Ce que mesure l’analyse
Le cytomégalovirus (CMV) est un virus de la famille de l’herpès. Il se transmet par la salive, les urines, les sécrétions sexuelles, et très souvent par les jeunes enfants. Chez l’adulte en bonne santé, l’infection passe le plus souvent inaperçue. Comme les autres virus de cette famille, il reste ensuite dans l’organisme toute la vie.
La sérologie recherche deux types d’anticorps : les IgG, qui signent un contact avec le virus, récent ou ancien, et les IgM, qui évoquent une infection plus récente. Quand les deux sont positifs, l’avidité des IgG aide à dater l’infection. L’avidité mesure la force avec laquelle les anticorps s’accrochent au virus : elle est faible au début, puis augmente au fil des mois.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sans préparation. Pendant la grossesse, le calendrier compte. Selon les recommandations de la HAS publiées en août 2026, la sérologie peut être faite dès le projet de grossesse, y compris en cas d’assistance médicale à la procréation. Pendant la grossesse, elle se prescrit le plus tôt possible et avant 14 semaines d’aménorrhée quand le statut est inconnu ou négatif ; au-delà, la recherche d’une première infection n’est plus recommandée dans ce cadre.
Chez une femme enceinte sans anticorps, la HAS conseille de refaire le test toutes les quatre semaines pendant le premier trimestre, le dernier idéalement entre 13 et 14 semaines d’aménorrhée, de préférence dans le même laboratoire. Signalez une transfusion ou un traitement par immunoglobulines récents, qui peuvent apporter des anticorps venus d’autres personnes.
Comment lire le résultat
Les IgG et IgM sont rendues positives ou négatives, avec un indice propre à chaque technique. Quatre situations résument la lecture :
- IgG et IgM négatives : pas de contact avec le virus ; la personne peut s’infecter ;
- IgG positives, IgM négatives : infection ancienne ; selon la HAS (2026), aucun suivi sérologique supplémentaire n’est alors recommandé pendant la grossesse, la sérologie ne permettant pas de repérer de façon fiable une réinfection ;
- IgG et IgM positives : infection récente possible, à préciser par l’avidité ;
- IgM seules : infection très récente ou faux positif, à contrôler.
Pour l’avidité, Quest Diagnostics, qui réalise le test pour Mayo Clinic Laboratories (États-Unis), donne : indice faible sous 0,60, intermédiaire de 0,60 à 0,70, élevé au-delà de 0,70. Une avidité élevée oriente vers une infection ancienne ; une avidité faible, vers une infection récente. Ces seuils sont propres à la trousse utilisée.
Les IgM sont un piège classique : elles peuvent persister plusieurs mois ou être faussement positives. Elles ne suffisent jamais à dater une infection.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé, et la place du test a récemment évolué en France. En juin 2025, la HAS a recommandé un dépistage de l’infection à CMV au premier trimestre de grossesse, chez les femmes séronégatives ou de statut inconnu, avec une séquence IgM, IgG et avidité. Elle l’assortit de conditions : information des femmes pour un consentement éclairé, formation des professionnels, évaluation des tests. En août 2026, elle a précisé le suivi : en cas de première infection récente, juste avant la conception ou au premier trimestre, une consultation dédiée est organisée rapidement avec une équipe experte. La mise en œuvre du dépistage systématique relève du ministère de la Santé : votre sage-femme ou votre médecin vous dira ce qui s’applique à votre grossesse.
Les chiffres présentés à cette occasion éclairent l’enjeu. Environ 45,6 % des femmes de 15 à 49 ans étaient séropositives en 2010, et jusqu’à 90 % dans les départements et régions d’outre-mer. Après une primo-infection au premier trimestre, le virus est transmis au fœtus dans 36,8 % des cas, avec un risque de séquelles, notamment auditives et neurologiques, estimé entre 51 et 57 %. Les infections non primaires se transmettent beaucoup moins, dans moins de 3,5 % des cas.
Le CMV intéresse aussi la recherche sur le vieillissement. Dans les cohortes suédoises de Wikby et ses collègues (2005), un profil immunitaire « à risque », avec des lymphocytes CD8 élevés, était associé à une infection virale persistante et à une survie plus courte chez les très âgés.
Les analyses à associer
- Sérologie toxoplasmose et sérologie rubéole : le suivi sérologique de la grossesse.
- Sérologie Epstein-Barr : une autre cause de tableau proche.
- Lymphocytes CD8 : souvent élevés en cas d’infection persistante.
À retenir
- Le CMV est un virus fréquent, souvent silencieux, qui reste dans l’organisme toute la vie.
- Les IgG signent un contact ; les IgM ne suffisent pas à dater l’infection.
- L’avidité des IgG aide à distinguer une infection récente d’une infection ancienne.
- La HAS recommande un dépistage au premier trimestre de grossesse, avant 14 semaines d’aménorrhée.
- Une première infection en début de grossesse est la plus à risque pour le fœtus.