Ce que mesure l’analyse
Les anti-ENA (de l’anglais extractable nuclear antigens) sont des auto-anticorps dirigés contre des protéines du noyau que l’on peut extraire en solution, d’où leur nom français d’anticorps anti-antigènes nucléaires solubles. Ils font partie des anticorps antinucléaires (AAN), mais chacun vise une cible précise.
Le test a pour but d’identifier la cible d’AAN positifs. C’est une étape importante, car chaque anticorps oriente vers une maladie différente. Le document d’Eurofins Biomnis sur les autoanticorps (2017) en donne les principales associations :
- anti-Sm, anti-RNP et anti-SSA : lupus systémique ;
- anti-SSA/Ro60, anti-Ro52 et anti-SSB : syndrome de Gougerot-Sjögren, une maladie auto-immune qui assèche la bouche et les yeux ;
- anti-RNP : connectivite mixte, ou syndrome de Sharp ;
- anti-Scl-70 (anti-topo-isomérase) : sclérodermie systémique diffuse ; anti-centromères : sclérodermie limitée ;
- anti-Jo-1, PL7, PL12 et autres : myosites et syndrome des antisynthétases.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sans préparation particulière. En France, selon le document Biomnis, la nomenclature prévoit la recherche des anti-ENA en complément d’AAN positifs au-delà d’un titre de 80.
Les laboratoires utilisent des techniques variées : bandelettes portant plusieurs antigènes (immunodot), ELISA ou tests multiplex. Les panels d’antigènes diffèrent selon les trousses. Les recommandations internationales d’Agmon-Levin et ses collègues (2014) soulignent que ces méthodes peuvent donner des résultats discordants.
Comment lire le résultat
Le résultat est en général qualitatif : positif ou négatif pour chaque anticorps, parfois avec un indice d’intensité propre à la trousse. Il n’existe pas de valeur chiffrée commune à tous les laboratoires, c’est pourquoi cette fiche ne donne pas de repère numérique.
La signification dépend de la cible et du contexte. Le PNDS lupus de la HAS décrit les anti-Sm comme peu fréquents mais hautement spécifiques du lupus. Les anti-SSA et anti-SSB se rencontrent dans le syndrome de Gougerot-Sjögren et/ou le lupus ; les anti-RNP aussi dans le syndrome de Sharp. Le PNDS rappelle enfin que l’absence d’anti-ENA n’exclut pas un lupus.
Les anti-SSA ont une importance particulière chez la femme qui envisage une grossesse : le PNDS les associe au lupus subaigu et au lupus néonatal, qui touche le nouveau-né. Leur présence fait l’objet d’un suivi spécialisé de la grossesse.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé : plusieurs de ces anticorps font partie des critères internationaux de classification.
- Lupus : dans les critères EULAR/ACR 2019 (Aringer et al., 2019), les anti-Sm pèsent autant que les anti-ADN natif, parmi les critères immunologiques les plus lourds.
- Syndrome de Sjögren : dans les critères ACR/EULAR 2016 (Shiboski et al., Arthritis & Rheumatology, 2017), la présence d’anti-SSA/Ro a le même poids que l’infiltrat caractéristique à la biopsie des glandes salivaires, le plus élevé des critères. Ces critères atteignent 96 % de sensibilité et 95 % de spécificité dans la cohorte de validation.
- Sclérodermie : les critères ACR/EULAR 2013 (van den Hoogen et al., Arthritis & Rheumatism, 2013) intègrent les auto-anticorps liés à la sclérodermie parmi les éléments cotés.
Ces critères servent à classer les malades dans les études. Le diagnostic individuel repose toujours sur l’examen clinique et l’ensemble des résultats, interprétés par le médecin.
Les analyses à associer
- Anticorps antinucléaires : le test de dépistage, demandé en premier.
- Anticorps anti-ADN natif : l’autre grande cible à identifier dans le lupus.
- Facteur rhumatoïde : fréquent dans le syndrome de Gougerot-Sjögren.
À retenir
- Les anti-ENA identifient la cible d’AAN positifs.
- Chaque anticorps oriente vers une maladie : anti-Sm vers le lupus, anti-SSA et anti-SSB vers le Gougerot-Sjögren, anti-Scl-70 vers la sclérodermie.
- Le résultat est surtout qualitatif et dépend de la trousse utilisée.
- Un résultat négatif n’exclut pas une maladie auto-immune.
- Les anti-SSA justifient un suivi spécialisé en cas de grossesse.