Ce que mesure l’analyse
L’histamine est une petite molécule stockée dans les granules des mastocytes et des polynucléaires basophiles, deux types de cellules immunitaires. Lors d’une réaction allergique, ces cellules la libèrent brutalement. L’histamine dilate les vaisseaux, fait gonfler les tissus, provoque des démangeaisons et peut contracter les bronches.
Une fois libérée, l’histamine est très vite dégradée par deux enzymes : la diamine oxydase (DAO), surtout dans l’intestin, et l’histamine N-méthyltransférase, qui produit la méthylhistamine éliminée dans les urines. C’est pourquoi l’histamine ne reste élevée dans le sang que très peu de temps.
Le test mesure l’histamine libre dans le plasma, la partie liquide du sang. Il se distingue de l’histamine sanguine totale, qui inclut l’histamine contenue dans les cellules.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement est très contraignant. Pour le test proposé par Mayo Clinic Laboratories et réalisé par Eurofins Viracor (États-Unis), le sang est recueilli sur tube EDTA, placé immédiatement dans la glace, puis centrifugé à froid dans les 20 minutes. Le plasma est prélevé dans la partie haute du tube et envoyé congelé. Les échantillons très hémolysés ou très riches en graisses sont refusés.
Ces précautions ont une raison simple : si le tube attend, les cellules du sang peuvent libérer de l’histamine et donner un résultat faussement élevé.
Le moment compte autant que la technique. L’histamine ne s’élève que pendant un épisode ou juste après : prélevée à distance, elle a toutes les chances d’être normale.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en ng/mL, ce qui équivaut au µg/L. Eurofins Viracor donne une valeur de référence de 0 à 1,0 ng/mL.
Une valeur élevée, sur un prélèvement fait pendant ou juste après des symptômes et dans de bonnes conditions, évoque une activation des mastocytes : réaction allergique, mastocytose, syndrome d’activation mastocytaire. Une valeur élevée sur un tube mal conservé n’a pas de signification.
Une valeur normale n’exclut rien, surtout si le prélèvement a été tardif.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est limité. Le consensus international de Valent et ses collègues (2012) sur les maladies des mastocytes accepte une hausse de l’histamine ou de ses métabolites urinaires comme preuve d’activation mastocytaire, à côté de la tryptase. En pratique, Mayo Clinic Laboratories indique que l’histamine du sang a moins de valeur diagnostique que la méthylhistamine urinaire, surtout si le sang n’est pas prélevé pendant un épisode.
Le dosage est aussi proposé dans le cadre de l’« intolérance à l’histamine », un ensemble de symptômes attribués à l’histamine des aliments. La recommandation des sociétés allemandes et suisse d’allergologie (Reese et al., Allergo Journal International, 2017) est claire : les preuves reliant l’histamine ingérée aux symptômes sont limitées, et il manque un test de laboratoire fiable pour poser ce diagnostic.
Pourquoi la tryptase lui est-elle préférée ? Selon Mayo, la tryptase monte en 30 à 60 minutes après le début d’une réaction et ne diminue de moitié qu’environ toutes les deux heures, ce qui laisse une fenêtre de plusieurs heures pour la prélever. Elle est aussi plus stable une fois le sérum séparé. L’histamine, elle, est dégradée beaucoup plus vite et se libère facilement dans le tube : un prélèvement parfait au bon moment est difficile à obtenir en dehors de l’hôpital.
Le dosage de l’histamine plasmatique garde donc une place étroite, en milieu spécialisé, dans l’exploration des maladies des mastocytes.
Les analyses à associer
- Tryptase : le marqueur de référence de l’activation des mastocytes.
- Méthylhistamine urinaire : plus informative en dehors des épisodes.
- Diamine oxydase : l’enzyme qui dégrade l’histamine.
- Histamine sanguine totale : une mesure qui inclut l’histamine des cellules.
À retenir
- L’histamine est libérée lors des réactions allergiques, puis dégradée très vite.
- Eurofins Viracor donne une référence de 0 à 1,0 ng/mL.
- Le tube doit être refroidi et centrifugé très rapidement.
- Le dosage n’a de sens que pendant ou juste après un épisode.
- Il ne permet pas de diagnostiquer une intolérance à l’histamine.