Ce que mesure l’analyse
Un aliment, un pollen ou un animal contient de nombreuses protéines. Toutes ne provoquent pas d’allergie, et toutes n’ont pas le même risque. Le test classique des IgE spécifiques utilise un extrait qui mélange ces protéines. Les allergènes moléculaires, ou composants allergéniques, sont au contraire des protéines purifiées ou fabriquées en laboratoire, testées une par une.
Cette approche permet de savoir exactement quelle protéine vos IgE reconnaissent. Les grandes familles de protéines ont des profils différents :
- les protéines de stockage des graines et fruits à coque, et les protéines de transfert lipidique (LTP), stables à la chaleur et à la digestion, plutôt associées à des réactions générales ;
- les protéines de type PR-10, proches de l’allergène majeur du pollen de bouleau, fragiles, souvent responsables de démangeaisons de la bouche avec des fruits crus ;
- les profilines, présentes dans de nombreux végétaux, marqueurs de réactions croisées.
Le guide européen de l’EAACI sur l’allergologie moléculaire (Dramburg et al., Pediatric Allergy and Immunology, 2023) décrit ces molécules, leur intérêt clinique et des algorithmes d’utilisation.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sans préparation. Deux formats existent. Le dosage unitaire mesure une ou quelques protéines choisies, en kU/L. La puce multiplex, comme l’ImmunoCAP ISAC, mesure plus de 100 composants en une fois, dans une petite quantité de sérum ; le résultat s’exprime en unités ISU.
Comment lire le résultat
Pour la puce ISAC, le laboratoire londonien Synnovis classe les résultats ainsi : moins de 0,3 ISU, indétectable ; 0,3 à 0,9, faible ; 1 à 14,9, modéré à élevé ; 15 ISU ou plus, très élevé. Ces unités ne se comparent pas aux kU/L des dosages unitaires.
Ce qui compte vraiment, c’est la protéine reconnue, interprétée avec les symptômes. Par exemple, une personne qui réagit à la pomme crue et au pollen de bouleau, avec des IgE contre une protéine de type PR-10, a souvent une réaction croisée limitée à la bouche. Une sensibilisation à une protéine de stockage ou à une LTP fait davantage discuter un risque de réaction générale.
Comme pour toutes les IgE spécifiques, sensibilisation ne veut pas dire allergie. Une puce qui teste plus de 100 protéines révèle souvent des sensibilisations sans conséquence clinique.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est intermédiaire. Les dosages unitaires bien choisis sont devenus courants en allergologie. Les puces multiplex sont plus discutées : le NICE britannique (guide HTG413, anciennement DG24) estime les preuves insuffisantes pour recommander leur adoption en routine, tout en jugeant l’ImmunoCAP ISAC prometteuse pour les allergies difficiles à diagnostiquer.
Un exemple parlant pour les sportifs : l’oméga-5 gliadine, une protéine du blé. Elle est associée à l’anaphylaxie au blé induite par l’effort, où la réaction ne survient que si l’exercice suit l’ingestion. Dans l’étude de Jiang et ses collègues (Chinese Medical Journal, 2018), sur 283 personnes atteintes, 75 % des réactions survenaient pendant l’exercice. Les IgE contre le gluten et l’oméga-5 gliadine atteignaient ensemble 73,1 % de sensibilité et 99 % de spécificité. Aoki et ses collègues (2023) rappellent que certains malades restent négatifs et que d’autres protéines du blé sont à l’étude.
Les analyses à associer
- Immunoglobulines E spécifiques : le dosage sur extrait, souvent réalisé en premier.
- Immunoglobulines E totales : pour repérer un taux total très élevé.
- Tryptase : après une réaction sévère.
- Test d’activation des basophiles : une mesure fonctionnelle complémentaire.
À retenir
- Les allergènes moléculaires identifient la protéine exacte reconnue par vos IgE.
- Ils aident à distinguer une allergie à risque d’une réaction croisée souvent bénigne.
- Sur la puce ISAC, Synnovis parle de niveau très élevé à partir de 15 ISU.
- Le NICE ne recommande pas les puces multiplex en routine.
- L’oméga-5 gliadine est un marqueur de l’allergie au blé déclenchée par l’effort.