Ce que mesure l’analyse
La citrullination est une modification chimique de certaines protéines : un de leurs acides aminés, l’arginine, est transformé en un autre, la citrulline. Ce phénomène existe normalement, en particulier lors d’une inflammation. Chez certaines personnes, le système immunitaire fabrique des anticorps contre ces protéines modifiées : ce sont les anticorps anti-protéines citrullinées, ou ACPA.
Pour les détecter, les laboratoires utilisent des peptides citrullinés cycliques, d’où le nom d’anti-CCP (cyclic citrullinated peptides). La plupart des tests actuels utilisent une seconde génération de ces peptides, d’où le terme anti-CCP2.
Ces anticorps sont très liés à la polyarthrite rhumatoïde, une maladie inflammatoire chronique des articulations. Ils sont bien plus spécifiques que le facteur rhumatoïde.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sans préparation particulière. La HAS (2007) recommande une recherche par technique ELISA. Les laboratoires utilisent aujourd’hui diverses méthodes automatisées.
Les tests diffèrent selon les trousses. Mayo Clinic Laboratories (États-Unis) dose les anti-CCP de type IgG. ARUP Laboratories propose un test qui détecte à la fois les IgG et les IgA, pour gagner en sensibilité. Certains laboratoires refusent les sérums très hémolysés, ictériques ou riches en graisses.
Comment lire le résultat
Seuils et unités dépendent de la trousse. À titre d’exemple, Mayo Clinic Laboratories classe son ELISA IgG ainsi :
- moins de 20,0 U : négatif ;
- 20,0 à 39,9 U : faiblement positif ;
- 40,0 à 59,9 U : positif ;
- 60,0 U ou plus : fortement positif.
Les critères ACR/EULAR 2010 de la polyarthrite rhumatoïde (Aletaha et al., 2010) distinguent, comme pour le facteur rhumatoïde, une positivité faible, jusqu’à trois fois la limite haute du laboratoire, et une positivité forte au-delà. Avec un seuil de 20 U, une forte positivité correspond donc à plus de 60 U.
ARUP recommande de surveiller et de refaire le test en cas de résultat faiblement positif. Mayo signale des faux positifs chez environ 10 % des personnes atteintes de lupus ou d’autres maladies auto-immunes dans l’un de ses travaux, et précise que des taux très élevés peuvent aider à repérer les formes qui abîment les articulations.
Un résultat négatif n’exclut pas la maladie : une partie des polyarthrites rhumatoïdes n’ont pas ces anticorps.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé. La HAS (2007) inscrit les anti-CCP, avec le facteur rhumatoïde, au bilan biologique initial d’une polyarthrite rhumatoïde. Leur présence figure parmi les facteurs de pronostic qu’elle retient.
La méta-analyse de Nishimura et ses collègues (Annals of Internal Medicine, 2007), portant sur 37 études des anti-CCP, trouve une sensibilité de 67 % et une spécificité de 95 %. Pour le facteur rhumatoïde IgM, les chiffres sont de 69 % et 85 %. Trois études sur quatre montraient aussi que les anti-CCP prédisaient mieux l’évolution vers des lésions osseuses visibles à la radio, appelées érosions.
ARUP rapporte une présence chez 66 à 74 % des personnes atteintes, avec une spécificité de 96 à 99 %, et rappelle que ces anticorps peuvent apparaître avant les premiers symptômes. Mayo insiste : un test positif ne suffit jamais, seul, à décider d’une prise en charge. La décision repose sur l’examen des articulations et l’ensemble du bilan.
Les analyses à associer
- Facteur rhumatoïde : à demander en même temps.
- Protéine C réactive et vitesse de sédimentation : pour mesurer l’inflammation.
- Anticorps antinucléaires : pour écarter une autre maladie auto-immune.
À retenir
- Les anti-CCP visent des protéines modifiées par citrullination.
- Ils sont très spécifiques de la polyarthrite rhumatoïde : 95 % selon Nishimura.
- Seuils et unités dépendent de la trousse : 20,0 U chez Mayo, par exemple.
- Ils peuvent apparaître avant les premiers symptômes.
- Un résultat négatif n’exclut pas la maladie ; un faible positif se contrôle.