymphocytes : le nombre total, qui aide à lire celui des CD4.
- Sérologie VIH : devant des CD4 bas inexpliqués.
À retenir
- Les lymphocytes CD4 coordonnent la réponse immunitaire.
- ARUP donne 430 à 1800 cellules/µL chez l’adulte de 16 à 64 ans.
- Les stades du CDC servent à la surveillance du VIH, pas aux décisions individuelles.
- Prélevez à la même heure pour un suivi, et ne réfrigérez pas l’échantillon.
- Un effort très intense peut modifier transitoirement l’immunité.