Ce que mesure l’analyse
La vitamine B12, ou cobalamine, est apportée par l’alimentation. Pour être absorbée dans l’intestin, elle doit se lier au facteur intrinsèque, une protéine fabriquée par les cellules pariétales de l’estomac.
Dans la maladie de Biermer, ou anémie pernicieuse, le système immunitaire attaque l’estomac. Il détruit les cellules pariétales et fabrique des anticorps contre le facteur intrinsèque. Ces anticorps empêchent la vitamine B12 de se lier à lui. Résultat : la vitamine B12 n’est plus absorbée, ce qui peut entraîner une anémie, une fatigue et des atteintes des nerfs.
Le test recherche ces anticorps anti-facteur intrinsèque, dits bloquants, dans le sang.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, avec deux précautions. D’abord, une injection récente de vitamine B12 fausse le résultat : la vitamine en excès interfère avec le dosage et peut donner un faux positif. Mayo Clinic Laboratories (États-Unis) demande d’attendre deux semaines après une injection ; Labcorp au moins une semaine. Ensuite, Mayo demande un jeûne de 8 heures.
Signalez donc toute supplémentation ou injection de vitamine B12 avant le prélèvement.
Comment lire le résultat
Seuils et unités dépendent de la trousse. Labcorp (États-Unis) donne un intervalle de référence de 0,0 à 1,1 AU/mL en immunochimiluminescence. Mayo rend un résultat qualitatif : négatif, positif ou indéterminé.
Un résultat positif soutient très fortement une maladie de Biermer : ces anticorps sont très spécifiques. Une revue française (Zulfiqar et al., 2012) les décrit avec une sensibilité d’environ 50 % et une spécificité supérieure à 98 %. Mayo signale toutefois des positifs sans maladie de Biermer, notamment chez des personnes atteintes de thyroïdite auto-immune ou de diabète de type 1, et rapporte des cas chez des personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde. Selon la littérature citée par Mayo, ces personnes pourraient développer la maladie plus tard.
Un résultat négatif n’exclut pas la maladie, puisque ces anticorps ne sont présents que chez une partie des malades. La gastrine, très élevée dans la maladie de Biermer, et les anticorps anti-cellules pariétales aident alors à orienter.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé. Les recommandations de la British Society for Haematology (Devalia et al., British Journal of Haematology, 2014) demandent de rechercher ces anticorps chez toute personne suspecte de maladie de Biermer. Chez une personne qui a une anémie, une atteinte des nerfs ou une glossite, le test est indiqué quel que soit le taux de vitamine B12.
Ces recommandations insistent sur la faible sensibilité : le test n’est positif que dans 40 à 60 % des cas. Une maladie de Biermer sans ces anticorps reste possible quand aucune autre cause du manque n’est retrouvée.
La démarche commence par le dosage de la vitamine B12, éventuellement complété par l’acide méthylmalonique. Le test des anticorps vient ensuite, pour rechercher la cause. Quand il est négatif ou indéterminé, Mayo propose de doser la gastrine à jeun : dans la maladie de Biermer, elle dépasse en général 200 pg/mL, car l’estomac ne fabrique plus d’acide.
La maladie n’est pas rare chez les seniors. La revue de Zulfiqar et ses collègues l’estime à 0,1 % de la population générale, et à 1,9 % après 60 ans.
Les analyses à associer
- Vitamine B12 et acide méthylmalonique : pour confirmer le manque.
- Gastrine : très élevée dans la gastrite atrophique de la maladie de Biermer.
- Anticorps anti-cellules pariétales gastriques : plus sensibles, moins spécifiques.
À retenir
- Ces anticorps bloquent la protéine qui permet d’absorber la vitamine B12.
- Un résultat positif soutient très fortement une maladie de Biermer.
- Ils ne sont présents que chez 40 à 60 % des malades : un résultat négatif n’exclut rien.
- Une injection récente de vitamine B12 fausse le résultat.
- Labcorp donne un intervalle de 0,0 à 1,1 AU/mL ; d’autres laboratoires rendent un résultat qualitatif.