Ce que mesure l’analyse
Candida albicans est une levure, un champignon microscopique, qui vit normalement sur la peau et les muqueuses de nombreuses personnes, notamment dans le tube digestif. Chez la plupart, elle ne cause aucune maladie : on parle de portage ou de colonisation. Chez des patients fragiles, en réanimation ou traités pour un cancer du sang, elle peut passer dans le sang et les organes : c’est la candidose invasive, une infection grave.
La sérologie recherche les anticorps dirigés contre Candida. Selon la HAS (2017), les anticorps recherchés sont surtout ceux dirigés contre le mannane, un sucre de la paroi de la levure. La HAS retient la technique ELISA, automatisable ; les anciennes techniques manuelles (hémagglutination, immunofluorescence, électrosynérèse) sont de moins en moins employées.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sans préparation. À l’hôpital, le dosage peut être répété et associé à la recherche de l’antigène mannane. La HAS reconnaît toutefois que la stratégie optimale de prélèvement, en particulier leur fréquence, n’est pas encore établie.
Comment lire le résultat
Avec le test Platelia Candida Antibody de Bio-Rad, le plus utilisé en Europe, la revue de l’ECIL-3 (Mikulska et al., Critical Care, 2010) rapporte les seuils du fabricant : positif à partir de 10 UA/mL (unités arbitraires par millilitre), indéterminé de 5 à 10 UA/mL. D’autres trousses ont d’autres seuils.
Un résultat positif ne suffit pas. La HAS rappelle que des anticorps peuvent exister chez un porteur sain, y compris à des taux élevés, et que chez une personne à l’immunité normale, le test ne distingue pas une colonisation d’une infection. À l’inverse, les personnes immunodéprimées produisent parfois peu d’anticorps. Mikulska et ses collègues citent une colonisation à l’origine d’anticorps détectables chez environ 30 % des patients non infectés.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve dépend de la situation, et c’est ce qu’il faut retenir.
Ce qui est démontré. Dans la candidose invasive, chez des patients à risque, la revue de 14 études par Mikulska et ses collègues trouve, pour les anticorps anti-mannane seuls, une sensibilité de 59 % et une spécificité de 83 %. Associés à l’antigène mannane, la sensibilité monte à 83 % et la spécificité atteint 86 %. Chez 73 % de 45 patients avec une candidémie, au moins un des deux tests était positif avant les cultures. Les experts de l’ECIL-3 recommandent donc l’association des deux plutôt que chaque test seul. La HAS (2017) situe l’examen dans ce cadre : candidémie, candidose profonde ou hépatosplénique, chez les patients d’oncohématologie et de réanimation. La même revue note que la sensibilité est la plus élevée pour Candida albicans et plus faible pour certaines autres espèces, et que, chez 21 patients avec une candidose hépatosplénique, 18 avaient un test positif une quinzaine de jours avant que l’imagerie ne montre les lésions.
Ce qui ne l’est pas. La HAS précise que la recherche dans les candidoses superficielles ne présente pas d’intérêt pratique. Rien dans ces sources ne valide la sérologie pour diagnostiquer une « candidose intestinale chronique » ou un « syndrome de prolifération des levures » chez une personne en bonne santé : comme le test ne distingue pas portage et infection, un résultat positif dans ce contexte ne permet aucune conclusion.
Les analyses à associer
- Mannane et anti-mannane : l’association la plus performante.
- Bêta-D-glucane : un autre marqueur des infections fongiques invasives.
- Candida dans les selles et arabinose : des marqueurs de la présence de levures, dont l’interprétation reste discutée.
À retenir
- Candida albicans vit normalement chez de nombreuses personnes en bonne santé.
- La sérologie aide au diagnostic des candidoses invasives chez les patients à risque.
- Avec le test Platelia, le seuil de positivité est de 10 UA/mL.
- Des anticorps, même élevés, peuvent exister sans infection.
- Elle n’est pas validée pour diagnostiquer une « candidose intestinale » chez une personne en bonne santé.