Ce que mesure l’analyse
Les anticorps anti-LKM1 (liver kidney microsome de type 1) se fixent sur les microsomes, de petites structures des cellules du foie et du rein. Leur cible principale a été identifiée : c’est le cytochrome P450 2D6 (CYP2D6), une enzyme du foie qui participe à la transformation de nombreux médicaments.
Ces anticorps sont le marqueur de l’hépatite auto-immune de type 2, une inflammation chronique du foie due au système immunitaire. Selon Mayo Clinic Laboratories (États-Unis), cette forme survient surtout chez l’enfant, avec une évolution souvent modérée à sévère. Elle est beaucoup plus rare que l’hépatite auto-immune de type 1, associée aux anticorps antinucléaires et anti-muscle lisse. Mayo précise que certaines personnes atteintes de type 2 ont, à la place ou en plus, d’autres anticorps plus rares, dits anti-LKM3 ou anti-LC1.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sans préparation particulière. Le dépistage se fait par immunofluorescence indirecte sur des coupes de foie et de rein, qui donne un titre. En France, selon le document Biomnis sur la nomenclature, un titre de 80 ou plus conduit à rechercher la spécificité anti-cytochrome P450 2D6.
Des dosages par ELISA existent aussi, avec des unités propres à la trousse.
Comment lire le résultat
Les critères simplifiés de l’International Autoimmune Hepatitis Group (Hennes et al., Hepatology, 2008) attribuent 2 points, le maximum pour les auto-anticorps, à des anti-LKM1 à un titre de 1/40 ou plus. Ces points s’ajoutent à ceux des autres critères : immunoglobulines G au-dessus de 16 g/L (1 point) ou de 18 g/L (2 points), biopsie du foie compatible (1 point) ou typique (2 points), absence d’hépatite virale (2 points). Un total de 6 points rend le diagnostic probable, 7 ou plus le rend certain.
Pour l’ELISA, Mayo Clinic Laboratories donne : négatif jusqu’à 20,0 unités, équivoque de 20,1 à 24,9, positif à partir de 25,0 unités.
Attention à l’hépatite C. Mayo signale que des anti-LKM1 apparaissent chez certaines personnes atteintes d’hépatite C chronique, mais qu’ils reconnaissent alors des parties différentes de l’enzyme. Leur présence dans ce contexte se lit avec prudence.
Un résultat négatif n’exclut pas une hépatite auto-immune. Mayo rappelle que les anti-LKM1 se lisent avec les anticorps antinucléaires, anti-muscle lisse et anti-actine.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé pour le diagnostic : les anti-LKM1 figurent dans les critères internationaux et dans les recommandations européennes de l’EASL sur l’hépatite auto-immune (Journal of Hepatology, 2015). Dans le groupe de validation de Hennes et ses collègues, le score atteignait 88 % de sensibilité et 97 % de spécificité au seuil de 6 points.
Ces critères simplifiés ont été construits pour la pratique courante, à partir de 250 malades et 193 témoins issus de 11 centres dans le monde, puis validés sur un second groupe indépendant. Ils restent une aide au diagnostic : le médecin peut retenir une hépatite auto-immune en dehors du score, ou l’écarter malgré lui.
Les données sur les performances des tests eux-mêmes sont limitées. Mayo note que très peu d’études les ont évaluées et que l’accord entre techniques n’est pas optimal, probablement parce que la maladie est rare.
Comme pour tous les auto-anticorps du foie, Mayo insiste : ces tests ne doivent pas être utilisés seuls pour diagnostiquer une hépatite auto-immune ou prédire son apparition.
Les analyses à associer
- Alanine aminotransférase : pour mesurer la souffrance du foie.
- Immunoglobulines G : leur hausse compte dans les critères.
- Anticorps anti-muscle lisse : marqueur de l’autre forme d’hépatite auto-immune.
- Sérologie hépatite C : une cause possible d’anti-LKM1.
À retenir
- Les anti-LKM1 visent une enzyme du foie, le cytochrome P450 2D6.
- Ils sont le marqueur de l’hépatite auto-immune de type 2, surtout chez l’enfant.
- Un titre de 1/40 ou plus vaut 2 points dans les critères simplifiés.
- Ils peuvent apparaître dans l’hépatite C : prudence dans ce contexte.
- Un résultat isolé ne fait jamais le diagnostic.