Ce que mesure l’analyse
Les mitochondries sont les centrales énergétiques des cellules. Les anticorps anti-mitochondries (AMA) sont des auto-anticorps dirigés contre certaines de leurs enzymes. Le type M2 vise surtout un composant d’une enzyme mitochondriale, la pyruvate déshydrogénase (PDC-E2).
Ces anticorps sont le marqueur de la cholangite biliaire primitive (CBP), anciennement appelée cirrhose biliaire primitive. C’est une maladie auto-immune qui détruit lentement les petits canaux de la bile à l’intérieur du foie. Elle touche surtout des femmes, autour de 50 ans, et peut se manifester par des démangeaisons ou une fatigue, ou être découverte sur un bilan sanguin.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sans préparation particulière. Le dépistage se fait souvent par immunofluorescence indirecte sur des coupes de tissus, qui donne un titre. La spécificité anti-M2 se confirme ensuite par immunoblot ou ELISA. En France, selon le document Biomnis sur la nomenclature, des AMA à partir d’un titre de 80 conduisent au typage de la cible.
Comment lire le résultat
Deux façons de rendre le résultat existent :
- en immunofluorescence : un titre. Les critères diagnostiques rapportés par Soret, Chazouillères et Corpechot (La Revue du Praticien, 2021) retiennent des AMA à 1/40 ou plus, confirmés par immunoblot ou ELISA ;
- en ELISA anti-M2 : des unités propres à la trousse. Mayo Clinic Laboratories (États-Unis) donne : négatif sous 0,1, limite de 0,1 à 0,3, faiblement positif de 0,4 à 0,9, positif à partir de 1,0 unité.
Le diagnostic de CBP repose sur deux critères sur trois : une cholestase chronique, c’est-à-dire une élévation des phosphatases alcalines et des gamma-GT depuis au moins six mois ; des auto-anticorps spécifiques ; des lésions caractéristiques à la biopsie, rarement nécessaire.
Des AMA positifs avec un bilan du foie normal ne permettent pas de poser le diagnostic. Les auteurs recommandent une surveillance annuelle des tests du foie : environ 15 % de ces personnes développent une élévation des phosphatases alcalines en cinq ans.
Des AMA s’observent aussi, plus rarement, dans la sclérodermie, d’autres maladies auto-immunes, ou chez des apparentés de malades, selon Mayo.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé. Les recommandations européennes de l’EASL (Journal of Hepatology, 2017) fondent le diagnostic de CBP sur l’association d’une cholestase et d’anticorps anti-mitochondries. Selon La Revue du Praticien, les anti-M2 ont une sensibilité supérieure à 90 % et une spécificité supérieure à 95 %. Mayo rapporte une positivité chez 90 à 95 % des malades.
Quand les AMA sont négatifs et la suspicion forte, d’autres anticorps aident : des anticorps antinucléaires d’aspect particulier, dirigés contre gp210 ou sp100, très spécifiques mais peu sensibles. La biopsie du foie garde alors une place.
Mayo précise que des anticorps antinucléaires propres à la CBP se trouvent chez environ 30 % des malades, et jusqu’à 50 % de ceux qui n’ont pas d’AMA. Le laboratoire rappelle aussi que le dosage des AMA sert au diagnostic, mais pas à évaluer le stade de la maladie, son pronostic ou son évolution : un taux qui varie ne renseigne pas sur l’efficacité d’une prise en charge.
La maladie est rare : environ 20 cas pour 100 000 habitants en France, selon la même revue.
Les analyses à associer
- Phosphatases alcalines et gamma-glutamyl transférase : pour confirmer la cholestase.
- Anticorps antinucléaires : aspects spécifiques quand les AMA sont négatifs.
- Immunoglobulines M : souvent élevées dans cette maladie.
À retenir
- Les AMA sont le marqueur de la cholangite biliaire primitive.
- Le seuil retenu en immunofluorescence est de 1/40 ; en ELISA, il dépend de la trousse.
- Avec une cholestase chronique, ils suffisent le plus souvent au diagnostic.
- Avec un bilan du foie normal, ils justifient une surveillance annuelle, pas un diagnostic.
- Un résultat négatif n’exclut pas la maladie.