Ce que mesure l’analyse
Les lymphocytes sont des globules blancs chargés de la défense spécifique, celle qui reconnaît un microbe précis. Parmi eux, les lymphocytes T CD8 portent à leur surface une molécule appelée CD8. On les appelle aussi lymphocytes T cytotoxiques, car leur rôle principal est de tuer.
Ils inspectent les cellules de l’organisme. Quand une cellule présente à sa surface des fragments d’un virus ou des marques anormales, le lymphocyte CD8 la reconnaît et la détruit. Ils sont donc essentiels contre les virus et participent à la surveillance des cellules devenues anormales.
Les CD8 travaillent en lien étroit avec les lymphocytes T CD4, dits auxiliaires, qui les activent. C’est pourquoi les deux comptages sont presque toujours demandés ensemble, avec leur rapport.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, le plus souvent sur tube EDTA. Le comptage se fait par cytométrie en flux : les cellules sont marquées par des anticorps fluorescents, puis défilent une à une devant un laser qui les identifie.
Les conditions de conservation comptent. Chez ARUP Laboratories (États-Unis), l’échantillon se garde à température ambiante, jusqu’à 72 heures sur EDTA ; un tube réfrigéré ou congelé est refusé. ARUP précise aussi que certains médicaments modifient les résultats.
Les lymphocytes varient au cours de la journée. Pour un suivi dans le temps, ARUP et Mayo Clinic Laboratories recommandent de prélever toujours à la même heure.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en nombre de cellules par microlitre de sang (cellules/µL), parfois aussi en pourcentage des lymphocytes. ARUP donne chez l’adulte de 16 à 64 ans un intervalle de référence de 210 à 1200 cellules/µL, et de 150 à 1050 cellules/µL à partir de 65 ans. Les valeurs de l’enfant sont différentes. Comparez toujours votre résultat aux valeurs de votre laboratoire.
Des CD8 élevés se voient surtout lors d’infections virales, en particulier persistantes. Le cytomégalovirus (CMV), un virus très répandu qui reste dans l’organisme toute la vie, entraîne souvent une expansion durable des CD8. Dans l’infection par le VIH, les CD8 sont souvent élevés alors que les CD4 baissent.
Des CD8 bas peuvent s’observer sous des traitements qui affaiblissent l’immunité, dans de rares déficits immunitaires héréditaires, ou de façon transitoire après un stress physique important.
Un chiffre isolé dit peu de chose. Il se lit avec les CD4, le nombre total de lymphocytes et le contexte.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est intermédiaire. Le comptage des CD8 est bien standardisé, mais son interprétation repose surtout sur le rapport avec les CD4. Le PNDS de la HAS sur les déficits immunitaires héréditaires place l’étude des sous-populations de lymphocytes en second temps, après l’hémogramme et le dosage des immunoglobulines.
Le vieillissement de l’immunité a été très étudié à travers ces cellules. Dans les cohortes suédoises OCTO et NONA, Wikby et ses collègues (Journals of Gerontology, 2005) ont décrit un « profil immunitaire à risque » chez des personnes de 86 à 94 ans : des CD8 élevés et des CD4 bas. Ce profil était associé à une infection virale persistante et, avec des troubles cognitifs, prédisait une part importante des décès sur quatre ans.
Chez les personnes vivant avec le VIH, Serrano-Villar et ses collègues (PLoS Pathogens, 2014) ont montré qu’une activation persistante des CD8 accompagne un rapport CD4 sur CD8 qui reste bas malgré un traitement efficace.
Les analyses à associer
- Lymphocytes CD4 et rapport CD4 sur CD8 : pour lire les CD8 dans leur contexte.
- Lymphocytes : le nombre total, qui sert de base au comptage.
- Sérologie cytomégalovirus : devant des CD8 durablement élevés.
À retenir
- Les lymphocytes CD8 détruisent les cellules infectées ou anormales.
- ARUP donne 210 à 1200 cellules/µL chez l’adulte de 16 à 64 ans.
- Des CD8 élevés accompagnent souvent une infection virale persistante, comme le CMV.
- Ils se lisent toujours avec les CD4 et leur rapport.
- Prélevez à la même heure, à distance d’un effort intense, et ne réfrigérez pas l’échantillon.