Ce que mesure l’analyse
Les anticorps antinucléaires (AAN) sont des auto-anticorps, c’est-à-dire des anticorps dirigés contre des éléments de notre propre organisme. Leur cible se trouve dans le noyau des cellules : ADN, protéines associées, nucléoles, centromères. Leur présence peut accompagner une maladie auto-immune, mais aussi exister sans aucune maladie.
La recherche des AAN est un test de dépistage. Elle ne dit pas exactement contre quoi les anticorps sont dirigés. Si elle est positive, le laboratoire peut identifier la cible par d’autres tests, comme les anticorps anti-ADN natif ou les anti-ENA. En France, selon le document de synthèse d’Eurofins Biomnis sur la nomenclature, ces examens complémentaires sont prévus quand les AAN dépassent un titre de 80.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sans préparation particulière. La méthode de référence est l’immunofluorescence indirecte sur cellules HEp-2, des cellules humaines en culture au noyau très visible. Le sérum est déposé à des dilutions croissantes ; les anticorps qui se fixent sur les noyaux sont révélés par une substance fluorescente, observée au microscope.
Des techniques automatisées existent aussi, comme l’ELISA. Les recommandations internationales d’Agmon-Levin et ses collègues (Annals of the Rheumatic Diseases, 2014) maintiennent l’immunofluorescence comme référence et soulignent que les différentes méthodes peuvent donner des résultats discordants.
Comment lire le résultat
Le résultat comporte deux informations, que le PNDS lupus de la HAS demande au laboratoire de préciser :
- le titre : la plus forte dilution du sérum à laquelle la fluorescence reste visible. Un titre de 1/160 signifie que les anticorps sont encore détectés quand le sérum est dilué 160 fois. Plus le titre est élevé, plus les anticorps sont abondants ;
- l’aspect : la façon dont le noyau s’allume (homogène, moucheté, nucléolaire, centromère…). Il oriente vers certaines cibles.
Les faibles titres sont fréquents chez les personnes en bonne santé. Dans l’étude internationale de Tan et ses collègues (Arthritis & Rheumatism, 1997), menée dans 15 laboratoires, les sujets sains étaient positifs dans 31,7 % des cas au 1/40, 13,3 % au 1/80, 5,0 % au 1/160 et 3,3 % au 1/320. Les auteurs notaient qu’un seuil au 1/160 exclut 95 % des personnes en bonne santé.
Le PNDS lupus de la HAS indique qu’une négativité ou un titre inférieur à 1/160 rend le diagnostic de lupus extrêmement improbable. Les critères de classification EULAR/ACR 2019 du lupus exigent, comme porte d’entrée, des AAN au moins une fois à 1/80 ou plus.
Des AAN positifs s’observent dans le lupus, le syndrome de Gougerot-Sjögren, la sclérodermie, les myosites, la connectivite mixte, certaines maladies auto-immunes du foie, ou lors d’un lupus induit par un médicament. Mayo Clinic Laboratories signale aussi des AAN après des infections virales et chez des personnes sous divers traitements.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé pour l’usage de dépistage, avec une limite claire : la spécificité est faible. Dans l’enquête américaine NHANES (Satoh et al., Arthritis & Rheumatism, 2012), 13,8 % des personnes de 12 ans et plus avaient des AAN. Ils étaient plus fréquents chez les femmes (17,8 % contre 9,6 %) et augmentaient avec l’âge. Les auteurs ont aussi observé, de façon inattendue, des AAN moins fréquents chez les personnes en surpoids ou obèses.
Les critères EULAR/ACR 2019 du lupus (Aringer et al., Arthritis & Rheumatology, 2019) ont fait des AAN un critère d’entrée obligatoire. Dans leur cohorte de validation, ces critères atteignaient 96,1 % de sensibilité et 93,4 % de spécificité. Ce sont des critères de classification pour la recherche, pas un outil de diagnostic individuel.
La HAS inclut aussi les AAN dans le bilan initial d’une polyarthrite rhumatoïde, pour écarter une autre maladie auto-immune.
Les analyses à associer
- Anticorps anti-ADN natif et anticorps anti-antigènes nucléaires solubles : pour identifier la cible.
- Complément C3 et complément C4 : pour rechercher une consommation du complément.
À retenir
- Les AAN sont un test de dépistage des maladies auto-immunes, pas un diagnostic.
- Le résultat comprend un titre et un aspect.
- Les faibles titres sont fréquents chez les sujets sains : 13,3 % au 1/80 dans l’étude de Tan.
- Selon le PNDS de la HAS, un titre inférieur à 1/160 rend le lupus extrêmement improbable.
- Un résultat positif se lit avec les symptômes et des anticorps plus spécifiques.