Ce que mesure l’analyse
Le complément est un ensemble de protéines du sang qui aident à détruire les microbes. Il s’active en cascade, par plusieurs voies. La voie classique est déclenchée surtout par des anticorps fixés sur une cible. Le C4 intervient au début de cette voie, juste après le complexe C1, et avant le C2 puis le C3.
Le dosage du C4 renseigne donc surtout sur la voie classique. Quand celle-ci est fortement activée, par exemple par des complexes formés d’anticorps et de leur cible, le C4 est consommé et son taux baisse.
Le C4 a une particularité génétique. Il existe en deux formes proches, le C4A et le C4B. Le PNDS lupus systémique de la HAS indique que le déficit complet en C4A ou en C4B est rare, mais que le déficit partiel est fréquent. Une personne peut ainsi avoir un C4 bas de façon permanente, sans maladie active.
Comment se passe le prélèvement
Comme tout le complément, le C4 est fragile. La fiche du CHRU de Lille recommande un tube EDTA, ou du plasma conservé à +4 °C, et un acheminement rapide. Elle rappelle que le complément s’active dans le tube, surtout sur tube sec.
Le dosage se fait par néphélométrie ou turbidimétrie, sans préparation particulière.
Comment lire le résultat
Le CHRU de Lille donne des valeurs indicatives de 150 à 450 mg/L, soit 0,15 à 0,45 g/L. Ces valeurs varient selon le fournisseur et la méthode. Le nourrisson atteint les valeurs adultes vers 3 mois.
Le C4 se lit avec le C3 et le CH50, qui mesure l’activité de toute la cascade :
- CH50 et C4 bas, C3 normal : activation de la voie classique. Le CHRU de Lille cite le lupus et la cryoglobulinémie, et conseille de suivre le CH50.
- C4 et C3 bas ensemble : activation majeure, comme dans un lupus très actif.
- C4 bas isolé et stable dans le temps : un déficit partiel constitutionnel est possible.
La cryoglobulinémie est la présence dans le sang d’anticorps qui précipitent au froid. Elle peut s’accompagner d’une consommation importante du C4.
Le C4 intervient aussi dans l’exploration de l’angiœdème bradykinique, qui provoque des gonflements de la peau ou des muqueuses. Selon le CHRU de Lille, cet angiœdème est dû à un déficit, en quantité ou en fonction, de l’inhibiteur de la C1 estérase, une protéine qui freine la voie classique. Le laboratoire range ces dosages dans l’exploration de la voie classique.
Plusieurs situations faussent la lecture : un sérum très riche en graisses surestime le C4, et une insuffisance du foie le fait baisser. Un C4 élevé est peu informatif : il peut accompagner une inflammation.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé. Le PNDS lupus systémique, publié par la HAS en 2017 et mis à jour en 2020, inclut le dosage du CH50, du C3 et du C4 dans le bilan initial. Il note qu’un complément bas est fréquent dans le lupus, par consommation et/ou par déficit constitutionnel. La baisse du complément figure parmi les critères immunologiques de classification SLICC qu’il rapporte.
Ce PNDS décrit aussi des formes rares de lupus liées à un déficit héréditaire en protéines de la voie classique, comme C1q, C2 ou C4. Il conseille d’y penser devant un lupus très précoce, familial ou survenant dans une famille où les parents sont apparentés.
Un C4 bas se lit donc toujours avec son évolution dans le temps et les autres dosages, avec votre médecin.
Les analyses à associer
- Complément C3 et complément hémolytique total : pour situer la voie touchée.
- Anticorps anti-ADN natif : pour le bilan d’un lupus.
- Facteur rhumatoïde : souvent présent dans les cryoglobulinémies.
À retenir
- Le C4 reflète surtout la voie classique du complément, celle des anticorps.
- Le CHRU de Lille donne 0,15 à 0,45 g/L à titre indicatif.
- Un C4 et un CH50 bas avec un C3 normal évoquent une activation de la voie classique.
- Un déficit partiel constitutionnel en C4 est fréquent.
- Le prélèvement se fait de préférence sur tube EDTA, avec un transport rapide.