Ce que mesure l’analyse
Le facteur rhumatoïde (FR) désigne une famille d’auto-anticorps qui reconnaissent une partie d’autres anticorps, les immunoglobulines G (IgG). Selon le Précis de biopathologie d’Eurofins Biomnis, ils sont classiquement de type IgM : sans autre précision, « FR » désigne les FR IgM.
Le FR est connu depuis longtemps comme marqueur de la polyarthrite rhumatoïde, une maladie inflammatoire chronique qui touche surtout les petites articulations des mains et des pieds. Mais il n’est pas propre à cette maladie : on le trouve dans de nombreuses autres situations, et chez des personnes en bonne santé.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique ; le jeûne n’est pas nécessaire selon Biomnis. Les sérums hémolysés ou très riches en graisses sont à rejeter.
Les anciennes techniques par agglutination, le latex et le Waaler-Rose, ne sont plus recommandées. Le latex est sujet à des faux positifs. La HAS (2007) privilégie un dosage par ELISA ou par néphélométrie. Le résultat est quantitatif, en unités internationales par millilitre (UI/mL), grâce à un étalon de l’Organisation mondiale de la santé.
Comment lire le résultat
Selon Biomnis, le seuil de positivité est d’environ 20 UI/mL pour la plupart des tests. Il dépend toutefois de la trousse : ARUP Laboratories (États-Unis) donne par exemple un intervalle de 0 à 14 UI/mL en immunoturbidimétrie.
Les critères ACR/EULAR 2010 de la polyarthrite rhumatoïde (Aletaha et al., Arthritis & Rheumatism, 2010) tiennent compte du niveau de positivité. Un FR faiblement positif dépasse le seuil du laboratoire sans dépasser trois fois ce seuil ; il rapporte 2 points. Un FR fortement positif dépasse trois fois le seuil, soit plus de 60 UI/mL pour un seuil de 20 ; il rapporte 3 points. Les anti-CCP sont cotés de la même façon.
Un FR positif a de nombreuses causes. Biomnis donne ces fréquences de positivité :
- sujets sains : environ 1 % avant 30 ans, 5 % entre 30 et 65 ans, 15 % après 65 ans ;
- polyarthrite rhumatoïde : 60 à 80 % ; syndrome de Gougerot-Sjögren : 70 à 90 % ;
- hépatite C chronique : 50 à 75 % ; endocardite infectieuse : 30 à 50 % ; cryoglobulinémie mixte : presque toujours ;
- lupus, sclérodermie, infections virales, certaines hémopathies.
À l’inverse, un FR négatif n’exclut pas une polyarthrite : selon Biomnis, la moitié des polyarthrites débutantes sont séronégatives.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé. La HAS (2007) inscrit le FR IgM et les anti-CCP au bilan biologique initial d’une polyarthrite rhumatoïde, et retient la présence de FR parmi les facteurs de pronostic. Biomnis précise que le FR ne sert pas au suivi de la maladie.
La méta-analyse de Nishimura et ses collègues (Annals of Internal Medicine, 2007), sur 50 études du FR, trouve pour le FR IgM une sensibilité de 69 % et une spécificité de 85 % pour la polyarthrite rhumatoïde, contre 67 % et 95 % pour les anti-CCP. Les deux tests sont donc complémentaires.
Le FR a aussi une valeur prédictive. Dans la cohorte de Copenhague (Nielsen et al., BMJ, 2012), 9712 personnes sans polyarthrite ont été suivies jusqu’à 28 ans. Comparé à un FR inférieur à 25 UI/mL, le risque de développer une polyarthrite était multiplié par 3,6 entre 25 et 50 UI/mL, par 6 entre 50 et 100 UI/mL, et par 26 au-delà de 100 UI/mL. Le risque absolu à dix ans le plus élevé, 32 %, concernait des femmes de 50 à 69 ans, fumeuses, avec un FR supérieur à 100 UI/mL.
Les analyses à associer
- Anticorps anti-peptides citrullinés : plus spécifiques, à demander avec le FR.
- Protéine C réactive et vitesse de sédimentation : pour mesurer l’inflammation.
- Sérologie hépatite C : une cause fréquente de FR positif.
À retenir
- Le FR est un auto-anticorps dirigé contre d’autres anticorps.
- Le seuil de positivité est d’environ 20 UI/mL selon Biomnis, mais dépend de la trousse.
- Il est fréquent avec l’âge et dans de nombreuses maladies : un résultat positif n’est pas un diagnostic.
- Il se demande avec les anti-CCP, plus spécifiques.
- Un FR négatif n’exclut pas une polyarthrite rhumatoïde.