Ce que mesure l’analyse
Les immunoglobulines E (IgE) sont les anticorps de l’allergie immédiate. Chez une personne sensibilisée, l’organisme fabrique des IgE dirigées contre une substance précise, l’allergène. Ces IgE se fixent sur des cellules, les mastocytes et les basophiles. Au contact de l’allergène, ces cellules libèrent de l’histamine et d’autres substances : c’est la réaction allergique.
Le test des IgE spécifiques mesure, dans le sang, les IgE dirigées contre un allergène donné : pollen de graminées, acarien, chat, arachide, venin de guêpe… On l’appelle encore parfois RAST, du nom d’une ancienne technique. Il se distingue des IgE totales, qui mesurent toutes les IgE sans dire contre quoi elles sont dirigées.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sans préparation particulière. Le laboratoire met le sérum en contact avec l’allergène fixé sur un support, puis mesure les IgE accrochées. Mayo Clinic Laboratories (États-Unis) utilise un immunodosage par fluorescence.
Ce dosage sanguin peut être utile quand les tests cutanés sont difficiles, par exemple en cas d’eczéma étendu ou de traitement qui ne peut pas être interrompu. Signalez toujours vos traitements et vos réactions passées.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en kilo-unités par litre (kU/L), souvent avec une classe. Mayo Clinic Laboratories utilise les classes suivantes :
- classe 0 : moins de 0,10 kU/L, négatif ;
- classe 0/1 : 0,10 à 0,34, limite ; classe 1 : 0,35 à 0,69, équivoque ;
- classes 2 et 3 : de 0,70 à 17,4, positif ;
- classes 4 à 6 : à partir de 17,5, fortement positif, jusqu’à 100 kU/L ou plus.
Mayo signale comme anormaux les résultats à partir de la classe 2. Selon les laboratoires et les époques, le seuil de positivité a été fixé à 0,35 ou à 0,10 kU/L.
Ce qui compte vraiment : un résultat positif montre une sensibilisation, pas forcément une allergie. Mayo rappelle que des personnes ont des IgE mesurables sans réaction clinique. Seule la concordance entre le résultat et les symptômes permet de conclure. À l’inverse, des IgE totales très élevées, au-delà de 2 500 kU/L selon Mayo, peuvent donner des faux positifs.
Les réactions croisées sont fréquentes : une personne sensibilisée au pollen de bouleau peut avoir des IgE positives pour la pomme ou la noisette, parce que leurs protéines se ressemblent. Les allergènes moléculaires aident à faire la différence.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé, à condition de bien choisir les allergènes. La HAS, dans son rapport de 2018 sur la pertinence des soins en allergologie, recommande des tests cutanés et/ou des IgE spécifiques choisis en fonction de l’histoire clinique. Elle précise que la recherche d’IgE spécifiques d’allergènes inhalés ou alimentaires n’est pas indiquée dans l’urticaire chronique. Elle déconseille aussi les IgE totales et les IgG pour le diagnostic d’allergie.
Le guide européen de l’EAACI sur l’allergologie moléculaire (Dramburg et al., 2023) détaille comment passer de l’extrait d’allergène entier aux protéines précises, pour affiner le diagnostic dans les cas complexes.
Un intérêt particulier existe chez les sportifs : l’anaphylaxie au blé induite par l’effort. Dans l’étude de Jiang et ses collègues (Chinese Medical Journal, 2018), les IgE contre le gluten et l’oméga-5 gliadine permettaient d’orienter le diagnostic sans test de provocation à l’effort, jugé trop risqué.
Les analyses à associer
- Immunoglobulines E totales : pour repérer un taux total très élevé.
- Allergènes moléculaires : pour préciser la protéine en cause.
- Tryptase : après une réaction sévère.
- Test d’activation des basophiles : dans certaines allergies difficiles.
À retenir
- Les IgE spécifiques mesurent la sensibilisation à un allergène précis.
- Chez Mayo, le résultat est négatif sous 0,10 kU/L et signalé anormal à partir de 0,70 kU/L.
- Sensibilisation ne veut pas dire allergie : le résultat se confronte aux symptômes.
- La HAS recommande de choisir les allergènes selon l’histoire clinique.
- Chez le sportif, une allergie au blé peut ne se manifester qu’à l’effort.