Ce que mesure l’analyse
Les polynucléaires basophiles sont des globules blancs peu nombreux qui portent, comme les mastocytes, des IgE à leur surface. Chez une personne allergique, le contact avec l’allergène relie ces IgE entre elles. Le basophile s’active alors et libère de l’histamine.
Le test d’activation des basophiles (TAB) reproduit cette réaction dans un tube. Le laboratoire met un peu de sang frais au contact de l’allergène suspecté, à plusieurs doses. Il mesure ensuite, par cytométrie en flux, la proportion de basophiles qui expriment à leur surface un marqueur d’activation, le plus souvent la molécule CD63. Selon Santos et ses collègues (Allergy, 2021), cette activation est directement liée à la libération d’histamine.
Contrairement aux IgE spécifiques, qui montrent une sensibilisation, le TAB teste une réponse fonctionnelle des cellules. Il peut donc être plus spécifique.
Comment se passe le prélèvement
Le test exige du sang frais. Lancet Laboratories (Afrique du Sud) demande un tube EDTA bien rempli, conservé immédiatement entre 2 et 8 °C, ni congelé ni centrifugé, et analysé dans les 24 heures. La fiche de la trousse Flow CAST de BÜHLMANN (Suisse) prévoit une analyse dans les 48 heures, ou 24 heures pour les médicaments. Un tube insuffisamment rempli peut donner des faux négatifs.
Les médicaments comptent. Lancet Laboratories demande d’éviter les corticoïdes par voie générale au moins 24 heures avant, ce qui se décide avec votre médecin. Les antihistaminiques, eux, n’empêchent pas le test.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en pourcentage de basophiles activés. Chaque test comporte des témoins : un témoin négatif pour l’activation de fond, et des témoins positifs qui vérifient que les basophiles savent réagir.
Il n’existe pas de seuil universel. La trousse Flow CAST, à usage de recherche, retient un seuil technique de 5 % de basophiles CD63+, et des seuils propres à chaque allergène pour gagner en spécificité. Lancet Laboratories rappelle que les valeurs de référence diffèrent selon la catégorie d’allergène, et qu’un résultat positif est en général plus parlant qu’un résultat négatif.
Certaines personnes sont non-répondeuses : leurs basophiles ne réagissent pas au témoin positif. Lancet Laboratories l’estime à environ 6 % des personnes pour le témoin passant par les IgE. Chez elles, un résultat négatif ne peut pas être interprété.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est intermédiaire. Le groupe de travail de l’EAACI (Hoffmann et al., Allergy, 2015) estime que le TAB peut faire partie du bilan des allergies aux aliments, aux venins et aux médicaments, et de l’urticaire chronique, avec l’histoire clinique, les tests cutanés et les IgE spécifiques. Il est moins stressant pour la personne et évite des réactions sévères : les auteurs jugent qu’il devrait précéder les tests de provocation.
Le test est peu exigeant en sang : selon le même groupe de travail, il analyse la réponse de 150 à 2000 basophiles dans moins de 0,1 mL de sang frais. Il peut être plus reproductible et moins coûteux en ressources qu’un test de provocation, qui exige une surveillance hospitalière.
Santos et ses collègues (2021) ajoutent qu’il peut suivre la disparition naturelle d’une allergie alimentaire et la réponse aux traitements qui modulent l’immunité. Mais tous rappellent la condition principale de son essor : standardiser les procédures et garantir la qualité entre laboratoires. Le test reste aujourd’hui réservé à des centres spécialisés.
Les analyses à associer
- Immunoglobulines E spécifiques et allergènes moléculaires : la sensibilisation et la protéine en cause.
- Tryptase : après une réaction sévère.
- Polynucléaires basophiles : leur nombre conditionne la faisabilité du test.
À retenir
- Le TAB reproduit la réaction allergique dans un tube, sans exposer la personne.
- Il mesure le pourcentage de basophiles activés, souvent par le marqueur CD63.
- Il n’existe pas de seuil universel : 5 % est le seuil technique de la trousse Flow CAST.
- Il exige du sang frais, analysé rapidement.
- L’EAACI le juge utile avant un test de provocation, dans des centres spécialisés.