Ce que mesure l’analyse
L’ADN porte nos gènes. Dans le noyau des cellules, il existe sous sa forme naturelle, dite native ou double brin : deux brins enroulés l’un autour de l’autre et associés à des protéines, les histones. L’ensemble forme les nucléosomes.
Les anticorps anti-ADN natif sont des auto-anticorps dirigés contre cet ADN double brin. Ils font partie des anticorps antinucléaires (AAN), mais ils sont bien plus spécifiques. Ils sont très évocateurs du lupus systémique, une maladie auto-immune qui peut toucher la peau, les articulations, les reins, le sang et d’autres organes.
Le PNDS lupus de la HAS signale que certains de ces anticorps interagissent avec des constituants de la membrane qui filtre le sang dans les reins. Biomnis les associe, avec les anticorps anti-nucléosomes, à l’atteinte rénale du lupus.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sans préparation particulière. La recherche est en général demandée après des AAN positifs. Plusieurs techniques existent, selon le document Focus d’Eurofins Biomnis :
- le test de Farr, technique de référence historique, très spécifique, qui détecte surtout les anticorps de forte affinité. Il utilise la radioactivité et n’est plus réalisé que dans quelques laboratoires ;
- l’immunofluorescence sur Crithidia luciliae, un parasite dont une structure contient de l’ADN double brin. Elle est spécifique mais peu sensible, et de lecture subjective ;
- l’ELISA et les techniques automatisées, sensibles et pratiques, mais de spécificité variable, avec un risque de faux positifs.
Signalez vos traitements : Biomnis cite des faux positifs du test de Farr chez des personnes traitées par anti-TNF, et des interférences avec l’héparine.
Comment lire le résultat
Il n’existe pas de seuil universel. Biomnis rappelle que les techniques commercialisées n’utilisent pas les mêmes antigènes, donc pas les mêmes seuils. À titre d’exemple, Mayo Clinic Laboratories (États-Unis) considère son ELISA IgG comme négatif sous 100 UI/mL et positif à partir de 100 UI/mL. D’autres trousses ont des seuils très différents : comparez toujours votre résultat aux valeurs du laboratoire.
Mayo précise que les résultats faiblement positifs ont une faible valeur prédictive de lupus, que les faux positifs sont en général de faible taux, et qu’un résultat négatif n’exclut pas la maladie. Le PNDS de la HAS va dans le même sens : l’absence d’anti-ADN natif n’élimine pas un lupus.
Chez une personne lupique, le taux peut suivre l’activité de la maladie. Selon Biomnis, une hausse fait craindre une poussée, une baisse accompagne une amélioration. Mayo nuance : de petites variations ne permettent pas de prédire l’évolution, et ce résultat seul ne suffit pas à guider la prise en charge.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé. Les anti-ADN natif figurent dans les critères de classification du lupus. Dans les critères EULAR/ACR 2019 (Aringer et al., Arthritis & Rheumatology, 2019), ils comptent parmi les critères immunologiques les plus lourds, au même titre que les anti-Sm, à condition d’utiliser une technique suffisamment spécifique.
Le PNDS lupus systémique de la HAS indique qu’un titre significatif d’AAN associé à des anti-ADN natif positifs permet de retenir le diagnostic dans un contexte clinique évocateur. Il présente le test de Farr comme l’examen de référence, peu réalisé, et rappelle le risque de faux positifs des méthodes immuno-enzymatiques.
Les recommandations internationales d’Agmon-Levin et ses collègues (2014) consacrent une partie de leurs propositions aux anti-ADN double brin, pour harmoniser les techniques et l’interprétation entre laboratoires.
Les analyses à associer
- Anticorps antinucléaires : le test de dépistage, demandé en premier.
- Complément C3 et complément C4 : leur baisse avec des anti-ADN élevés évoque un lupus actif.
- Protéinurie des 24 heures : pour rechercher une atteinte rénale.
À retenir
- Les anti-ADN natif sont des auto-anticorps très évocateurs de lupus systémique.
- Ils se recherchent en général après des AAN positifs.
- Seuils et unités dépendent de la technique : 100 UI/mL chez Mayo, par exemple.
- Leur taux peut suivre l’activité du lupus, notamment rénale.
- Un résultat négatif n’exclut pas un lupus ; un faible positif doit être interprété avec prudence.